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DRC, Niger : Aide humanitaire, stratégies de subsistance et mobilités dans la région de Diffa (Avril 2018)

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Introduction

Le Conseil Danois pour les Réfugiés (DRC) a mandaté une étude pour déterminer dans quelle mesure l’aide humanitaire constituait un facteur d’attraction dans la région de Diffa, au Niger (« Humanitarian aid as a “pull factor” for displacement in Niger). Ce sujet a été soulevé dans le contexte de l’intervention humanitaire à Diffa alors que des déplacements de personnes, de ménages et parfois de villages entiers ont été identifiés comme motivés par la disponibilité de l’aide humanitaire. L’hypothèse d’aide en tant que facteur de mobilité est partagée par l’ensemble des acteurs de la réponse humanitaire, au sein du gouvernement, des partenaires internationaux et nationaux. Elle a été rapportée de manière partielle dans certains rapports et notes, mais n’a pas fait l’objet d’une recherche particulière.

L’aide est appréhendée dans la question de recherche initiale de DRC en tant que facteur de mobilité en cela qu’elle motive ou influence les intentions et les décisions de déplacement des personnes dans l’espace et le temps. Cette perception reflète la crainte que les acteurs humanitaires peuvent accentuer les déplacements de populations et plus largement créer des externalités négatives (dépendance à l’aide, risques de protection, etc). S’il est reconnu que cette influence sur les décisions des personnes existe, les observations préliminaires du terrain ainsi que certaines études récentes sur la région de Diffa permettent de constater que l’aide n’est pas le facteur prédominant pour expliquer les déplacements dans la région de Diffa.

Ces questions ont amené de manière plus globale une réflexion sur les relations entre l’aide humanitaire (ses dispositifs et ses acteurs) et les stratégies de subsistance développées par les populations en situation de déplacement (déplacées, retournées, réfugiées) dans le contexte de l’économie régionale. Par conséquent, afin d’identifier la place de l’aide dans les stratégies de subsistance, il a été nécessaire d’élargir la question de départ pour prendre en compte l’éventail plus large de facteurs qui expliqueraient la mobilité, et d’étudier le rôle de la mobilité elle-même dans les stratégies de subsistance développées par les personnes déplacées.

En partant des stratégies de subsistance comme angle d’analyse, l’étude s’est portée sur les effets indésirables de l’aide dans le contexte de ces stratégies ainsi que sur le rôle de l’aide dans les projections de post-crise. Référence est faite à l’expression « personnes déplacées » pour caractériser les personnes en situation de déplacement, sans distinction entre les personnes déplacées internes (PDI), réfugiées et retournées au Niger, et ce car il apparaît que les stratégies de subsistance dépendent moins de ces catégorisations « opérationnelles » que de l’accès aux moyens et ressources de survie. De même, « l’aide », telle que communément comprise, se réfère à l’acceptation populaire désignant l’assistance en vivres et en cash seulement (« taimako» en hausa).

Les questions de recherche ont été reformulées ainsi :

  • Dans quelle mesure les personnes déplacées ont-elles intégré l’aide humanitaire dans leurs stratégies de subsistance ?
  • Quel est l’impact de l’aide sur le degré d’autonomie et/ou de dépendance des individus/ménages ?
  • Comment envisager la transition de l’urgence au développement dans le cadre de la dépendance à l’aide ?

Elles ont été traitées au moyen de méthodes de recherche qualitative. Les données ont été collectées et produites collectivement pendant une enquête qui s’est déroulée du 27 novembre au 13 décembre 2017 à Niamey et dans la région de Diffa. Ce rapport restitue les résultats de l’étude. Les graphiques insérés tout au long du texte illustrent certains itinéraires de personnes déplacées recueillis lors de la collecte des données (les lire de bas en haut).

La première section du rapport présente les limites de l’analyse en termes de facteurs « push-pull » pour expliquer les relations entre « aide » et « déplacement ». Elle retrace certains itinéraires de personnes déplacées pour mettre en lumière certaines limites de cette grille de lecture, et propose une analyse alternative par les stratégies de subsistance.

La question de l’étude gagne ainsi en pertinence à adresser le rôle de l’aide dans les stratégies de survie développées par les personnes dans le contexte de la région de Diffa plutôt que l’aide comme facteur d’attraction des personnes.

La deuxième section analyse les interactions entre aide, mobilités et stratégies de subsistance. Elle décrit tout d’abord les principales caractéristiques de l’économie du déplacement à Diffa, et le rôle de l’aide dans cette économie. En répertoriant ensuite les différents moyens et ressources mobilisés par les personnes déplacées, il est montré dans quelle mesure ceux-ci s’agencent et se combinent pour faire face aux contraintes et aux opportunités.

Enfin, la troisième section porte sur les recommandations issues des conclusions de l’étude.