Rapport de mission : Sud de la Mauritanie

Report
from US Agency for International Development
Published on 03 Mar 2003


DATE DE LA MISSION : 19 au 28 Février 2003.

DATE DE REDACTION DU RAPPORT : Le 2 Mars 2003



Groupe chargé des Wilaya du Trarza, du Brakna et du Gorgol

ITINERAIRE: Nouakchott, Aleg, Boghé, Bababé, M'Bagne, Kaëdi, Maghama, M'Bout, Kaëdi, Aleg, Magta Lahjar, Ouad Amour, Bora, Monguel, Kaëdi, Boghé, Dar el Barka, R'Kiz, Mederdra, Nouakchott.

N.B. Nous avons légèrement modifié notre itinéraire primaire pour revenir sur Aleg afin de rencontrer la mission conjointe du Conseil d'Administration du PAM et de la Direction du CSA qui évaluait l'impact des projets communautaires financés par le PAM dan l'Aftout., Nous n'avons pas visité le Tagant faute de temps.

Groupe chargé des Wilaya de l'Assaba, du Hodh El Gharbi et du Hodh El Chargui

ITINERAIRE : Nouakchott, Kiffa, Kankossa, Touil, Djiguenni, Adel Bagrou, Amourj, Bassikounou, Fassala Néré, Néma, Timbédra, Tintane, Aïoun El Atrouss, Tamchakett, Barkéol, Kaëdi, Nouakchott.

N.B : Ce groupe n'a pas visité le Guidimakha. Nous profiterons de notre prochaine mission conjointe avec FEWS Net Mali (du 20 au 30 Mars), le long de la frontière pour visiter cette wilaya à l'aller et au retour nous visiterons le Tagant.

CAUSES DE LA MISSION: suite à des rumeurs persistantes de pré famine dans les zones à risque, FEWS Net a organisé une mission de suivi et de collecte d'informations.

BUT DE LA MISSION:

1. Collecter les informations quantitatives et qualitatives sur l'évolution de l'insécurité alimentaire dans les zones à risque.

2. Evaluer les premiers effets de la mise en place des différents programmes d'urgence.

3. Recenser les différentes stratégies développées par les agriculteurs et les éleveurs.

RESULTATS ET DECOUVERTES

Ils peuvent se résumer en quatre idées.

1. La situation alimentaire s'est légèrement améliorée dans l'Aftout sous les effets cumulés de l'exode généralisé (qui a réduit les besoins au niveau des ménages) et de la mise en place des premiers volets du programme d'urgence (qui ont amélioré le niveau de l'accessibilité).

2. La situation pastorale est catastrophique pour les grands ruminants (bovins et camelins). La désorganisation des traditionnels mouvements de transhumance affecte les éleveurs et entraînent des conflits entre éleveurs et agriculteurs.

3. Les prix des denrées alimentaires de base sont partout en hausse et à des niveaux jamais atteints.

4. Dans les zones où le programme d'urgence n'a pas encore commencé (Adwaba du Hodh El Chargui, tout le Trarza), les niveaux de l'insécurité alimentaire sont déjà à des seuils très inquiétants.

I : DANS LE TRARZA :

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

La récolte du riz est en cours et les résultats bien que moyens sont cependant, de l'avis de paysans, en nette baisse, par rapport à ceux qu'ils espéraient en début de campagne. A 90 ouguiyas, le prix du riz local décortiqué est déjà le plus élevé des cinq dernières années, alors que les récoltes ne sont même pas achevées. Le ralentissement du trafic de riz sénégalais, en raison de la forte surveillance douanière, pourrait se traduire par une prochaine flambée du prix du riz local car la demande est trop forte. Les populations des Moughataa de Médérdra et de R'kiz qui n'ont pratiquement cultivé de walo n'ont comme source de céréales que la production rizicole des Moughataa de Rosso et de Keur Macen, commercialisée à Rosso. On ne trouve plus de céréales traditionnelles dans les marchés du Trarza. En 2002, le marché de Lexeïba 2 (Podor Mauritanie) avait animé un important trafic de céréales traditionnelles importées des marchés hebdomadaires du Sénégal. Cette année nous n'avons trouvé dans ce marché que du blé importé et du riz local. A la différence du Brakna et du Gorgol, le programme d'urgence n'a pas encore commencé au Trarza et les disponibilités alimentaires des ménages ne sont déterminées que par le pouvoir d'achat des ménages ou les apports de leurs parents en exode à Rosso et Nouakchott (en Mauritanie) ou au Sénégal. Nombreux sont en effets les ressortissants de cette wilaya qui sont partis pour le Sénégal où il font des petits métiers du secteur informel.

