Niger

Niger : La Commission africaine doit agir pour une approche centrée sur les droits humains dans le traitement de la situation politique et sécuritaire au Niger par l’Union africaine

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(Niamey, Paris) 20 avril 2021 – Alors que la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP, Commission africaine) s’apprête à examiner le rapport de l’État du Niger dans le cadre de sa 68ème session ordinaire, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Association nigérienne pour la défense des droits de l’Homme (ANDDH) appellent l’organe principal de promotion et de protection des droits humains en Afrique à jouer tout son rôle dans la mise en œuvre d’une approche fondée sur les droits humains pour répondre aux violences et à la crise multiforme que vivent les populations nigériennes.

Le 21 avril 2021, la Commission africaine procédera à l’examen de la situation des droits humains au Niger, sur la base du dernier rapport périodique transmis par l’État, conformément à l’article 62 de la Charte africaine – ratifiée par le Niger – et en ligne avec les articles 45 et 46 consacrant les prérogatives de la Commission africaine. Nos organisations restent préoccupées par la situation politique, des droits humains et sécuritaire prévalant au Niger. Le pays vit une période post-électorale ambivalente, marquée par une alternance politique démocratique – actée par l’élection de Mohamed Bazoum à la Présidence de la République, le 2 avril dernier – et par une contestation électorale qui se poursuit de la part de l’opposition politique, sur fond d’atteintes aux libertés fondamentales et d’attaques contre les défenseurs des droits humains et les journalistes.

« Tout au long de l’année 2020 et de ces derniers mois au Niger, nos organisations ont dénoncé les attaques subies par de nombreux journalistes et défenseur.es des droits humains qui ont vu leurs libertés être restreintes, ont été arrêté.es, détenu.es arbitrairement et harcelé.es judiciairement. Il est urgent que les nouvelles autorités en place mettent un terme à toutes ces attaques et atteintes aux libertés fondamentales, et fassent du renforcement de l’espace civique et démocratique une priorité. C’est l’une des conditions pour le rétablissement d’un dialogue politique démocratique, inclusif et apaisé »

Mabassa Fall, Représentant de la FIDH auprès de l’Union Africaine

Sur le plan sécuritaire, nos organisations s’inquiètent de la forte recrudescence des attaques terroristes depuis le début de l’année 2021 qui ont causé des centaines de victimes parmi les populations civiles, dont des enfants, dans plusieurs régions du pays. Le 2 janvier 2021, Tchoma Bongou et Zarmadarey, deux villages de la région de Tillabéri, ont été simultanément attaqués entraînant plus de 100 morts au sein de la population civile. A la fin du mois de mars 2021, deux autres attaques ont été menées contre des populations dans la même région de Tillabéri (au village de Banibangou) et celle de Tahoua (au village de Tillia) faisant plus de 200 morts. Enfin, toujours dans la région de Tillabéri, le 17 avril 2021 Gaygorou, plus de 19 personnes ont perdues la vie suite à une attaque terroriste. A cela s’ajoute la forte insécurité qui pèse sur les populations civiles dans la partie est du pays résultant de la présence du groupe Boko Haram depuis plusieurs années, ce dernier en date étant celui du 15 avril 2021 au cours duquel cette même secte terroriste a mené une attaque à Mainé Soroa dans la région de Diffa tuant le brigadier-chef des Douane.

Face aux lourds bilans de ces attaques, nos organisations s’inquiètent de l’aggravation de l’insécurité et de l’insuffisance des mesures en faveur de la protection des populations civiles nigériennes qui n’ont que très peu accès aux services publiques de base, notamment liés à la santé, l’éducation et au soutien social et économique. « Ces attaques horribles au Niger illustrent encore l’échec d’une stratégie de lutte contre le terrorisme guidée par une lecture sécuritaire donnant la priorité aux opérations militaires et à la ’neutralisation des terroristes’. Il est urgent d’adopter une approche plus holistique, non seulement dans les déclarations politiques mais aussi dans les actions pour agir en faveur de la sécurité globale et durable des populations nigériennes », déclare Sita Adamou, Président de l’ANDDH au Niger.

De plus, nos organisations s’inquiètent du sort réservé aux populations migrantes dans le Nord du Niger. De nombreux citoyens nigériens et ressortissants d’autres pays voisins sont confrontés à des obstacles à leur droit de circuler librement et en toute sécurité sur le territoire par les forces de police nigériennes, pourtant consacré à l’article 12 de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples l’article 3 du Traité de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans sa version révisée et signée à Cotonou de juillet 1993.

Ainsi, et en amont de l’examen spécifique de la situation du Niger, nos organisations recommandent à la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples de :

Mettre un terme à toutes les atteintes et restrictions des libertés fondamentales ; garantir le respect des droits humains ; et mettre en place toutes les conditions en faveur d’un dialogue politique et social libre, inclusif, démocratique et apaisé.

Encourager le nouveau gouvernement nigérien à placer la protection des populations civiles au cœur de ses priorités pour faire face à la crise sécuritaire que subit le Niger depuis plusieurs années. Encourager le nouveau gouvernement nigérien à se concentrer sur les causes profondes de cette instabilité, notamment en assurant la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels de la population et développant une politique efficace de lutte contre l’impunité.

Encourager le nouveau gouvernement nigérien à prendre les mesures nécessaires afin de garantir efficacement la libre circulation des personnes et des biens sur l’ensemble de son territoire, particulièrement pour les populations réfugiées et déplacées internes fuyant le terrorisme.