Niger

Aide humanitaire visant à diminuer la malnutrition infantile sévère ainsi que la mortalité au Niger.

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Lieu de l'opération: NIGER
Montant de la décision: 10.000.000 EUR
Numéro de référence de la décision: ECHO/NER/BUD/2006/02000

Exposé des motifs

1 - Justification, besoins et population cible :

1.1. - Justification :

Les suites de la crise nutritionnelle de 2005 et le maintien à un niveau inacceptable du tauxd'admission d'enfants sévèrement malnutris dans les centres nutritionnels au début de l'année 2006 justifient la prolongation des opérations d'aide humanitaire au Niger en 2006.

En dépit de pluies relativement abondantes en 2005 et de la perspective d'une récolte satisfaisante (la FAO prévoit un surplus modeste de quelques 21.000 tonnes), le niveau très élevé de l'endettement des ménages vulnérables enregistré dans le courant 2005 et le maintien à un niveau anormalement élevé des prix du mil sur les marchés locaux, continuent à rendre difficile l'accès à la nourriture pour les plus démunis. Les mécanismes d'adaptation et de survie des ménages ont été sévèrement affectés et les réserves alimentaires d'urgence du gouvernement sont épuisées. Le risque d''une nouvelle crise nutritionnelle majeure persiste en 2006 au Niger.

Les enquêtes nutritionnelles de l'UNICEF/CDC, récemment publiées, évaluent à 15,3% le taux de malnutrition global national (le seuil d'urgence de cet indicateur est à 10%). Quatre régions présentent en particulier des chiffres alarmants avec des taux de malnutrition globaux de 18% à Tahoua, 16% à Maradi, 16% à Diffa et 16% à Zinder. D'autres enquêtes nutritionnelles - CONCERN, MSF (Médecins sans Frontières), ACH (Accion Contra el Hambre) - ont validé ces indicateurs négatifs de la prévalence de la malnutrition. L'enquête menée par CONCERN en décembre 2005 à Tahoua montrait que le taux de malnutrition global s'élève à 19,2%, malgré une prise en charge nutritionnelle et alimentaire jugée à l'époque satisfaisante, la mortalité des moins de cinq ans en particulier est alarmante. L'enquête de CONCERN démontrait que, pour les trois mois précédents la période couverte par l'enquête, la mortalité des moins de cinq ans était de 3,7/1.000/jour (seuil d'urgence établi à 2/1.000/jour). L'UNICEF estime que 50% de la mortalité infantile est due à la malnutrition.

Au cours des trois premiers mois de l'année 2006, 53.463 enfants malnutris dont 9.600 sévèrement, ont été admis dans les centres nutritionnels (source UNICEF). Les partenaires opérationnels de la DG ECHO ont pris en charge plus de 11.500 de ces 53.463 enfants (soit plus de 20%). Le nombre de nouvelles admissions a doublé dans le centre nutritionnel de MSF France de Maradi entre la mi-février - avec environ 500 admissions - et la mi-mars - plus de 1.000 admissions. Au sud de Zinder, la Croix Rouge Française a enregistré un accroissement de 250 à 350 admissions entre début mars et la mi-avril. Un certain nombre d'autres partenaires ont fait état de la même tendance évolutive. Il est à noter qu'en 2005 l'accroissement exponentiel du nombre d'admissions s'était déclenché fin mai.

La malnutrition aiguë avec pour conséquence une forte mortalité des enfants est récurrente au Niger. La situation a été aggravée en 2005 par la sécheresse et les effets de l'invasion acridienne de 2004. Toutefois, les niveaux actuels de la malnutrition aigue et de la mortalité infantile sont inacceptables selon les standards humanitaires et compte tenu des effortsdéployés pour atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire.

Un facteur aggravant est la difficulté d'accès aux soins de santé de qualité pour les plus pauvres. Beaucoup de centres de santé, principalement en milieu rural, ne sont pas fonctionnels, et l'ancien système de recouvrement des coûts basé sur des coûts de consultation élevés exclu la plupart des plus pauvres. L'ampleur de la mortalité infantile provoquée par la crise de 2005 a été dans un premier temps sous estimée par le fait que les familles ne pouvaient pas se permettre d'amener leurs enfants aux centres de santé. Une occasion a été perdue de repérer le problème croissant via la les données récoltées sur le nombre d'admissions et de consultations. C'est seulement lorsque les enfants malnutris avaient une autre pathologie pour laquelle ils étaient admis que le système de santé a commencé à découvrir l'ampleur de la crise.

Les enquêtes menées par MSF et ACH ont démontré que le nombre de consultations dans les centres de santé gouvernementaux était très faible. Une enquête conduite par UNICEF/CDC a mis en évidence le lien étroit entre malnutrition et mortalité infantile. C'est ainsi que 90% des enfants admis dans les centres nutritionnels de MSF Suisse en 2005 ont été testés positifs à la malaria.