B : LA SITUATION PASTORALE

On ne trouve plus de pâturages herbacés naturels au Trarza. Les dernières poches du sud-est de la Moughataa de R'kiz ont été balayées, depuis la fin du mois de janvier, par les troupeaux venus en masse du nord. Longtemps contenus au nord parceque les éleveurs craignaient la répétition des intempéries de janvier 2002, les animaux ont envahi les rizières récoltées qui constituent actuellement les seules pâturages de la wilaya. A l'exception de quelques éleveurs qui tentent de se lancer dans un élevage extensif, la plupart des éleveurs du Trarza sont au Sénégal, depuis décembre.

Les éleveurs sont si inquiets qu'ils bradent les ovins et les bovins. Au marché de Rosso, des laitières maures accompagnées de leurs veaux, sont vendues à moins de 60 000 UM les deux. Dans les marchés de Médérdra et de R'kiz on peut les acheter à moins de 50 000 UM. Nombreux sont les éleveurs qui veulent se débarrasser des bêtes qui ne peuvent plus entreprendre de longues transhumances. Le délestage des chameaux a également commencé car, partout, les prix de l'aliment bétail sont en hausse et le programme de vente d'aliments destinés aux animaux n'a pas encore, comme du reste les distributions alimentaires gratuites, commencé au Trarza. Au mois d'août, la tonne d'aliment bétail localement appelé « rakkal » fluctuait entre 60 000 et 65 000 UM, contre 35 000 et 40 000 UM à la même date en 2001. Au mois d'octobre 2002 elle était à 80 000 UM. Actuellement il faut 10 000 UM pour une tonne tant la demande est forte et l'offre faible.

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

Elle est partout en nette dégradation. Les agriculteurs des adwaba continentaux (nord-est de la Moughataa de R'kiz et nord de celle de Médérdra) vivent déjà en situation de pré famine, occasionnellement pondérée par les envois des migrants ou les emprunts auprès des commerçants qui, informés des prochaines distributions gratuites de blé, sont de moins en moins réticents à prêter car ils savent qu'ils se feront remboursés avec intérêts. Toutefois les prix d'emprunt appliqués sont exorbitants (4 200 UM pour un sac de 50 Kg de blé, au nord de R'kiz, dans les Bezoulé I et II). L'usure jusque là peu appliquée dans cet espace très religieux commence à prendre de l'élan.

Pour les agriculteurs du sud, qui s'était investis dans la riziculture, la situation est moins dramatique, mais la faiblesse des rendements et des récoltes leur impose déjà une rationalisation des repas. Les repas du soir sont maintenant un luxe dans le sud de R'kiz, de Médérdra et le sud est de Rosso.

Pour les éleveurs, à l'exception de ceux du sud des Moughataa de Rosso et de Keur Macen dont les animaux, bien qu'envahis par les troupeaux venus du nord (nord du Trarza, Inchiri et Adrar) profitent encore de l'éteule du riz, tous les autres sont maintenant privés des apports de leurs élevages. Privés du lait et des aliments achetés par l'argent tirés de la vente du lait et des bêtes ils ne survivent que grâce aux envois en provenance des villes où se sont maintenant fixés ceux qui sont devenus commerçants après avoir vendu quelques bêtes.

Les conditions d'accès à l'eau continuent de se dégrader. Certains villages sont obligés de parcourir plusieurs dizaines de kilométres pour accéder à une source d'eau. Seules les grandes agglomérations disposent de sondage ou de puits. Le grand problème de ces campements isolés et celui du transport. La saison a été fatale aux ânes qui assuraient l'exhaure et le transport de l'eau et les dromadaires sont déjà partis.

