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Rapport mensuel conjoint sur la securité alimentaire au Sahel

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La persistance des déficits pluviométriques prolongés compromet les récoltes céréalières de la saison agricole 2002-03 à l’Ouest du Sahel

RESUME

La campagne agricole s’est définitivement installée très tardivement dans la majeure partie de l’ouest du Sahel à la fin de la deuxième décade du mois d’août. A cette date, plusieurs contrées étaient à leurs premiers semis réussis. Des situations critiques persistent encore jusqu’en fin août en Mauritanie, au Nord Sénégal, en Gambie et au Cap Vert où les semis de céréales sèches ne sont pas encore effectifs. Au sud du Sénégal et en Gambie le repiquage du riz est en cours en fin août suite à des pertes des pépinières entraînées par la sécheresse. Pour le maïs, dans les zones soudaniennes du Sahel Ouest, plus d’un mois de sécheresse a suffit pour anéantir les récoltes notamment en Gambie où il reste l’une des principales cultures céréalières.

On assiste alors à un décalage de la campagne agricole et un prolongement inhabituel de la période de soudure. Ce qui a occasionné une situation alimentaire localement très critique nécessitant même des interventions d’urgence particulière dans le Nord Sénégal et le sud de la Mauritanie qui furent durement éprouvés en janvier 2002 par des pluies hors saison. Sur les marchés céréaliers, les approvisionnements en céréales sèches se font de plus en plus rares. Les prix qui étaient déjà élevés ont connu une deuxième hausse généralisée en août avec la persistance de la sécheresse. Cette situation a davantage plongé les populations pauvres et démunies dans des difficultés alimentaires localement très préoccupantes (cas de l’Aftout et de ses environs en Mauritanie) ressemblant par endroits à des situations de famine.

L’an dernier, on a estimé que la moisson était au-dessus de la moyenne. Le surplus céréalier n’était pas si grand que les évaluations avaient prédit. La plupart a été vendue aux pays côtiers et les marchés dans les régions déficitaires ont rapidement acheté tout ce qu’il y reste.

Le retard inhabituel de l’installation de la campagne agricole a aussi entraîné un faible développement des pâturages et une grande hétérogénéité dans leur distribution. Le coût de l’alimentation du bétail s’est également élevé affectant sérieusement les revenus des ménages pastoraux et agro-pastoraux qui, en plus d’être privés des revenus tirés de la production laitière en pareil moment se sont retrouvés face à un besoin d’alimentation de leur bétail.

Avec le retour progressif des pluies observé à partir de la troisième décade d’août, on assistera à un développement des pâturages ce qui permettra de soulager les populations pastorales. Cependant la situation alimentaire continuera à être tendue dans plusieurs localités du Nord Sénégal et du Sud de la Mauritanie ce qui nécessitera des interventions d’urgences sans lesquelles le bon déroulement des travaux agricoles en cours sera perturbé.

I. PLUIVIOMETRIE

A l’instar du mois de juillet, les conditions climatiques au Sahel courant août ont été nettement défavorables. Le Front Intertropical (FIT) ou Zone de Convergence Intertropicale qui détermine le front des pluies dans leur quantité et leur répartition spatiale a connu cette saison une évolution en dessous de la normale. Excepté la période fin juillet voire début août, le FIT entre mai et août 2002 a rarement atteint sa position moyenne du moment au dessus du Mali et du Niger (Figure 1).



Source : USGS

Pendant la période du 21 au 31 août 2002, la position moyenne décadaire du FIT a été autour de 17.8 degrés nord alors que sa position climatologique normale de la décade est de 18.3 degrés; il a donc continué sa descente vers le sud entraîné par une zone de basse pression en déplacement vers l’ouest à partir du Burkina Faso du 25 au 28 août d’une part et les vents forts du nord ayant aidé à le pousser vers le sud d’autre part. Des côtes Mauritaniennes au Tchad, la position moyenne décadaire du FIT est restée inférieure à sa moyenne climatologique (Figure 2).



