Mauritania

Mauritanie: Rapport mensuel février 2003 - Premier soulagement des zones ciblées

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Ce Rapport couvre la période du 30 janvier au 27 février 2003

Sommaire :

La vague de froid persiste mais les pluies ont cédé la place aux habituelles tempêtes de sable qui accélèrent la dégradation des petites poches de pâturages. Les récoltes des cultures de décrue se sont maintenant achevées. Celles de l'irrigué sont en cours et les résultats bien que moyens sont cependant, de l'avis de paysans, en nette baisse par rapport à ceux qu'ils espéraient en début de campagne. Les cultures de berge (patates douces, tomates, niébé, courges et pastèques etc..) arrivent à maturité. A l'exception du sud-est de la moughataa de M'Bagne où le walo (culture de décrue) a été relativement bon, de l'ouest et du sud de la moughataa de M'Bout où les cultures de bas fonds ont donné des résultats proches de la moyenne, du sud-ouest de la moughataa de Amourj et du sud de celle de Bassikounou, la production des cultures de décrue (bas-fonds et walo) est demeurée globalement médiocre. C'est donc par les apports des personnes en exode que les populations ont géré la crise alimentaire avant le démarrage en janvier des programmes d'urgence (ventes de blé à prix réduit et distributions gratuites).

Comparée à décembre et à début janvier, la situation alimentaire s'est actuellement, nettement améliorée dans de nombreuses zones de l'Aftout et des Hodh. Les populations apprécient hautement la méthode utilisée pour la distribution alimentaire en cours. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a en effet conclu des accords avec certaines organisations non gouvernementales (ONG) (Fédération luthérienne mondiale, World Vision, Accord etc.) qui se chargent de la distribution alimentaire dans leur zone d'action. Si ces programmes sont appliqués dans leur forme actuelle et pour la durée prévue (3 à 6 mois) la famine sera évitée mais les niveaux de l'insécurité resteront élevés car la population ciblée est très faible par rapport aux nécessiteux.

La situation pastorale est de plus en plus critique. Le couvert herbacé s'est considérablement amoindri et les éleveurs sont obligés de recourir à de l'aliment bétail coûtant de plus en plus cher. Le volet pastoral du programme d'urgence tarde à se mettre en place et les éleveurs continuent de délester leur troupeau. Dans tous les marchés de bétail du pays les prix des bovins connaissent des chutes supérieures à 50 % de leurs prix de septembre 2002. Paradoxalement, c'est dans les zones où les conditions pastorales sont les meilleures de la saison que la chute des prix est la plus forte. Au Hodh El Chargui, la laitière maure et son veau se vendent à moins de 60,000 UM contre un prix moyen de 150,000 UM à la même période de 2002.

Les mouvements de transhumance de plus en plus anarchiques et débouchent souvent sur des conflits entre éleveurs et agriculteurs lors que les animaux divaguent dans les champs.

Les prix des denrées alimentaires de base ont partout atteint leurs seuils les plus élevés des cinq dernières années. Les volumes de céréales traditionnelles observés dans les marchés du Trarza, du Brakna, du Gorgol sont insignifiants. Dans les Wilaya de l'est (Assaba, Guidimakha et les deux Hodh il s'agit essentiellement du sorgho et du mil maliens.

I: CONDITIONS NATURELLES ET LES FACTEURS DE PRODUCTION

I A: Les conditions pluviométriques

Les pluies d'hiver de décembre à février ont surtout concerné le nord du pays mais elles sont demeurées faibles. Dans le centre et le sud du pays les orages de sable se succèdent accélérant la dégradation des pâturages et le desséchement, avant avril, des eaux de surface.