Malgré l'absence d'une enquête nutritionnelle FEWS Net affirme que les taux de malnutrition sont élevés car les signes d'avitaminose et sont évidents sur les populations tous âges confondus. La Direction de la Santé du Trarza ne pas être en mesure de face à la situation car ses moyens sont très limités.

II : DANS LE BRAKNA :

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

Le walo et les bas-fonds ont été aussi décevants que le dieri et les cultures irriguées n'ont donné que de maigres résultats. Il en a résulté une importante pénurie de céréales traditionnelles. La faiblesse du crédit agricole octroyé dans cette wilaya s'était traduite par une importante baisse des superficies exploitées par les collectivités villageoises et en conséquence par la faiblesse de la production rizicole. La disponibilité en céréales importées (blé et riz) est satisfaisante. Elle vient d'être renforcée par le démarrage de la vente à prix subventionné du programme d'urgence. Le principal problème n'est donc pas celui de la disponibilité (sauf pour les céréales traditionnelles) mais bien celui de l'accessibilité. Pour de nombreux ménages appauvris le sac de 50 Kg de blé vendu à raison de 40 UM le kg (contre 70 à 75 UM dans le marché) est trop cher. La disponibilité au niveau de ces ménages qui était jusque là assurée par les envois de migrants et momentanément renforcée par les distributions céréalières gratuites.

B : LA SITUATION PASTORALE

Elle s'est fortement dégradée depuis la fin de la saison des pluies. Outre que la mauvaise répartition des pluies n'a pas permis le développement de pâturages denses, le surpâturage local et la rapide descente des troupeaux des wilaya du nord ont accéléré le processus de leur dégradation. Elle est partout inquiétante au point que les éleveurs ont généralisé la pratique du délestage. L'offre dépassant la demande les prix continuent de chuter.

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

La crise alimentaire n'est ralentie que par les distributions en cours. Jusqu'en début janvier les ménages n'avaient tenu que par les transferts (argent et aliments) envoyés par ceux qui étaient en exode. Les ventes à prix réduit ne profitent en fait qu'aux nantis et aux commerçants qui peuvent racheter le blé ou l'acheter sous couvert des ménages sans ressources. Les adwaba sont dépeuplés mais sur les visages on note, malgré la certaine amélioration des conditions alimentaires liées aux nouvelles distributions, d'éloquents signes de malnutrition. De Magta Lahjar aux Bora en passant par Mâle, les signes de la malnutrition ne manque pas, y compris dans les espaces de production, mais à la différence de novembre ce sont surtout les éleveurs qui sont aujourd'hui les plus inquiets. Piégés par les « bons pâturages de leur espace » ils n'avaient pas émigré à temps. Aujourd'hui que ces pâturages ont été « raflés » par les animaux en transhumance, ils ont de crainte à mener sur de longues distances, des bêtes affaiblies.

La situation est critique dans les adwaba du nord des Moughataa de Bababé et de M'Bagne où, malgré les distributions alimentaires en cours, les signes de malnutrition demeurent très nombreux, surtout chez les adultes. Dans le sud des Moughataa de Boghé, Bababé et M'Bagne ce sont les groupes de pêcheurs qui sont surtout affectés par la mauvaise production du walo et par la faiblesse des marées fluviales. Les familles achètent très cher un poisson de mer (50 à 60 UM la pièce maquerelle vendu entre 10 et 20 UM à Nouakchott) arrivé par camionnette, avec un système de conservation qui laisse à désirer.

