Niger - Mise à jour des messages clés : De multiples chocs, dont les conflits, continuent de réduire l’accès alimentaire des ménages pauvres, Mars - Septembre 2026
L’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) prévaut encore dans les régions de Tillabéry, de Diffa et du nord-ouest de Tahoua, due en grande partie aux conflits, mais aussi suite aux effets récurrents des inondations et au contexte économique défavorable. Les besoins alimentaires sont actuellement en augmentation et atteindront leur pic pendant la période de soudure, de juillet à septembre 2026, en raison de l’épuisement des stocks, de la dépendance aux marchés et du pic des prix des denrées alimentaires. Les populations déplacées et les ménages hôtes très pauvres de ces régions sont les plus touchés par cette insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec des catégories de taille réduite de populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dont les moyens d’existence ont été encore davantage compromis par les effets des inondations sur les cultures et sur les biens, ainsi que par l’inflation alimentaire.
La dégradation de la situation sécuritaire, avec l’insécurité croissante dans les foyers de conflit, constitue le facteur majeur de l’insécurité alimentaire aiguë. Selon ACLED, Le nombre global d’incidents sécuritaires a progressé en moyenne de 14 pour cent en janvier-février 2026 par rapport à la même période en 2025, avec des augmentations de 33 pour cent, 50 pour cent et 86 pour cent enregistrées respectivement dans les régions de Dosso, Maradi et Tahoua. Les violences contre les civils provoquent des déplacements de populations estimées en février 2026 à 1 032 135 personnes dont 53 pour cent sont des personnes déplacées internes, 42 pour cent de réfugiés venus du Mali, du Nigéria et du Burkina Faso fuyant les attaques terroristes et 5 pour cent autres personnes enregistrées dans le pays. Ces tensions sécuritaires augmentent la pression sur les communautés d’accueil et leurs conditions alimentaires, tandis que perturbent le fonctionnement et l’approvisionnement des marchés, les activités de moyens d’existence et limitent l’accès aux terres de cultures de contre-saison. Elles perturbent la transhumance avec des concentrations et un surpeuplement inhabituel des troupeaux, entraînant une forte surcharge animale sur les ressources pastorales locales et une baisse de la productivité animale dans les zones en crise sécuritaire.
Les conditions économiques sont également défavorables dans les zones touchées par les conflits et l’insécurité. Les opportunités d’emploi locales sont limitées dans les zones de conflit, ce qui affecte significativement les revenus et le pouvoir d’achat des ménages. Aussi, même si l’inflation globale est en baisse de 10,1 pour cent en février 2026 par rapport à février 2025, les prix des denrées alimentaires sont en hausse dans les zones en conflit. Dans les zones d’insécurité de Bankilaré et Mangaïsé dans la région de Tillabéry, les prix moyens du mil s'établit à 290 FCFA.kg en février 2026, alors que le prix moyen national se situait à 221 FCFA/ kg.
La campagne de cultures de contre-saison —dominée par lescultures irriguées de fruits et légumes, y compris le riz, le poivron, l’oignon et d’autres cultures maraîchères— offre de grandes opportunités de diversification de la consommation alimentaire et constituent des sources de revenus pour les ménages pauvres vendant leur main-d’œuvre agricole. La tendance de la production est similaire à celle de l’année passée. Toutefois, la réduction des superficies cultivées due à l'insécurité — comme en témoignent les bassins de production de Tillabéry et de Diffa — a entraîné une baisse de la demande de main-d'œuvre, amenant ainsi les salaires journaliers à se maintenir en dessous de la moyenne.
Le conflit en cours au Moyen-Orient devrait perturber les marchés internationaux, en particulier à travers la hausse des coûts du carburant, du fret et des intrants importés. L’impact direct sur les prix du carburant pourrait être atténué par le statut du Niger en tant que pays producteur de pétrole. Cependant, le principal impact devrait se traduire par une augmentation des prix des produits alimentaires importés, notamment le riz, le blé, les pâtes alimentaires, l’huile végétale et le sucre, réduisant l’accès des ménages, surtout urbains et dépendants des marchés. Parallèlement, la hausse attendue des prix des engrais devrait limiter l’accès des producteurs aux intrants, en particulier pour les systèmes irrigués. L’approvisionnement en intrants pour la campagne agricole 2026 (janvier–mai) repose en grande partie sur les importations en provenance du Nigéria, du Maroc et de la Russie. La réduction probable de l’utilisation des intrants fertilisants pour la campagne à venir pourrait affecter négativement les rendements et la production agricoles, ce qui pourrait renforcer la dépendance aux marchés et accentuer les pressions sur les prix alimentaires. Toutefois, le recours accru à la fumure organique et aux sources locales d’approvisionnement pourrait atténuer la dépendance aux importations et partiellement soutenir la production agricole.