B: Les conditions pastorales

Elles se sont considérablement dégradées dans le pays. Le couvert herbacé a totalement disparu au Trarza et au Brakna. Au Gorgol on ne le trouve que dans le sud-ouest de la Moughataa de Maghama. En Assaba, les petites poches de pâturages du sud de la Moughataa de Kankossa sont en phase de s'épuiser sous la pression des animaux venus de l'ouest (Trarza, Brakna, Gorgol) et du nord (nord de l'Assaba et Tagant). Dans le sud des deux Hodh (surtout dans le sud-est du Hodh El Chargui), on peut encore observer d'importantes poches de pâturages. Les bergers de cet espace, anticipant sur l'arrivée de leurs confrères des autres régions, sont déjà partis pour le Mali et même le Burkina Faso. En attendant la mise en place du programme de secours au secteur pastoral qui prévoit la vulgarisation de cultures fourragères, la repousse des herbes dans certains périmètres irrigués et la vente d'aliments bétail (blé et rakkal) à des prix subventionnés, les éleveurs errent ça et là.

I C: Les facteurs de production agricole par typologie

Les récoltes de décrue (bas-fonds et walo) sont maintenant achevées sur toute l'étendue du territoire. Les productions ont été globalement très inférieures aux prévisions du Ministère du développement rural et de l'environnement (MDRE). Les petites poches de cultures encore visibles concernent les berges de fleuve Sénégal et de cours d'eau (affluents Gorgol noir et Karakoro) et portent sur les patates douces, le niébé et les courges. Ce sont en général de petites superficies qui exploitaient par les paysans vivant le long de ces cours d'eau. Les cultures maraîchères n'ont concerné que le Trarza, le Gorgol et l'Adrar. Dans les autres Wilayas leurs productions ont été mauvaises. Le Gouvernement a, dans son plan d'urgence de septembre, établi un programme de cultures fourragères qui pourrait à la fois améliorer l'accès alimentaire du bétail et constituer une source de revenus pour les agriculteurs qui n'ont pas d'animaux. Les éleveurs attendent avec impatience le démarrage de ce programme, dont la phase d'étude technique et d'identification des sites de cultures vient de s'achever.

I D: L'Evaluation des conditions dans les espaces agro-pastoraux

Les seules activités agricoles en vue sont celles du fourrage. Comme au mois de janvier quelques collectivités tentent dans la vallée du fleuve Sénégal de réaliser des cultures irriguées de contre saison chaudes de février à avril, mais la pression des camelins est si forte qu'elles hésitent encore à s'y lancer tant que le Gouvernement n'a pas tenu sa promesse de disponibiliser du grillage pour leur permettre de protéger leurs cultures.

Les activités pastorales internes (transhumance d'une région à une autre, ventes, échanges d'espèces etc..) sont de plus en plus réduites, tant l'accès à l'aliment bétail est difficile. Le sac de 70 Kg de rakkal (aliment bétail le plus utilisé) est vendu, dans certaines zones pastorales éloignées des grands centres commerciaux à plus de 9 000 UM. Les vendeurs de lait se font rare car l'essentiel est aujourd'hui de sauvegarder l'animal loin des villes.

I D1: Les zones de conditions moyennes

Ce sont les mêmes espaces que ceux du mois de janvier. Maintenant que les activités agricoles sont achevées et qu'à cause des conditions naturelles, on ne peut en envisager des cultures que dans les zones proches du fleuve, l'appréciation de l'état des zones va se fonder sur les capacités des populations à accéder aux pâturages, à l'eau et aux denrées alimentaires importées (désenclavement). Aujourd'hui il s'agit, dans l'ouest du pays, des zones proches du fleuve Sénégal. Dans le centre ce sont de petites poches résiduelles de ce qui avait été considéré, en fin de saison pluvial, comme des zones de bonnes conditions (sud-est du Gorgol, centre et ouest de l'Assaba, sud du Guidimakha). A l'est, dans les Hodh, les moughataa de Tintane (Hodh El Gharbi), de Amourj, Djiguenni et Bassikoumou (Hodh El Chargui) qui disposent encore de quelques denses poches de pâturages ont continué à garder une bonne partie de leurs petits ruminants.

