Mauritania + 2 more

Étude sur la vulnérabilité de la jeunesse des communautés dans les zones frontalières du Hodh Chargui, Mauritanie

Format
Analysis
Sources
Posted
Originally published
Origin
View original

Attachments

Par Marco Cordero

INTRODUCTION

CONTEXTE ET OBJECTIFS DE L'ÉTUDE

1. L’étude sur la vulnérabilité de la jeunesse des communautés dans les zones frontalières du Hodh Chargui en Mauritanie s’inscrit dans le cadre d’une intervention financée par le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) et mise en œuvre par l’OIM, l'Organisation internationale pour les migrations et le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés au bénéfice des groupes vulnérables. Le projet a pour objectif principal de renforcer la cohésion sociale grâce à une meilleure inclusion des jeunes et des femmes dans la prise de décision locale et dans la vie socio-économique.

L’étude porte principalement sur les facteurs de vulnérabilité des jeunes vis-à-vis des sources de conflictualité ainsi que sur les marqueurs de précarisation qui limitent leur intégration dans le tissu social (via la participation à des initiatives locales de gouvernance ou dans le monde associatif) et économique (à travers des emplois et des activités rémunératrices). L’étude fait également un repérage initial de leurs aspirations et, au prisme de la diversité des difficultés rencontrées dans les trajectoires d’autonomisation, identifie les quelques mesures et dispositifs (publics et humanitaires) qui se traduisent dans des logiques d’action des politiques nationales d’insertion (voire d’inclusion) des jeunes.

APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE

2. Le processus méthodologique de l’étude s’est développé à cheval entre le premier et le deuxième trimestre 2021 autour de trois phases successives: une revue bibliographique (qui a permis d’approfondir le corps de la recherche, valoriser les conclusions les plus probantes et identifier les lacunes d’information), une enquête ponctuée par des exercices d’entretiens (avec les groupes cibles, notamment les jeunes des différents groupes et catégories mais aussi avec les autres acteurs clés et les porteurs des politiques publiques et des dispositifs d’aide) et un temps de recomposition de l’information finalisé à l’élaboration du rapport d’étude (finalisé au courant du mois de juillet).

3. L’approche de la recherche était mixte et prévoyait l’articulation d’un socle quantitatif (autour des principaux thèmes de recherche) avec un corps résolument qualitatif (et fondé sur la valorisation des voix des participants à l’étude).

Ainsi, à une enquête construite autour de deux échantillons représentatifs des deux groupes cibles (réfugiés et populations hôtes) et centrée sur les perceptions autour de l’emploi et des dispositifs de gouvernance et de participation, s’est adjoint un procédé qualitatif qui mirait plus spécifiquement à confirmer la pertinence de certains déterminants à l’origine des dynamiques de conflictualité (identifiés par les travaux précédents), à recueillir les perceptions des jeunes sur les voies de l’engagement citoyen et à identifier les moteurs et les mécanismes d’intégration (ou d’exclusion) sociale et économique.

4. Afin de préciser le champ de l’étude, un référentiel d’analyse (matrice analytique) posant les repères théoriques et permettant de compartimenter la recherche dans des unités maîtrisables avait été élaboré. Ainsi, l’étude a été construite autour de trois axes principaux (les facteurs de vulnérabilité des jeunes à l’extrémisme violent et aux autres formes de conflictualité, les dynamiques d’intégration communautaire et le degré de participation dans la prise de décision, et enfin l’insertion professionnelle et les modalités d’accès à l’emploi et aux autres opportunités économiques). A chacun de ces axes un certain nombre de facteurs clés (ou de déterminants) ont été attachés et pour chacun de ces facteurs des hypothèses (susceptibles d’être révisées voire réfutées lors de la phase de collecte de données) ont été formulées. Chacun de ces facteurs a été ultérieurement décliné dans un certain nombre de questionnements qui ont informé le caractère des entretiens et des enquêtes menés au cours du travail de terrain.

LIMITES

Le danger n’est pas de s’appuyer sur une simplification, mais plutôt d’oublier qu’elle a été faite.