III : AU GORGOL

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

Les productions céréalières des bas-fonds ont été relativement bonnes dans le sud de la Moughataa de M'Bout et dans l'est de celle de Maghama mais la forte demande des zones voisines et des Moughataa de Kaëdi et Ould Yengé a vite réduit la disponibilité dans ces zones privilégiées. De 320 UM au mois de janvier, le moud de sorgho (d'environ 4 Kg) est lors de notre passage à 480 UM à Maghama et 550 UM à M'Bout. Dans cette première Moughataa, malgré les apparences, les ménages ont des réserves de sorgho du fait que la production de Maghama décrue a été relativement bonne mais surtout grâce à l'important pouvoir d'achat des ménages. Cette Moughataa a de nombreux émigrés qui, depuis Nouakchott, ont organisés des systèmes de ravitaillement relativement fonctionnels. Dans la Moughataa de Monguel on ne trouve pas de sorgho. Les bas-fonds ont été aussi médiocres que le walo et le dieri. Les seules disponibilités relèvent des actuelles distributions céréalières et des stocks marchands.

Dans la Moughataa de Kaëdi, la bonne production des périmètres irrigués (Gorgol I et II) a amélioré la disponibilité en riz mais les prix (140 UM le moud de paddy) sont trop élevés pour une saison post récolte. Dans le nord ce sont les populations pastorales qui sont les plus exposées. Piégées par les petites poches de pâturages et par les bonnes affaires du marché (les prix des petits ruminants étaient très élevés) ils ont été comme leurs confrères des zones centrales (Magta-Lahjar et sud Aleg) pris au piége. Ils doivent beaucoup vendre pour acheter de l'aliment bétail afin de sauvegarder la base productive de leur troupeau, lorsque les conditions naturelles se seront améliorées.

B : LA SITUATION PASTORALE

En novembre on pouvait considérer que la situation pastorale était bonne à l'est de la wilaya (sud-est de Kaëdi, sud de M'Bout, Maghama). Aujourd'hui la situation est pire sous la pression des animaux venus des autres régions. Ce n'est que dans le sud-est et l'est de la Moughataa de Maghama, à la lisière de celle de Sélibaby que l'on peut observer quelques poches de pâturages, bien qu'elles soient envahies par une multitude de troupeaux.

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

C'est dans l'Aftout, que cette amélioration est la plus sensible. La composition des rations d'aide alimentaire (blé, huile, niébé) pourrait expliqué cette situation. En tout cas les habitants de la zone des Bora (35 Km au nord de Monguel, en direction de Mâle ou de Magta-Lahjar) sont maintenant moins inquiets et paraissent mieux portants qu'ils ne l'étaient au mois de novembre. Ils peuvent s'acheter un sac de 50 kg à 2 000 UM soit 50% moins cher que le prix d'avant le démarrage du programme d'urgence. Dans le nord de la Moughataa de Monguel (de Melzem Teïchett à Azgueïlem) et dans l'ouest et le nord de celle de M'bout (communes agricoles de Tikobra, Cheklet Tiyab, Soufa et Tarenguel), le déséquilibre alimentaire a été si profond que, malgré les distributions en cours, les populations mettront beaucoup de temps à se relever de leur crise alimentaire.

II : EN ASSABA (el Açaba sur la carte):

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

Les productions céréalières des Moughataa de Kankossa et de Barkéol n'ont pas été assez suffisantes pour combler le déficit des autres Moughataa (Kiffa, Boumdeïd, Guerrou).

Les bas fonds de l'Aftout de l'Assaba (nord et ouest de la Moughataa de Barkéol) qui avaient suscité tant d'espoirs ne sont pas arrivés à maturité ; les cultures s'étant desséchées faute d'eau. Les traditionnels échanges de céréales avec le Mali n'ayant pas bien fonctionné (mauvaise production des zones frontalières), les populations du centre et du nord de l'Assaba consomment surtout des céréales commercialisées (blé et riz). A la différence des autres Moughataa, la proximité des pâturages du sud de Kankossa et du Mali a sauvegardé le pouvoir d'achat des éleveurs de petits ruminants qui, parce qu'ils présentent un meilleur embonpoint, se vendent plus chers. Les ménages d'agriculteurs sont par contre au bord de la famine, surtout dans la Moughataa de Kankossa qui n'avait pas bénéficié des distributions antérieures. Les villes de Guerrou et de Kiffa sont devenus d'importants centres d'échange qui animent tout le trafic avec le centre et le nord du pays. Le sud du pays continue de s'alimenter avec sa production locale mais les ménages sont déjà obligés de recourir à des stratégies de gestion (limitation de repas) dans une zone où habituellement, les greniers étaient toujours pleins.

