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FEWS Evaluation rapide de l'état des cultures et de la situation alimentaire au nord du Nigeria

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Du 23 Août au 03 septembre 2005 Par Salif Sow Représentant Régional FEWS NET/USAID Amadou Mactar Konaté Expert en Sécurité Alimentaire CILSS/SE
Avec la contribution de Ibrahim Laouali, Chef Unité Marché CILSS/AGRHYMET et de Sani L. Addoh Coordinateur du Système d'Information sur le Marché Agricole (SIMA) du Niger

I. RESUME EXECUTIF

L'insécurité alimentaire vécue au Sahel et au nord du Nigeria courant 2005 résulte d'une combinaison de plusieurs facteurs conjoncturels et structurels. Les baisses de productions suite à la sécheresse, les niveaux exceptionnels des prix de céréales en Afrique de l'ouest, les mesures inappropriées qui entravent les échanges et l'accroissement de la pauvreté ont contribué à l'exacerbation de cette crise.

Couramment, le Nigeria applique des mesures d'interdiction à l'exportation sur les céréales dans le but de satisfaire une demande de plus en plus croissante de la consommation alimentaire et des besoins des industries. En 2005, malgré ces mesures, les exportations informelles du Nord du Nigeria vers le Sahel en général et le Niger en particulier ont eu lieu, mais sûrement moins que d'habitude. Au delà des baisses de disponibilités céréalières et les entraves, le niveau subitement élevé des prix de céréales au Nigeria (comme partout ailleurs dans la sous région) demeure le principal élément explicatif de la baisse des exportations vers le Sahel. Entre mars et juillet 2005, les prix moyens du mil au nord Nigeria ont atteint et parfois même dépassé ceux du Niger. Au mois de juillet 2005, les prix des céréales au Sahel et au nord Nigeria dépassaient largement les niveaux moyens des cinq dernières années.

Face à cette perte de compétitivité au Niger des céréales d'origine nigériane pendant cette période, il devenait presque impossible à travers la loi du marché, pour les pays du Sahel en général et celui du Niger en particulier, de se ravitailler en mil à partir du nord Nigeria. Selon toute vraisemblance, hormis les petites quantités de mil que les populations ont du échanger entre elles au niveau de la zone frontalière du Niger et du Nigeria, il n'y a pas eu d'exportations significatives de céréales sèches (mil, sorgho, mais et fonio) du Niger vers le Nigeria. Par contre, près de 11 000 tonnes de riz paddy produit à l'ouest du Niger (région de Tillaberi) a été acheté et exporté au Nigeria via le Benin. Aussi des mouvements d'exportations et de réexportation de riz marchand importé ont été observés pendant les périodes de récoltes et de soudure.

Sur le plan agricole, l'allure actuelle de la saison 2005/06 présage de bonnes récoltes aussi bien au Sahel qu'au nord du Nigeria malgré les déficits pluviométriques constatés par endroits. Si les pluies restent normales jusqu'en fin septembre et la menace aviaires contenue au sud du Niger et au nord du Nigeria, les productions céréalières dépasseront les niveaux record enregistrés pendant la campagne agricole 2003/04.

Le potentiel de production au nord du Nigeria et son plus gros marché céréalier de l'Afrique de l'Ouest (Dawanu) joueront un rôle prépondérant dans l'approvisionnement du Sahel (Niger, Tchad, nord Cameroun, Mali et Burkina Faso). La prise en compte de la situation agricole et alimentaire du Nigeria et l'évolution de ces marchés céréaliers s'avèrent désormais impératives pour une meilleure appréciation des bilans céréaliers au Sahel. La fluidification des échanges et la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux tel que prônée par la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), restent absolument nécessaires. L'appréciation de la situation alimentaire et agricole à travers un dispositif d'alerte rapide sur la sécurité alimentaire, comme il existe au Sahel, s'avère indispensable au Nigeria. La circulation de l'information sur les disponibilités, les échanges et la dynamique des marchés du Nigeria renforcera la compréhension de l'insécurité alimentaire au Sahel et une meilleure planification des réponses en cas de crise.

II. CONTEXTE

1. Au Sahel, les récoltes globalement moyennes de la campagne agricole 2004/05 étaient dues aux effets combinés de la sécheresse et du criquet qui ont été particulièrement ressentis dans les zones pastorales et agropastorales de certains pays se traduisant par endroits par des déficits locaux souvent prononcés. Les résultats définitifs de la campagne agricole 2004-2005 au Sahel font observer une production agricole de 11.510.800 tonnes, en baisse de 19% par rapport à la production record de 2003/04, mais identique à la moyenne des cinq dernières années. La production céréalière par tête plus explicite accuse une baisse de 8% par rapport à la moyenne des cinq dernières années alors qu'au même moment l'accroissement moyen de la population se chiffrait à 2.5%/ an. Le bilan céréalier régional laisse apparaître un excédent net de 85.800 tonnes, avec toutefois un déficit de 77.100 tonnes pour les céréales sèches. Par pays, les excédents nets ont été relevés en Gambie, au Mali et au Burkina Faso avec respectivement 56.200 tonnes, 422.700 tonnes et 435.000 tonnes. Ailleurs, les déficits céréaliers nets sont observés en Guinée Bissau (- 22.100 tonnes), Cap Vert (- 38.700 tonnes), Sénégal (- 158.900 tonnes), Mauritanie (- 166.000 tonnes), Tchad (- 216.900 tonnes) et Niger (- 223.500 tonnes(1)). Avec le plus grand déficit céréalier du Sahel, le Niger dépend largement du nord du Nigeria et dans une moindre mesure du Burkina Faso et du Mali pour satisfaire à travers les importations ces besoins vivriers en pareille circonstance. Au Niger, les céréales contribuent à elles seules entre 57 et 79% à la couverture des besoins énergétiques totaux selon les groupes sociaux alors que les animaux assurent pour près de 13% la couverture des besoins caloriques(2).