5. L’ampleur du champ d’étude (et la complexité des dynamiques qui parcourent le territoire) n’aurait pas permis une posture vouée à la production systématique de données à validité empirique. Par ailleurs, la démarche méthodologique ne pouvait pas s’accorder avec une perspective sociologique qui aurait requis des chemins d’imprégnation lents et continus (incompatibles avec le temps imparti et les contraintes d’ordre logistique et sécuritaire). Le parti pris a donc été celui de se reposer amplement sur la littérature disponible sans perdre pour autant l’ancrage « terrain ». Il a fallu parfois parcourir une ligne de crête subtile, et à la « fatalité de l’approximation » nous n’avons pas pu opposer de manière méthodique « la rigueur du qualitatif ».

Ainsi, certaines de nos conclusions se doivent d’être confrontées à des analyses ultérieures, basées sur des configurations méthodologiques plus pointues.

Pour ces mêmes raisons nous avons été contraints parfois à opérer des synthèses forcées et à restreindre le domaine d’analyse aux éléments qui nous ont paru les plus pertinents pour expliquer les déterminants (et les effets) de certains modes opératoires des jeunes.

Sans aucune prétention d’exhaustivité, nous avons surtout essayé d’identifier des dénominateurs communs, des points de repère, et proposer un mode d’intelligibilité, un cheminement vers une meilleure compréhension des facteurs de vulnérabilité sociale des jeunes (et de la manière dont ils s’enchevêtrent).

A cet effet, les données récoltées dans le cadre de l’enquête (et qui supportent la plupart des propos) ont été cantonnées de manière systématique aux notes de bas de page afin de ne pas alourdir la lisibilité du texte et faciliter des modalités de lecture simplifiées.

6. L’exploitation de la bibliographie contextuelle et thématique qui a précédé la phase de collecte de données sur le terrain a permis la formulation d’un cadre théorique général et la rédaction d’un certain nombre d’hypothèses. L’objet de la recherche a ainsi été perimetré par une matrice analytique qui s’est parfois montrée redondante dans ses prétentions de complétude. Par conséquent, les rétroactions / itérations entre les phases en aval du processus de recherche et les phases en amont (conception) ont été fréquentes et ont parfois déterminé des réorientations des approches comme dans le cas des déterminants des engagements criminels sur fond doctrinaire. A l’envers, les dynamiques identitaires et d’autochtonie (et plus généralement les facteurs de conflictualité) nous ont souvent paru déterminantes pour expliquer la centralité de certains faits sociaux en lien avec la vulnérabilité des jeunes.

7. Nous avons souvent été confrontés à un objet de recherche fuyant et à des contextes stériles, avec des fortes réticences à la participation qui se manifestaient par des faibles dispositions discursives, ou, simultanément, par un formatage politique des récits qui laissait entrevoir des modalités de consignation. Cela a été d’autant plus marqué dans le cadre de nos interrogations relatives à l’extrémisme violent. Ce sujet (et ses corollaires) s’est parfois révélé une impasse de recherche et nous avons en vain essayé d’investir des espaces d’échange murés où la marge pour extraire la matière nécessaire à la production de savoir s’est révélée extrêmement réduite. Le travail interprétatif en a inévitablement souffert.

8. Les objectifs de la recherche se sont irrémédiablement inscrits dans les représentations collectives, ont influencé les pratiques et déterminé les interactions. Dans ce cadre, la place de l’action humanitaire a acquis dans les discours une centralité qu’à notre sens est souvent injustifiée. Des dynamiques qui lui sont étrangères (et qui pourtant structurent les territoires et les trajectoires des individus et des groupes) sont passées inexorablement en arrière-plan ou ont été tuées.

9. Par ailleurs, dans une société parcourue par des profondes lignes de fracture, tout dispositif de recherche est sujet à des interprétations d’encliquage, qu’induisent parfois des ouvertures, autres fois des censures dans les échanges. L’analyse de ces réactions a participé bien entendu à la construction des savoirs mais a parfois surchargé la dimension interprétative.