B : LA SITUATION PASTORALE

Les pâturages ont quasiment disparus dans le nord et le centre de l'Assaba. Dans le sud de la Moughataa de Kankossa, la surcharge des animaux venus de l'ouest et du nord a considérablement réduit la densité des pâturages. Les chameliers ont déjà envahis le nord-est de Kankossa, le sud-ouest et l'ouest de Barkéol que les bouviers et les éleveurs de petits ruminants avaient abandonné faute d'eau. Bien qu'on ne signale encore aucune épizootie les éleveurs continuent de vendre, car le délestage ne peut être rentable que lorsque la bête est encore saine. La chute du prix du bétail, lente en comparaison avec celle des marchés de l'ouest (Kaëdi, Boghé, Rosso), s'accentue. De 120 000 UM au mois de janvier 2002, le prix d'une laitière maure se négocie, actuellement, autour de 50 000 UM. Les prix de l'aliment bétail se sont élevés (la tonne de rakkal est à 12 000 UM à Guerrou, dans le nord-ouest de l'Assaba).

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

A l'exception des petites cuvettes du sud de la Moughataa de Kankossa où les paysans pratiquent quelques cultures de décrue (essentiellement du maïs), l'Assaba est surtout une wilaya de cultures pluviales. Les bas-fonds et les barrages sont peu nombreux et leur production a été, selon les déclarations des paysans, quasiment insignifiante.

Dans le triangle de pauvreté qui couvre le centre de la Moughataa de Kankossa (zones de Hamod et de Tenaha) la situation alimentaire continue d'être difficile. Les effets des distributions alimentaires de septembre se sont estompés et les mouvements d'exode se sont amplifiés. Les signes de malnutrition sont nombreux sur les enfants.

Dans la Moughataa de Barkéol les moyennes récoltes des bas-fonds ont ralenti la progression de la crise alimentaire en alimentant momentanément un courant d'échange et de vente en direction des zones structurellement déficitaires (Guerrou, Boudeïd et ouest Kiffa). Le reste de la Moughataa de Kiffa où la production a été nulle, s'est ravitaillé à partir de l'Affolé (dans le nord du Hodh El Gharbi) où la production des bas-fonds a été relativement bonne.

La mission n'a rencontré des éleveurs que dans le sud de la Moughataa de Kankossa. Il s'agissait des chameliers nomades du Tagant et de quelques éleveurs de petits ruminants qui voulaient s'appuyer sur la commercialisation de leur production laitière pour éviter d'aller plus loin. De nombreux campements d'éleveurs sont vides car les familles ont accompagné le troupeau.

III : AU HODH EL GHARBI

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

Le Hodh El Gharbi a été fortement marquée par les déficits de production des Moughataa de Kobonni (dont la production était très mauvaise en 2002) et de l'arrondissement de Touil dans la Moughataa de Tintane qui constituent avec l'Affolé les trois principaux greniers de la wilaya. C'est aussi la région qui a le plus souffert de la réduction des transferts céréaliers du Mali. Les marchés de Kobonni, Modibougou, Gogui et Voulania qui d'habitude regorgeaient de mil et de sorgho maliens sont peu approvisionnés. Les prix du moud (ici il équivaut à 2.5 Kg) varient entre 320 et 350 UM. En octobre il était de 180 UM. Seule la production de l'Affolé a été proche de la moyenne mais les céréaliers de Kiffa et d'Aïoun El Atrouss se sont empressés de racheter les petites quantités qui ont échappé à la coopérative locale qui a pris le relais du programme de développement intégré initié par OXFAM.

Les marchés des centres administratifs sont bien fournis en riz et blé. Dans les villages le sac de 50 Kg de blé a déjà franchi la barre des 4 200 UM. Les effets des distributions alimentaires faites par le PAM en septembre se sont estompés. Tous les ménages encore sur place s'interrogent sur l'arrivée des prochaines distributions.