I D2: Les zones de mauvaises conditions

Les activités agricoles et pastorales étant fondamentalement liées à la pluviométrie, on peut considérer qu'en dehors des espaces identifiés dans le paragraphe précédent, tout le reste du pays connaît des mauvaises conditions. Dans des conditions dites normales une telle situation ne serait observée qu'après avril. Les zones d'insécurité alimentaire extrême demeurent toujours l'Aftout, la vallée du fleuve Sénégal, les plateaux centraux des deux Hodh et les bidonvilles des grandes villes (Nouakchott, Nouadhibou, Kiffa et Kaëdi).

II: CONDITIONS ALIMENTAIRES ET LES PERSPECTIVES

Elles continuent de se dégrader dans la vallée du fleuve, au Tagant, dans le nord du Trarza (moughataa de Médérdra et de Boutilimit), du Brakna (nord de celles d'Aleg et de Magta-Lahjar) en Inchiri et dans le sud-est de l'Adrar (Aoujeft) et dans les bidonvilles. Dans l'Aftout, dans les plateaux centraux des Hodh et dans le nord cette dégradation est ralentie par les distributions alimentaires en cours.

Les disponibilités alimentaires demeurent encore bonnes à l'échelle nationale. Au niveau familial vulnérable la situation est par contre très précaire. Le programme d'urgence établi par le Gouvernement ne concerne qu'un nombre très limité de personnes et les conditions d'accès aux denrées alimentaires commercialisées sont de plus en plus difficile, en raison la constante hausse, depuis janvier 2002, des prix et de l'absence, pour la quasi-totalité des ménages agricoles, d'un pouvoir d'achat régulier et consistant. Les futurs programmes d'aide alimentaire gratuite envisagés par la FLM pourraient améliorer les conditions alimentaires dans l'Aftout. Ceux qui arrivent encore à se tenir sans l'aide alimentaire sont les éleveurs de petits ruminants non transhumants. Toutefois, la dégradation des conditions pastorales les rend de plus en plus tributaires du marché et les oblige à multiplier leurs ventes d'animaux tant pour se nourrir que pour nourrir le troupeau.

Les apports des cultures maraîchères ont été médiocres même pour l'Adrar, le Trarza et le Gorgol. Tout le monde attend avec anxiété les prochaines échéances agricoles (novembre 2003).

III: LA DISPONIBILITE ET L'ACCESSIBILITE ACTUELLES AUX PRODUITS ALIMENTAIRES

III A: La situation nationale

Les disponibilités en céréales traditionnelles sont très faibles car la production a été partout en dessous de la moyenne et l'offre des pays voisins (Mali et surtout le Sénégal) a été si faible qu'elle n'a pas pu animer des échanges assez importants de céréales. Pour de nombreux céréaliers étrangers, la vente en Mauritanie est une solution de dernier recours. En effet l'Ouguiya est une monnaie non convertible dans les banques de leurs pays. Il leur faut donc acheter des produits à revendre ailleurs où échanger avec un fort taux de perte (22 000 UM = 5 000 CFA). Les besoins en denrées alimentaires, présentés par le PAM et le Gouvernement à leurs partenaires en date du 27 janvier, n'ont pas encore été satisfaits. Le marché national est bien ravitaillé en blé et en riz importés mais les conditions d'accès à ces céréales commercialisées sont de plus en plus aléatoires.

III B: La situation actuelle dans les pays limitrophes

Les importations de céréales maliennes se sont ralenties. Le trafic de céréales traditionnelles entre les villages mauritaniens de la vallée et le bassin arachidier sénégalais est maintenant tari. Les seuls transferts, sous haute surveillance douanière, concernent le riz. Les mauvaises récoltes du walo sénégalais ont, en grande partie, justifié la baisse des échanges.