Source: NOAA

Cette évolution en dessous de la normale du Front Intertropical (FIT) sur le Sahel Ouest s’est soldée par une situation pluviométrique globalement déficitaire tout le mois d’août. En effet, contre toute attente, au mois d’août 2002 - période la plus pluvieuse au Sahel - la pluviométrie enregistrée a été très déficitaire et mal repartie dans le temps et dans l’espace. Des déficits pluviométriques prononcés entamés depuis juin se sont poursuivis courant août, accentuant le retard dans la mise en place des cultures et leur développement. Certaines localités ont connu 6 voire 8 semaines de sécheresse anéantissant ainsi les activités agricoles. Par conséquent, les perspectives de récoltes, principalement des cultures sèches (mil, sorgho, fonio et maïs) seront en dessous de leur moyenne. Pire, dans certaines zones des pays les plus touchés par la persistance de la sécheresse, les récoltes seront mauvaises. Ces pays comprennent principalement le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et dans une moindre mesure le Burkina Faso. Dans ces pays, pendant tout le mois d’Août, les quantités de pluies enregistrées ont été très faibles (Figure 3, carte 1, 3, et 5) et comparées à leurs moyennes, elles ont été très déficitaires surtout au Sahel Ouest (Figure 3, carte 2, 4 et 6).

FIGURE 3 : ESTIMATION DE LA PLUVIOMETRIE PAR SATELLITE (METEOSAT) CORRIGEE PAR LES DONNEES DES STATIONS AU SAHEL EN AOUT 2002



Ailleurs dans le reste des pays du Sahel, le rétablissement des pluies en fin juillet voire début août a permis un développement satisfaisant des cultures bien que semées en retard pour la grande majorité. A ce niveau, l’espoir d’obtenir au moins des récoltes moyennes est permis avec toutefois une condition majeure : la régularité et la poursuite des pluies jusqu’en mi-octobre.

II. SITUATION AGRICOLE ET ALIMENTAIRE DANS LES PAYS DUREMENT AFFECTES PAR LA SECHERESSE

Gambie

Un retard inhabituel allant jusqu’à un mois dans certaines régions, a marqué l’installation de la campagne agricole 2002-03 en Gambie. Pourtant elle semblait avoir bien démarré quant elle fut interrompue par une longue pause pluviométrique de la deuxième décade de juillet à celle du mois d’août. Au 20 juillet, seuls 5 postes pluviométriques affichaient une situation excédentaire sur les 17 suivis. La situation était globalement déficitaire sans être critique avec un cumul global représentant 71% environ du cumul normal 1971-2000 en fin juillet. Au 20 août, la situation s’est dégradée au point où sur l’ensemble des postes d’observation, les cumuls des pluies du 20 mai au 20 août comparés aux cumuls normaux (1971-2000) ont présenté des déficits qui vont de -15 à -76%.

Sur le plan agricole, cette situation pluviométrique a entraîné plusieurs pertes de semis, un épuisement des stocks des paysans, un décalage notoire du calendrier agricole, une diminution des emblavures par insuffisance de semences et abandon de parcelles et un prolongement inhabituel de la période de soudure.

Le maïs semble être la culture la plus affectée par ces perturbations au point où sa production sera quasiment nulle dans certaines régions. L’Equipe Conjointe CILSS/FEWS NET/PAM de suivi a pu récemment constaté l’échec de la production du maïs en Gambie. La culture n’existe presque nulle part dans les villages au tour des cases où elle est la plus cultivée. Nombreux sont les champs de maïs qui sont reconvertis après plusieurs semis en champs de manioc.

Pour le mil, les superficies pourraient être en croissance comme c’est le cas depuis plusieurs années, mais les rendements seront affectés dû au démarrage très tardif de la saison. La situation du riz pluvial n’est pas également bonne après plusieurs tentatives infructueuses de mise en place des pépinières. Ces productions rizicoles dépendront de la persistance des pluies jusqu’en fin octobre.

Malgré la persistance de quelques poches localisées de difficultés suite au prolongement de la période de soudure et à la hausse des prix notamment de céréales sèches, la situation alimentaire est globalement bonne dans le pays dû à un bon approvisionnement en denrées alimentaires surtout importées.