C'est pourquoi certaines organisations humanitaires ont développé une étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales pour faciliter l'accès gratuit aux soins de santé des enfants de moins de 5 ans et des mères allaitantes. Dans le district de Mayahi, le nombre de consultations de soins de santé primaire a été multiplié par 5 et parfois par 10 lorsqu'une agence humanitaire (HELP) a instauré la gratuité des soins avec un système de compensation (médicaments et coûts de structures) validé par les autorités sanitaires locales et les infirmiers des centres de santé concernés.

La nécessité d'un accès gratuit aux soins de santé pour les enfants de 0 à 5 ans est une des leçons retenues de la crise 2005. Le gouvernement l'a bien compris en décrétant officiellement le droit à l'accès gratuit aux soins pour les enfants de moins de 5 ans (Journal Officiel du 26avril 2006). Les détails relatifs aux modalités de mise en oeuvre d'une telle politique restant à définir, une assistance par l'intermédiaire des agences humanitaires au niveau local est toujours nécessaire.

Les stratégies de survie des ménages ont fortement souffert de la crise de 2005. Beaucoup de ménages se sont massivement endettés afin d'acheter de la nourriture lors de la dernière période de soudure. La valeur d'un sac de mil acheté au plus fort de la période de soudure (prix les plus élevés) équivaut à 3 sacs de mil vendus après la récolte. Le mécanisme traditionnel du marché amène les commerçants à acheter les céréales au moment des récoltes quand les prix sont les plus bas pour les stocker et les revendre sur le marché lorsque les prix augmentent en période de soudure. La décapitalisation de certains ménages est telle que certaines familles ont été jusqu'à vendre leur outil de production comme les semences et les outils. Aider la population à restaurer ses moyens d'autosuffisance alimentaire et à améliorer ses capacités de générer des revenus est un objectif important des agences humanitaire et de cette décision. Les familles ayant eu un enfant traité dans un des centres de re-nutrition seront spécifiquement ciblées pour améliorer leur sécurité alimentaire. Localiser les villages d'origine des enfants malnutris traités permettra d'identifier les zones les plus touchées par la crise. La distribution de semences et d'outils ainsi que d'autres moyens agricoles (pour la petite irrigation) améliorera leur sécurité alimentaire et la génération de revenus.

Beaucoup de ménages les plus pauvres au Niger sont dépendants de la volaille comme source de revenus et de protéines. Les récents abattages massifs de volailles dans les régions touchées par la grippe aviaire, sans compensation aucune, constituent un autre facteur aggravant venant s'ajouter aux conditions difficiles et de stress.

Les causes structurelles de la malnutrition et de la mortalité au Niger, considéré comme un des pays les pauvres de la planète (officiellement dernier de la liste 2005 pour l'index du développement humain des Nations Unies), sont multiples et complexes parmi lesquelles: l'extrême pauvreté, la mauvaise gestion des ressources naturelles, le niveau insatisfaisant de l'éducation des femmes, le déficit de planning familial, la modification des mécanismes commerciaux à l'échelle de la sous région.

Plus de 70 % des 13 millions de Nigériens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cette situation requiert une approche stratégique alliant des mécanismes d'assistance sur le court, le moyen et le long terme.

Pour répondre aux problèmes du Niger, la Commission européenne a donc développé une politique visant à assurer une continuité de l'aide, créant un lien entre l'assistance d'urgence,

la réhabilitation et le développement (LRRD). L'aide humanitaire, instrument de réponse aux crises nutritionnelles sur le court terme, sera immédiatement suivie d'opérations de promotion de la sécurité alimentaire à moyen terme au travers de "l'enveloppe B" du 9ème FED. Puis sur le long terme, la sécurité alimentaire a été identifiée comme un objectif stratégique prioritaire de la programmation du 10ème FED.

Une autre leçon retenue de la crise de 2005 est liée à la nécessité de réviser les modalités de fonctionnement des systèmes d'alerte précoce existants. Les données qui sont actuellement collectées fournissent un indicateur quantitatif de sécurité alimentaire (niveau de production) mais ne couvrent pas de manière adéquate le statut nutritionnel des plus vulnérables. Les niveaux les plus élevés d'admissions de patients sévèrement malnutris ont eu lieu dans des régions considérées comme relativement peu exposées à l'insécurité alimentaire.

La crise de 2005 a également révélé la "tolérance" qui prévalait jusqu'alors vis-à-vis de la malnutrition sévère chronique dans le Sahel. Elle a ouvert un vaste débat au sein de la communauté humanitaire sur la définition d'un niveau de malnutrition acceptable dans le Sahel et sur la manière la plus appropriée de faire face au problème. Bien que la solution soit clairement liée aux interventions à long terme, le taux global de malnutrition sévère des moins de 5 ans qui s'élève à 15,5% dans les pays du Sahel, est bien supérieur au seuil d'urgence qui, dans d'autres régions du monde aurait déjà suscité une réponse humanitaire appropriée. Le maintien d'une aide humanitaire continue est nécessaire au Niger en 2006, alors que les instruments d'assistance à moyen terme se mettent en place.