III B1: L'offre de denrées de base et l'évolution des prix

L'approvisionnement des marchés urbains en denrées alimentaires importées (céréales et autres produits) est régulier mais les prix sont de plus en plus élevés. Dans les zones rurales, la disponibilité au niveau des ménages d'agriculteurs est fonction de l'aide distribuée par le PAM et le Commissariat à l'aide alimentaire (CSA). Les éleveurs et ceux qui disposent d'une source de revenu peuvent accéder au blé vendu à prix réduit (2 000 UM le sac de 50 Kg). La faiblesse des quota (1 sac de 50 Kg par ménage et par mois) pourrait affecter les ménages souvent très peuplés (>10 personnes). La réorientation des circuits d'échanges maliens vers les pays côtiers (car ceux du Sénégal étaient très faibles) a entraîné, dés janvier, une remontée des prix des céréales traditionnelles. Dans tous les marchés des zones de production de décrue, à moins d'un mois de la fin des récoltes, le prix du Kg de sorgho a déjà franchi la barre des 120 UM. En année dite normale il fluctuait entre 25 et 30 UM. Comme souligné ans notre rapport de janvier, traditionnellement, toute opération de distribution entraînait une baisse des prix. Cette année les prix ont continué leur hausse. (Graphique I)




Les prix des gros ruminants, principalement ceux des bovins, continue de baisser (les éleveurs sont obligés de brader faute de quoi manger). La hausse du prix petits ruminants a commencé à se ralentir. Est-ce là un des effets des distributions d'aide alimentaire ? Les éleveurs et agro pasteurs qui ont reçu des aides ont-ils arrêter ou réduit leurs ventes ? Les mois à venir nous apporteront une réponse à ces questions.

III B2: L'ACCES ALIMENTAIRE

L'accès alimentaire des ménages de l'Aftout s'est amélioré avec les distributions gratuites et les programmes de vente. Ailleurs il reste fondamentalement tributaire des retombées de l'émigration, même si les volumes de blé distribués ont réduit la pression sur les maigres bourses des ménages. La ville mauritanienne, malgré ses problèmes, continue de gérer la crise alimentaire du monde rural.

L'accès alimentaire des éleveurs des petits ruminants demeure encore satisfaisait mais il a commencé à chuter. Dans les bidonvilles de Nouakchott et de Nouadhibou l'accès alimentaire est de plus en plus aléatoire pour de nombreux ménages qui sont obligés de limiter leurs repas. A ce jour aucune action officielle n'est prise en leur faveur.

IV: LES ZONES ET LES GROUPES ACTUELLEMENT VULNERABLES

Le PAM continue de gérer la crise alimentaire actuelle avec les reliquats du programme d'urgence de 2002. L'important travail d'information et de sensibilisation mené par le PAM, le CSA et FEWS Net commence à porter ses fruits. La FLM a commencé, le 26 février, un programme d'identification des populations vulnérables dans l'Aftout et dans des zones hors Aftout (Magta Lahjar, Bouhdida, Aleg et Aghchourguit), pour une distribution qui porterait sur 3 000 T d'aliments et s'étalerait sur trois mois. Cette première opération pourrait être suivi par une seconde de même durée. Des approbations de programme sont confirmées du côté américain et de certains bailleurs du PAM. Les modalités et formes de ces programmes seront présentées dans nos prochains rapports.

L'Aftout, la vallée du fleuve Sénégal et les Adwaba des plateaux centraux des deux Hodh demeurent, malgré le démarrage du programme d'urgence, toujours en situation d'insécurité alimentaire extrême. Il faut retenir que dans la majeure partie des cas, les personnes qui ont bénéficié de l'aide la partage avec les autres. L'état d'appauvrissement des populations rurales est tel que seuls les exigences de gestion d'une aide insuffisante peuvent justifier la sélection. Dans les autres zones rurales non concernées par les distributions alimentaires la famine tend à s'installer.

La situation alimentaire continue de se dégrader dans les bidonvilles. Par exemple, dans les quartiers pauvres de Kaëdi (ville visitée lors de notre dernière tournée), la population en situation d'insécurité alimentaire extrême est nettement en hausse. Environ un ménage sur trois risque la famine malgré les résultats moyens de la campagne rizicole. Les files de femmes qui se bousculent sur les décharges des unités de décorticage de paddy, pour récupérer quelques grammes de riz sont éloquentes à ce sujet. A ce jour aucun programme de secours n'est encore défini pour cette population.

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