2. Le Nigeria est un large pays avec une superficie d'environ 923,768 kilomètre carré et une population estimée en 2002 à 121 276 000 d'habitants. La succession de plusieurs zones agro-écologiques (de la forêt au sud à la savane au nord) offre une gamme variée de productions agricoles. Le Nigeria produit en moyenne (1999-2003) 16 millions de tonnes de céréales (mil, sorgho, maïs et riz) contre 11.5 millions au Sahel. Le mil et le sorgho sont principalement produits au nord dans les Etats de Sokoto, Kano, Bauchi, Zamfara, Kebbi, Katsina, Adamawa et Borno ; le riz dans l'Etat du Niger et le maïs dans la moitié sud du pays au tour de Kaduna. Contrairement au Sahel, plus des deux tiers de la superficie du Nigeria bénéficient d'un double régime pluvial permettant deux récoltes par an : la grande saison des pluies qui s'étale d'avril à juillet et la petite saison d'août à Décembre.

3. Le nord du Nigeria à travers son potentiel de production et son plus gros marché céréalier de l'Afrique de l'Ouest (Dawanu) joue un rôle prépondérant dans l'approvisionnement du Sahel (Niger, Tchad, nord Cameroun, Mali et Burkina Faso) surtout pendant les périodes de pénuries. En 2001, entre 75 et 80% du mil/sorgho et 20% de maïs importés au Niger provenaient du Nigeria(3). Il a connu tout comme au Sahel en 2004 une baisse de production la due essentiellement à la sécheresse. Ces baisses de production aussi bien au Sahel qu'au nord du Nigeria ont occasionné par endroits une situation alimentaire difficile exacerbée par des difficultés d'accès à la nourriture suite à une flambée exceptionnelle des prix de céréales en 2005.

4. A partir de mai 2005, quant l'hivernage démarrait d'une façon précoce et se déroulait d'une façon satisfaisante au Sahel jus qu'en août, le Nord du Nigeria, enregistrait en juillet et août des déficits pluviométriques locaux. Au même moment, une menace des oiseaux granivores (quelea quelea) se faisait de plus en plus sentir dans les principales zones de production du mil des Etats de Sokoto et de Jigawa voisins au Niger. Au mois de juillet 2005, les prix des céréales au Sahel et au nord Nigeria dépassaient largement les niveaux moyens des cinq dernières années, limitant ainsi l'accès à la nourriture pour les ménages pauvres dépendant des marchés pour leur ravitaillement.

5. L'analyse des dynamiques actuelles des marchés et les échanges entre le nord du Nigeria et le Sahel et leurs impacts sur l'approvisionnement et les prix permettront de comprendre en partie les causes conjoncturelles de la crise alimentaire qui sévit en 2005 dans les zones pastorales et agropastorales au Sahel en général et au Niger en particulier. Ainsi, à la demande de l'USAID/Abuja, cette mission fût menée conjointement par le Représentant Régional du FEWS NET/USAID et l'expert en Sécurité Alimentaire du CILSS/SE. Concomitamment, le Centre Régional Agrhymet(CILSS) à travers son Unité Marché et le Système d'Information sur les marchés Agricoles (SIMA) du Niger évaluaient le fonctionnement de certains marchés de la sous région dont ceux du nord du Nigeria). Les résultats préliminaires de cette évaluation sont pris en compte dans ce rapport. La mission conjointe FEWS NET/CILSS d'évaluation rapide de la situation alimentaire et agricole au Nord du Nigeria en rapport avec la situation alimentaire du Niger et du Sahel, avait pour objectifs :

- d'évaluer la situation agricole courante ⇒ d'évaluer la situation alimentaire courante

- d'évaluer le rôle et l'importance des flux céréaliers entre le nord Nigeria et le Sahel (Niger en particulier) et leur impact sur la situation alimentaire courante au Sahel

Elle s'est déroulé du 18 août au 03 septembre 2005 selon l'itinéraire suivant : Niamey, Birni-Koni, Sokoto, Gusau, Zamfara, Zaria, Kano, Jigawa, Biriniwa, Kaduna, Abuja. Maradi (carte 1).


CARTE 1 : LOCALISATION DES VISITEES AU NORD DU NIGERIA


La mission a systématiquement rencontré dans les Etats visités le Département de l'Agriculture chargés de la Recherche, de la Planification et des Statistiques, de l'Environnement, du Commerce, des Agences de Développement Agricole et procédé par des interviews directes dans les champs et les marchés céréaliers pour collecter le maximum d'informations possibles. Elle a aussi rencontré le Ministère Fédéral de l'Agriculture et du Développement Rural, le Bureau Fédéral des statistiques agricoles, le système d'information sur le Marché céréalier et les associations de commerçants céréaliers et transporteurs routiers du marché de Dawanu (Kano), la CEDEAO (Départements Agriculture et Elevage, Commerce et concurrence, Section Douane et Système d'Alerte Précoce et Prévention des Conflits) et l'USAID (liste complète en annexe XX).

Notes:

(1) Perspectives agricoles et alimentaires au Sahel CILSS/AGRHYMET/FEWS NET, juin 2005

(2) CILSS/AGRHYMET, reévalution des normes de consommation au Sahel, document de travail, juillet 2004.

(3) Niger- Analyse des marchés céréaliers en 2004-05, PAM/ODD Août 2005.

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