Mauritanie

Jusqu’au 20 août, la campagne agricole n’était pas encore totalement installée dans plusieurs localités du pays notamment dans l’Aftout et les régions environnantes. Faute de pluies, les semis ne sont pas encore effectifs dans les wilayas du Trarza, du Brakna et du Gorgol. Les semis à sec entrepris en juin dans l’Assaba et le Guidimakha ont été globalement asséchés suite à la longue pause pluviométrique de juillet et août 2002. A partir de la deuxième décade d’août, on assiste à une reprise des activités pluvieuses particulièrement dans le sud-est du pays. La situation tend à se normaliser dans les deux Hodh, au Guidimakha et dans l’Assaba. Par contre la pluviométrie est très déficitaire dans le Brakna, le Trarza et certaines localités du Gorgol où le cumul en fin août n’atteint pas 100 mm nonobstant sa mauvaise répartition. Dans ces zones, la campagne agricole pluviale est à la limite totalement compromise.

La situation alimentaire est très préoccupante notamment dans le Trarza, l’Assaba, le Brakna et le Gorgol où les populations vivent un état de quasi famine. En effet plusieurs phénomènes se sont conjugués pour plonger les populations de ces zones dans une situation alimentaire très critique :

Depuis 3 ans la crue du fleuve Sénégal n’est plus régulière et suffisante pour permettre les cultures céréalières de décrues. Par ailleurs les quelques zones propices à ce type de cultures, font face à une forte pression parasitaire qui dans certains cas annule totalement les rendements. Comme conséquence, la production de sorgho a baissé de 50 à 75% dans la zone. En plus, les perspectives de récoltes de la Mauritanie pour la campagne agricole 2002-03 sont très sombres.

Le Trarza qui fournit l’essentiel de la production rizicole du pays (environ 80 à 90%) est confronté à une vétusté des aménagements et de problèmes économiques de financement des intrants nécessaires à la production rizicole.

On assiste actuellement à un prolongement exceptionnel de la période de soudure ce qui entraîne des difficultés d’alimentation pour les hommes et pour les animaux. Les prix des céréales et des aliments de bétails sont très élevés et cela est insupportable pour plusieurs ménages agropastoraux. On note déjà dans ces zones une rupture des approvisionnements en céréales sèches et un niveau très élevé du prix des céréales importées (riz et blé). En août 2002 le kilogramme de mil, de sorgho, de blé et de riz se vend respectivement à 150, 160, 65, et 150 UM contre respectivement 120, 130, 45, et 100 UM en août 2001. Le coût exorbitant des aliments de bétail couplé à cette raréfaction des pâturages amène les éleveurs à brader leur cheptel dont le prix affiche actuellement une baisse moyenne de 40% par rapport à son niveau d’août 2001. Il règne réellement des conditions de pré famine en Mauritanie (lire avis d’urgence alimentaire, FEWS Net Mauritanie 10 septembre 2002).

Les communautés pastorales encore subissent le contrecoup de la perte lourde de bovines, moutons, et chèvres, 120.000 animaux ont péri dans les crues de janvier 2002. En plus de la perte de nourriture pour le marché, les communautés ont perdu leurs moyens d’existence. Il y a aussi des implications négatives pour les agriculteurs qui comptent sur les revenus gagnés à travers les échanges avec les éleveurs.

Suite à une mission conjointe des Systèmes Régionaux de suivi (CILSS/FEWS NET/PAM), le Gouvernement de la Mauritanie a déclaré le 1er septembre, l’état de sinistre et a lancé un appel pour recevoir 37.000 tonnes de céréales et 14.000 tonnes d’autres produits alimentaires pour des distributions d’urgence afin de répondre aux besoins des populations dans les zones les plus affectées pendant trois mois ; 18.000 tonnes de céréales pour être vendues à des prix subventionnés pour ceux qui ont un pouvoir d’achat minimum et 20.000 tonnes d’aliments bétail et de soutien vétérinaire.

Sénégal

La répartition des pluies est très mauvaise cette année aussi bien dans le temps que dans l’espace. Après les pluies de juin qui ont permis l’installation des cultures dans les zones humides, une longue pause pluviométrique a été observée à partir du 8 juillet et cela jusqu’au 10 août 2002. L’installation de la campagne agricole s’est alors faite avec beaucoup de retard. Les retards enregistrés dépassent les 30 jours dans plusieurs localités comme Fatick, Matam, Ranerou, Bambey, Koungheul, Cap Skirring, Linguère, Thiès etc. Malgré la reprise des pluies observée en fin août, les cumuls restent nettement inférieurs à ceux enregistrés l’année dernière et à la moyenne 1961-1990. Tous les postes sont déficitaires excepté ceux de Kédougou et de Matam.

