Niger: Rapport d'analyse de monitoring de protection - Région de Tillaberi de Janvier à août 2019

Report
from UN High Commissioner for Refugees, Protection Cluster
Published on 31 Aug 2019 View Original

I. Contexte sécuritaire et opérationnel

La situation sécuritaire dans la région de Tillabéri est restée très instable de janvier à août 2019, du fait de la persistance des attaques des éléments des groupes armés non étatiques, dans les localités frontalières du Niger avec le Mali et le Burkina Faso.

Ainsi, comme illustré sur la carte ci-dessus, cette crise sécuritaire complexe demeure préoccupante avec comme corollaire, des zones et axes non sécurisés de part et d’autre des trois frontières. En effet, les éléments des GANE en provenance de la zone dite du Grand Sahel, occupant les zones tantôt évoquées, ne cessent de mener des assauts fréquents dans différents départements de la région de Tillabéri, sis au Niger. Ces attaques visent, non seulement les positions stratégiques des FDS mais aussi se traduisent par des exactions sur la population civile. Ce climat d’insécurité a ainsi entrainé les mouvements de populations dans les frontières des trois pays (Niger - Mali - Burkina Faso).

Cette situation a été la préoccupation majeure de la rencontre qui s’est tenue à Bamako (Mali) du 11 au 12 septembre 2019. L’objectif étant de réfléchir sur la problématique du dialogue Régional de Protection et de Solutions dans le cadre des déplacements forcés au Sahel.
Les principales conclusions de ce dialogue devront permettre de contribuer au renforcement de l’environnement de protection et de faciliter l’implémentation de solutions pour les populations et communautés affectées par les déplacements dans le Sahel. (cf. lien suivant : conclusions dialogue de Bamako).

En effet, la position géographique de la région de Tillabéri constitue un facteur de risques accrus et de menaces asymétriques pour les populations qui y vivent, du fait de la proximité de cette région avec le nord Mali et l’est du Burkina Faso en proie à l’insécurité depuis de nombreuses années. Cette partie ouest du Niger constitue pour les GANE non seulement une zone propice de repli, de ravitaillement et d’acquisition de moyens de subsistance mais aussi celle de recrutement d’adhérents et/ou de complices au sein des communautés locales. Cette situation contribue à accroitre la criminalité et les tensions intercommunautaires déjà présentes dans certaines localités.
Le climat d’insécurité décrit cidessus affecte également les populations civiles et les acteurs humanitaires, qui sont exposés à d’importants risques du fait de la dispersion des éléments des GANE et de la pression exercée par les FDS dans les zones où la circulation d’armes de guerre est récurrente avec des risques élevés d’exposition des personnes aux engins explosifs improvisés (EEI). A titre illustratif, de nombreux véhicules appartenant aux agences humanitaires ont été volés par les GANE et certaines localités demeurent difficiles d’accès par les acteurs humanitaires.

Malgré les patrouilles régulières des FDS et les opérations militaires qui se poursuivent dans ces zones frontalières, obligeant les groupes armés non étatiques à se replier et/ ou à changer de modes opératoires, la menace est toujours présente dans la région, comme en attestent les attaques de grande envergure menées contre les positions des forces de défense et de sécurité par les groupes armés dans la région de Tillabéri, occasionnant des mouvements massifs de populations internes.

Ce contexte justifie à suffisance l’intensification des opérations militaires de grande envergure dans différents départements frontaliers avec le Mali et le Burkina Faso.
Il s’agit de l’opération française Barkhane, des opérations de l’armée nigérienne Dongo et Shara, et des opérations des forces américaines.

Il y a également lieu de préciser que les populations de cette région vivent dans la psychose en raison des risques et des atteintes aux droits humains de nature diverse à savoir : la restriction de mouvement liée aux mesures de l’état d’urgence, les affrontements armés, les détonations d’armes à feu ou les bombardements à la frontière avec le Mali et le Burkina Faso, les exactions des éléments des GANE et les risques d’explosion d’EEI. De plus, les opérations militaires ont réduit l’accès des humanitaires aux zones abritant les PDI entrainant de ce fait une plus grande difficulté dans la mise en œuvre des activités de protection, et ceci particulièrement dans les communes d’Inates et de Makalondi.
En outre, Une note de protection a été rédigée afin d’analyser l’impact de la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri en lien avec les vastes opérations militaires au niveau des frontières avec le Mali et le Burkina Faso.
Aussi, les déplacements des populations se sont poursuivis tout le long des huit premiers mois sous forme de déplacement préventif et post attaque. Au 31 août, les autorités communales ont rapporté 54 938 personnes déplacées internes installées dans 41 sites temporaires de PDI et dans des familles d’accueil.

En outre, plusieurs mouvements secondaires et multiples ( 11 225 personnes) ont été enregistrés du fait de la persistance de l’insécurité et de la recherche d’une assistance humanitaire, et de l’accès réduit aux services sociaux de base.

Ces chiffres pourraient augmenter si les mesures sécuritaires ne sont pas renforcées particulièrement dans les zones frontalières, lieux d’incursions et d’attaques fréquentes des GANE. Par ailleurs, notons que les restrictions liées aux mesures de l’état d’urgence ont considérablement réduit l’accès aux moyens de subsistance et aux services sociaux de base dans ces zones.

Les données collectées de janvier à août 2019 dans le cadre du suivi des questions de protection (monitoring de protection) font état de 337 incidents dans la région de Tillabéri.
Ces incidents de protection commis par les GANE ont entrainé de nombreuses violations des droits humains touchant directement plus de 1 273 personnes, déjà très vulnérables