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Proche-Orient: une radio franchit le mur de haine

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Rachad Armanios

GENEVE/JERUSALEM, 20.05.05 (InfoSud) - Tandis qu'au Proche-Orient le fossé de la haine grandit, les ondes ultra-courtes d'une radio israélo-palestinienne enjambent le mur de séparation, apportant un message de paix en arabe, hébreu et anglais.

Au Proche-Orient, dans le champ de ruine du dialogue israélo-palestinien, une petite voix s'élève quotidiennement et franchit le mur de séparation qui enferme les populations dans une méconnaissance totale de l'autre. Depuis un an, la radio All for Peace ("Tous pour la paix", www.allforpeace.org) diffuse en Israël comme dans les territoires palestiniens son message de paix, en hébreu, arabe et anglais. Cette petite station israélo-palestiniennne d'un genre inédit est née d'un constat : les médias locaux renforcent le fossé entre les deux peuples.

Beaucoup ne connaissent l'autre qu'à travers les médias locaux qui, en général, insistent uniquement sur les aspects négatifs, plaide la radio. Résultat, le juif est réduit à un occupant armé jusqu'aux dents et le Palestinien à un terroriste.

Pour que l'un écoute l'autre

"Les Israéliens n'ont pas la possibilité d'écouter les Palestiniens, et vice-versa", explique, sur le portail lapaixmaintenant.org, Mossi Raz, du Centre pour la paix israélo-arabe Givat Haviva, partenaire israélien de All for peace: "Les deux populations ne se connaissent pas, c'est pourquoi chaque partie se considère comme la victime, ce qui est vrai et faux. Nous voulons que chaque côté écoute l'autre, comprenne ses idées, ses traditions, sa culture, et nous pensons qu'ainsi il sera plus facile de négocier."

Le matin, un talk-show approfondit en hébreu l'actualité de la presse palestinienne. Et l'après-midi, une émission similaire en arabe offre une fenêtre sur la société israélienne. La culture, l'économie et même la cuisine sont abordés, explique Maysa Baransi-Siniora, codirectrice palestinienne de la radio. Et la politique? "Nous ne disons pas ce qui est juste ou faux", répond-elle. Pour la couverture du retrait des colons de Gaza par exemple, la rédaction s'efforce simplement de raconter au public hébréophone les souffrances liées à l'occupation et comment, en 1948, les Palestiniens ont dû quitter leurs maisons. On fait ensuite le parallèle pour le public arabophone en allant à la rencontre des colons menacés aujourd'hui d'exil. "Aucune radio palestinienne n'accorde de sympathie aux colons et les souffrances des palestiniens intéressent peu les médias israéliens", relève la responsable.

Une audience encore limitée

Mais cette "voix de la paix", est-elle audible? Nasser Laham, un responsable de Bethlehem TV (palestinienne), se montre sceptique: "En Israël, seul un cercle restreint l'écoute." Côté palestinien, on peut rencontrer le refus de tout discours de normalisation avec Israël, admet le journaliste. "Mais les gens veulent la paix. Le problème, c'est le fossé entre le discours pacifiste de la radio et la réalité."

La méfiance du début à cédé la place à une confiance grandissante envers la radio, rétorque Maysa Baransani-Siniora. "Notre message est de ne pas abandonner, de ne pas recourir à la violence qui ne nous a amenés à rien. Nous avons le droit de vivre en paix." Nasser Laham ne dit pas autre chose en saluant le rôle essentiel d'une radio qu'il compare à une graine de paix.

Encore faut-il que la graine se répande: obstruée par l'administration israélienne, la radio est loin d'émettre sur la totalité des territoires israéliens et palestiniens.