Sur le plan agricole, la situation est très hétérogène et trois zones de développement des cultures peuvent être définies :

Les zones où le développement peut être qualifié de normal, qui couvrent le département de Kédougou, la totalité des arrondissements de Pakour et de Bonconto et le sud des arrondissements de Dabo et de Dioulacolon. Dans ces zones, la dynamique des semis n’a presque pas connu d’interruption et l’évolution des cultures est satisfaisante. Les stades les plus avancés sont la montaison- épiaison pour le mil et le sorgho, épiaison maturation pour le maïs, le tallage montaison pour le riz, la ramification fructification pour le niébé et la floraison formation de gousse pour l’arachide.

Les zones ayant connu localement des semis perturbés : il s’agit des départements de Sédhiou, de Bignona et d’une partie de Ziguinchor, de Nioro et de Foudiougne. L’évolution végétative est passable dans ces zones et la reprise des pluies à partir du 10 août permettra de redresser la situation des cultures de céréales sèches. Par contre la culture de riz pluvial risque d’être compromise à cause du retard accumulé.

Le reste des zones agricoles soit les 2/3 du pays qui regroupent les parties nord des départements de Foudiougne et de Nioro, quelques localités de Ziguinchor, Oussouye, les départements de Kaolack, Fatick, Gossas, Kaffrine, Bakel, Tamba, toute la région de Diourbel, Thiès, Louga et Saint Louis : dans ces zones, les semis sont très tardifs, et les stades plantule et tallage sont encore assez importants. La situation alimentaire est marquée une raréfaction des approvisionnements des marchés en céréales sèches notamment le mil et le sorgho. Les réserves paysannes sont pratiquement épuisées avec l’élongation de la période de soudure. Le riz et le maïs sont les produits les plus disponibles. Les prix sont en général très élevés et ils ont même connu une seconde hausse en août suite à la longue pause pluviométrique. Par exemple, le marché de Thiaroye le prix moyen du mil a enregistré une hausse de près de 9% en août par rapport à juillet 2002. Actuellement le kilogramme de mil est vendu entre 250 et 260 CFA, celui du maïs et du riz à 200 Frs en moyenne. A l’instar des autres pays, le prix moyen du mil en août 2002 sur ce marché reste nettement supérieur à son niveau de 2001 et à celui moyen pour cette période. Cette situation se traduit par des difficultés alimentaires pour les ménages aux revenus faibles et par une consommation plus accrue du riz et du maïs en milieu rural.

Sur le plan pastoral, on assiste également à une reprise du développement végétatif avec le retour des pluies et cela après une période très difficile qui a duré jusqu’à la deuxième décade du mois d’août. La situation n’est pas encore totalement rétablie et des les difficultés persiste encore dans le Nord et le Centre Nord.

Les systèmes régionaux de suivi (CILSS/FAO/FEWS NET/PAM) et leurs partenaires procéderont à l’évaluation qualitative avant récoltes de la production agricole dans le cadre de leur réunion annuelle sur les perspectives agricoles et alimentaires du 18 au 20 septembre. En attendant les précisions chiffrées sur les récoltes, il est clair que la Mauritanie, le Sénégal et dans une moindre mesure la Gambie s’attendent à une situation alimentaire très difficile suite aux baisses prévisionnelles des récoltes.

COMITE PERMANENT INTER-ETATS DE LUTTE CONTRE LA SECHERESSE DANS LE SAHEL
PERMANENT INTERSTATES COMMITTEE FOR DROUGHT CONTROL IN THE SAHEL
E-mail: ilaouali@sahel.agrhymet.net
E-mail : amkonates@hotmail.com
RESEAU DE SYSTEME D’ALERTE PRECOCE CONTRE LA FAMINE DE L’USAID
USAID FAMINE EARLY WARNING SYSTEM
E-mail: ssow@fews.net