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Niger : Afflux d'enfants nigérians dans les centres nutritionnels du Niger

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KANO, 14 juin 2007 (IRIN) - De plus en plus d'enfants nigérians malnutris sont amenés par leurs mères dans les centres nutritionnels d'urgence du Niger, pays le plus pauvre de la planète, pour trouver l'aide médicale qui leur fait défaut au Nigeria, le premier pays exportateur de pétrole d'Afrique.

« Au Nigeria, les structures de santé de l'Etat sont complètement détruites dans les zones rurales », a fait remarquer Ben Foot, directeur pays de l'organisation humanitaire Save the Children. « Même lorsque les médicaments et le matériel médical sont disponibles, les populations doivent les payer alors qu'elles n'ont pas les moyens ».

A Maradi, ville du sud du Niger située à la frontière nord du Nigeria, au moins 20 pour cent des enfants soignés dans les centres nutritionnels de Save the Children sont nigérians.

Selon d'autres agences humanitaires présentes au Niger, dans les localités limitrophes de la frontière entre le Niger et le Nigeria, près de 90 pour cent des enfants bénéficiant de suppléments nutritionnels, de vaccins et de soins de santé gratuits sont originaires du Nigeria.

La région nord du Nigeria et le Niger voisin ont en commun un climat semi-aride et leur population pratique une agriculture de subsistance.

Selon les statistiques du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), 29 pour cent des enfants au Nigeria sont en sous poids. En outre, de nombreux indicateurs clés de malnutrition sont bien plus alarmants au Nigeria qu'au Niger et que dans d'autres pays sahéliens.

En effet, selon certaines sources, le seuil de malnutrition et le taux de mortalité dans le nord du Nigeria sont deux fois supérieurs à ceux du sud du pays.

Au Niger voisin, par contre, les financements importants consentis par les bailleurs en faveur des programmes nutritionnels ont permis d'améliorer rapidement l'état de santé des enfants, après le battage médiatique fait autour de la crise alimentaire de 2005.

Dans certaines régions de Maradi, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a baissé et est aujourd'hui comparable à celui des Etats-Unis ; des améliorations rendues possibles grâce à l'administration de suppléments en micronutriments, à la sensibilisation des femmes à l'allaitement maternel, au renforcement des capacités en matière d'accès à l'eau potable et à la contribution d'un grand nombre d'organisations non gouvernementales.

Toutefois, pour Saratu Abdullah, la responsable du service Nutrition au ministère de la Santé de l'Etat de Kano, il n'y a pas de problème de malnutrition au Nigeria.

« Aucun enfant n'est malnutri dans ce pays », a-t-elle affirmé.

Depuis 2003 aucune enquête nutritionnelle fiable n'a été réalisée dans le pays. Et selon M. Foot de Save the Children, même les rares enquêtes menées dans la région ne sont pas « fiables, les résultats ayant été manipulés ».

« La situation est vraiment catastrophique, mais il n'y a pour l'instant aucune donnée statistique », a ajouté M. Foot.

Depuis 2005, au moins, les agences humanitaires installées au Niger reçoivent des enfants nigérians nécessitant une aide nutritionnelle.

Cette année-là, l'ONG Médecins sans frontières avait provisoirement ouvert un centre nutritionnel dans l'Etat de Katsina, au nord du Nigeria, pour tenter de réduire le nombre d'enfants nigérians malnutris qui affluaient vers le Niger, et pour juguler un taux élevé de malnutrition causé par une épidémie de rougeole.

Mais depuis, les ONG internationales qui travaillent encore dans le nord du Nigeria sont rares.

« On pense à tort que le Nigeria devrait se suffire à lui-même en raison de ses richesses pétrolières. Mais le gouvernement a dilapidé les revenus du pays au cours des 20 dernières années, gaspillé les ressources et favorisé uniquement l'élite politique », a affirmé M. Foot de Save the Children.

En privé, les responsables des agences humanitaires disent qu'ils craignent de révéler que des ressortissants nigérians viennent se faire soigner au Niger, car cela pourrait amener le gouvernement du Nigeria à fermer la frontière ou les autorités nigériennes à réduire les programmes nutritionnels.

Pour M. Foot, toutefois, il est préférable de reconnaître l'existence de problèmes nutritionnels au Nigeria.

« L'afflux au Niger d'enfants nigérians malnutris pourrait laisser imaginer combien d'autres Nigérians survivent difficilement », a-t-il conclu.

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