Tous engagés pour un meilleur apprentissage des filles en math et sciences au Niger

Depuis 2013, le programme de renforcement des capacités pour l'éducation (CapED) au Niger, coordonné par l’UNESCO Dakar, accompagne le gouvernement nigérien dans ses efforts visant à maintenir les filles à l’école par l’amélioration de leurs performances en mathématique et en sciences.

Les disparités de genre dans l’éducation en défaveur des filles persistent au Niger, en particulier à la période de l’adolescence où les rôles associés aux filles et aux garçons sont très ancrés dans la société et les mentalités de la population.

Selon une enquête menée par le CapED au niveau du premier cycle de l’enseignement secondaire (collège) dans les départements de Say et de Torodi (région de Tillabéri), plus de 70% des élèves filles et garçons interrogés estiment que, contrairement aux préjugés, les filles sont capables d’apprendre les mathématiques et les sciences. Les élèves ont cité le manque de manuels scolaires, l’absence d’équipement ou de matériel et le comportement des autres élèves comme étant des facteurs importants de leur démotivation face à ces matières. A cela s’ajoutent les pratiques pédagogiques et les attitudes des enseignants qui ont été identifiées comme en partie responsables de la faible performance des filles.

S’appuyant sur les résultats de cette enquête, l’ensemble des 94 enseignants de mathématiques, de sciences de la vie et de la terre et de physique/chimie ainsi que les directeurs de 15 collèges, sélectionnés dans la région de Tillabéri, ont été formés sur la pédagogie active et l’enseignement des mathématiques et des sciences selon l’approche réactive en matière de genre. Les sept inspecteurs et conseillers pédagogiques exerçant dans la zone ont aussi été formés au suivi et à l’accompagnement des enseignants dans cette nouvelle approche pédagogique.

L’ardeur et l’enthousiasme engendrés au niveau des enseignants, dont la majorité n’avait pas reçu de formation pédagogique, est l’un des plus grands succès de l’intervention. « De l’aveu de certains d’entre eux, la formation leur a permis de comprendre qu’en réalité, ils ont fait tout sauf de l’enseignement : ils viennent, pour la première fois, de découvrir le trésor contenu dans la didactique ».

Les enseignants dont la maîtrise des contenus a été rehaussé s’adonnent de plus en plus à la conception d’exercices pratiques utilisant des matériaux locaux pour illustrer la théorie. De cette façon, l’apprentissage des mathématiques et des sciences, ancré dans les réalités socioculturelles des élèves, a beaucoup plus de sens. Les enseignants accordent davantage d’attention aux filles qui, auparavant timides, sont moins complexées. Leur motivation et leur confiance sont accrues et elles prennent une part active dans le déroulement des cours et des travaux de groupe. D’après les enseignants, leurs résultats scolaires se sont améliorés et de plus en plus de filles deviennent responsables de classe.

Le dynamisme du Collège d'Enseignement Général de Ganki Bassarou, une des écoles bénéficiaires du CapED, mérite d’être mis en évidence. En effet, de leur propre gré, les enseignants de mathématique et de sciences ont organisé des sessions de partage sur les formations du CapED avec leurs collègues, sous la supervision du conseiller pédagogique. De plus, en préparation de la nouvelle année scolaire notamment, les enseignants sollicitent l’appui des conseillers pédagogiques qu’ils considéraient avant comme des gendarmes et qu’ils fuyaient. Quant au directeur, il veille à ce que les élèves ne ratent pas les cours volontairement en effectuant des rondes dans le village pour détecter les jeunes étudiants qui flânent ou se rassemblent lors de veillées nocturnes. Grâce à leur détermination et à leurs initiatives, ces éducateurs ont obtenu un soutien accru des parents qui retrouvent confiance en l'école.

Le suivi régulier des enseignants des 15 écoles par les encadreurs pédagogiques, la sensibilisation sur l'éducation des filles et l’impact des stéréotypes de genre sur les performances scolaires, accompagnée d’une forte médiatisation, ainsi que les différentes missions de suivi du ministère des Enseignements secondaires ont aussi fortement contribué aux changements observés. Ceux-ci ne sont cependant que quelques premiers pas vers le maintien des filles à l’école et l’équité dans l’éducation.

L’engagement fort des autorités et des responsables pédagogiques pour la réussite de cette initiative, que les différents acteurs considèrent comme une entreprise collective, est une réelle opportunité pour le système éducatif nigérien. L’intervention du CapED se poursuit avec le renforcement de l’encadrement pédagogique, et avec une expansion prévue à d’autres régions au Niger, ciblant à la fois des collèges et des écoles primaires. Sa généralisation par la formation initiale des enseignants du primaire et du premier cycle de l’enseignement secondaire dans les Ecoles Normales d’Instituteurs et l’Ecole Normale Supérieure de Niamey est également en préparation. L’objectif est d’aider les filles à devenir actrices de leur propre développement, de celui de leur famille et de leur société, et de dépasser certains préjugés contre les femmes en général.