B : LA SITUATION PASTORALE

Jusqu'au mois de décembre cette Wilaya avait les plus beaux pâturages du pays. L'arrivée massive des troupeaux des autres wilaya (Trarza, Brakna, Tagant, nord Assaba) a eu raison de la densité de ces pâturages. On ne rencontre de grands troupeaux que dans le sud-est de la wilaya, à la limite avec l'Assaba et le Mali. Cette situation s'est traduite par une rapide et forte chute du prix des bovins. Il existe chez ces tribus nomades qui se sont, bien avant l'indépendance, convertis en commerçants, une stratégie très courante axée sur la multiplication des ventes et leur utilisation à des fins commerciales, dés que les conditions se dégradent et le rachat du bétail dés qu'elles s'améliorent.

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

Elle est fortement dégradée dans les adwabas qui s'égrènent dans la zone centrale et dans le sud-est de la Wilaya (sud-est de la Moughataa de Kobonni). Le cumul de deux années de mauvaises productions pluviales et l'extrême pauvreté des Haratins (d'où leur incapacité à s'acheter des denrées alimentaires commercialisées) font que les niveaux de l'insécurité alimentaire y sont extrêmes.

A la différence d'octobre (la mission n'avait pas observé des signes de malnutrition) les signes de malnutrition sont maintenant nombreux et les villages quasiment vides. Les ménages ont fui la famine et la soif. En Aftout comme dans les deux Hodh les adwaba sont vides d'hommes valides. On peut, surtout au Hodh El Chargui, compter plusieurs villages abandonnés faute d'eau ou parceque les hommes actifs étant partis, le reste du ménage a rejoint un autre village.

III : AU HODH EL CHARGUI

A : DISPONIBILITE ET ACCES ALIMENTAIRE

La pluviométrie a été particulièrement mauvaise dans les zones agricoles du Hodh El Chargui (Amourj, Djiguenni). Les cultures tardives de sorgho de long cycle se sont en grande partie desséchées avant maturation et les rendements de celles qui ont été récoltées sont plus que médiocres (entre 0.3 et 0.4 T/Ha contre 0.8 à 1 T/H en année moyenne). A l'exception des agriculteurs de la Moughataa de Bassikounou (principalement ceux de Fassala où la production a été très bonne), la disponibilité céréalière des ménages ruraux est faible et leur niveau d'accès alimentaire se résume essentiellement à la nature du pouvoir d'achat, souvent dérisoire. Les habitants des adwaba du Hodh El Chargui sont au Mali.

B : LA SITUATION PASTORALE.

Elle est encore bonne, le long d'une bande qui longe la frontière malienne sur une largeur de 25 Km environ, de Adel Bagrou à Fassala Néré. Elle s'est considérablement rétrécie du mois d'octobre quand elle faisait 80 à 70 Km de large. La surcharge pastorale y est telle qu'on est obligé de rouler lentement. Entre Bassikounou et Fassala la mission n'a rencontré que des bergers étrangers. Les autochtones sont partis depuis la fin de la saison pour le centre et le sud du Mali.

Selon la direction de l'Elevage de la Délégation Régionale il existerait de bons pâturages dans la Moughataa de Oualata, dans le nord de la wilaya. L'absence d'eau pourrait expliquer que ces pâturages soient encore denses.

C : LA SITUATION ALIMENTAIRE

Il est difficile de décrire la situation qui prévaut dans cette wilaya car la majeure partie des espaces identifiés comme étant des zones à risque est maintenant vide d'hommes. Les villages fantômes ne se comptent plus, surtout dans le triangle Nema-Adel Bagrou-Bassikounou. Dans les quelques ménages encore sur place il est difficile de déceler des signes évidents de malnutrition parce que la réduction de la taille du ménage y a accru la disponibilité alimentaire. Il ne faut pas négliger les retombées pastorales. Les hommes valides, encore en place, offrent leurs services aux transhumants moyennant de l'argent et de la nourriture. Tous s'accordent cependant à affirmer que la faim et la soif ont chassé les hommes.

ACKNOWLEDGEMENTS

Rapport rédigé par le FEWS NET Mauritanie à Nouakchott avec soutien du FEWS NET à Washington.