Niger

Entretien avec l'honorable Dr Idi Illiassou Mainassara, Ministre de la Santé du Niger

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1. Le Niger est régulièrement confronté aux multiples urgences : inondations, épidémies (choléra, COVID-19, polio, rougeole, méningite, etc.) dans un contexte d’insécurité : pouvez-vous nous dire comment le Niger gère ces urgences ?

Le Niger a une longue histoire de gestion des urgences et épidémies. Le pays fait face régulièrement à de nombreuses épidémies de manière récurrente notamment la méningite, le choléra, la rougeole, la polio, la diphtérie, et beaucoup plus récemment la fièvre de la vallée de rift (2016) et l’hépatite E (2017) et actuellement la Covid-19 ainsi que plusieurs urgences telles les inondations, les sècheresses.

Ces dernières années, ces urgences interviennent dans un contexte particulier marqué par l’insécurité qui sévit dans certaines parties du territoire. Le pays a ainsi, avec le temps, acquis une expérience avérée dans la gestion des épidémies. Le mécanisme de gestion a connu une grande évolution depuis le temps des équipes mobiles des grandes endémies jusqu’à l’approche actuelle intégrée et multisectorielle « One Health » de gestion des évènements et urgences de santé publique. Pour renforcer le système, des stratégies sont régulièrement élaborées afin d’être plus proactif dans la préparation et la gestion des urgences de santé dont entre autres : les plans de développement sanitaire, les plans de contingence, les plans de préparation et réponse aux urgences de santé, le plan d’action national de sécurité sanitaire en lien avec les recommandations du Règlement sanitaire international (RSI), adopté en 2005 par les États membres de l'OMS. Aussi, plusieurs efforts ont été menés dans le cadre du renforcement de la lutte contre les maladies évitables par la vaccination, efforts qui ont permis d’assurer une meilleure couverture vaccinale des populations cibles et réduire l’ampleur de ces épidémies. De même, le système de surveillance a été renforcé par la mise en place de stratégies basées sur le développement des ressources humaines au niveau national et supra national, la surveillance intégrée de la maladie et la réponse (SIMR), la surveillance au cas par cas de certaines maladies, la surveillance en temps réel, la surveillance dans certaines zones d’insécurité et ou difficiles d’accès (exemple de AVADAR).

Enfin, il faut ajouter le fort engagement de l’Etat dans la gestion de ces urgences soutenues par les partenaires techniques et financiers.

2. Quelles sont les leçons tirées au fil des ans ?

Plusieurs leçons ont été tirées parmi lesquelles nous pouvons citer :

  • L’engagement et le leadership des plus hautes autorités du pays dans une réponse à une épidémie facilite la mobilisation de ressources domestiques et suscite une participation active des partenaires ;
  • L’approche « One Health » dans la lutte contre les épidémies et les évènements de santé publique permet de résoudre efficacement plusieurs problèmes d’ordre logistique, de ressources humaines, d’accès aux zones d’insécurité, et de mise en œuvre des mesures de lutte recommandées selon une vision multisectorielle ;
  • Le renforcement des capacités des équipes d’interventions rapides permet de répondre promptement et effacement aux urgences de santé et les épidémies ;
  • L’élaboration des plans de préparation et de riposte aux épidémies ainsi qu’aux autres urgences de santé publique permet de mieux gérer, de mobiliser des ressources et guider les stratégies d’intervention ;
  • La gestion de ces urgences de santé publique et des épidémies dans nos pays exige un renforcement des systèmes de santé afin d’être plus proactifs et d’assurer une réponse prompte et efficace.

3. Quels conseils donneriez-vous aux autres pays faisant face à de multiples urgences ?

Je pense qu’il faut :

  • Renforcer l’approche intégrée « One Health » de gestion de ces urgences ;
  • Plaider auprès de nos gouvernements pour un engagement fort dans la gestion des urgences afin de mobiliser les ressources domestiques et de mieux susciter l’engagement communautaire et l’appui des partenaires ;
  • Mieux préparer les urgences par l’élaboration de plans de préparation et de réponse qui permet de guider la gestion prompte des situations des urgences et de mobiliser les ressources ;
  • Renforcer la communication afin de susciter l’engagement communautaire et l’adhésion aux mesures de lutte édictées ;
  • Renforcer le système de santé pour une meilleure résilience dans la gestion des urgences de santé ;
  • Mettre en œuvre des stratégies efficaces permettant de lutter contre les rumeurs au cours de la gestion des épidémies et urgences de santé publique.