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Mauritanie: Rapport mensuel du mois de janvier 2004 - Baisse des prévisions production agricole

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Situation Report
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Ce Rapport couvre la période du 15 décembre 2003 au 20 janvier 2004

Les niveaux de l'insécurité alimentaire sont en hausse dans les zones périurbaines mais en baisse dans les zones rurales.

Sommaire :

L'évolution de la sécurité alimentaire en Mauritanie reflète celle de la campagne agricole récente. Il apparaît cependant, de plus en plus, que la production céréalière sera moins bonne que les prévisions publiées, en raison de l'importance des pertes causées par la sésamie (déprédateur chenille) sur les cultures de décrue (bas-fonds, barrage et walo) du Brakna, du Gorgol et de l'Assaba, et de la chute des rendements dans les bas-fonds pluviaux.

Les récoltes de riz sont achevées au Brakna et au Gorgol mais se poursuivent au Trarza.

Les productions maraîchères commencent à arriver sur les marchés grandes villes. Dans les zones rurales, elle s'est accrue grâce aux productions des coopératives féminines encadrées par des ONG (tels que OXFAM, FLM).

Selon le Centre de Lutte Antiacridienne (CLA) dans le Ministère de l'agriculture la situation demeure critique du fait de l'importance des superficies infestées et de la faiblesse des moyens existants. De nouvelles éclosions survenues après les pluies du 8 et 9 janvier ont aggravé la situation.

Les petites pluies d'hiver et la multiplication des feux de brousse inquiètent les éleveurs qui craignent la perte des pâturages. La campagne de pare feux vient de commencer dans les régions.

Les prix des céréales traditionnelles sont en sensible baisse mais ceux des denrées alimentaires importées, demeurent relativement stablement depuis novembre. Par contre, les prix des animaux, des viandes et des poissons, connaissent des hausses parfois très fortes.

Les niveaux de l'insécurité alimentaire continuent de baisser dans les zones rurales mais ceux des bidonvilles demeurent élevés. Le Programme alimentaire envisage d'y intervenir sous la forme de « vivres contre travail ».

I : CONDITIONS NATURELLES ET LES FACTEURS DE PRODUCTION

I A : Les conditions pluviométriques sont non satisfaisantes

Les pluies qui tombent, depuis le début du mois, ne sont guère suffisantes pour sauver les cultures des bas fonds. Elles pourraient, par contre, faire pourrir les pâturages et provoquer, chez les hommes et les animaux, des affections pulmonaires plus ou moins graves.

I B : Les conditions pastorales sont bonnes

Malgré les feux de brousse et les pluies de saison froide, les pâturages sont encore denses et abondants, principalement dans le sud-est et l'est du pays. Les épidémies ovines observées en début janvier dans les Hodh ont été jugulées.

I C : La situation acridienne est jugée critique à la suite des pluies

L'existence, au centre et au nord du pays, de conditions écologiques favorables favorise la survie et à la reproduction des criquets pèlerins, par rapport aux autres sites en Afrique du Nord (Figure I). La situation est jugée critique car, en dépit des moyens déployés, l'infestation gagne du terrain.



Le dispositif mauritanien de traitement composé de huit équipes terrestres a bénéficié de l'appui de deux équipes algériennes et de deux équipes marocaines. Quant au dispositif aérien de traitement jusque là composé d'un avion mauritanien de traitement militaire, il a été renforcé par l'arrivée d'une flotte marocaine de 2 avions moyens porteur Turbo Thrush de traitement, d'un hélicoptère (pour les besoins sanitaires) et d'un avion defender pour la logistique. Tout ce dispositif tente, mais en vain, de juguler le fléau.

I D : Grande perte de la production sorgho du walo

Selon les estimations préliminaires, le walo (une des cultures de décrue) a contribué 16 % de la production céréalière nationale. Il semble maintenant que plus de 80 % des superficies du walo ne donnera pas du sorgho à cause de la sésamie et de l'usage des mauvaises semences. Dans les bas-fonds la situation est pour l'instant légèrement meilleure mais les paysans ont déjà signalé la présence de la sésamie sur les cultures. Pour le moment ils se refusent à couper les tiges des sorghos pluviaux et envisagent de les brûler pour tuer les larves et les chenilles qui y nichent. Pour le moment, ils ne veulent pas le faire parce que les larves qui auraient échappé à l'opération pourraient se réfugier dans les cultures de décrûe qui sont à la phase de montaison. Ils laissent donc les larves dans les tiges pour les brûler lorsque les cultures auront commencé leur épiaison.

I E : Amélioration des conditions dans les espaces agro-pastoraux

Malgré la chute des pluies d'hiver et la multiplication des feux de brousse les pâturages sont encore bons. Celles de l'accès aux eaux de surface se sont réduites et de nombreux éleveurs sont maintenant obligés de recourir aux forages, aux puits ou au fleuve.

Avec les récoltes des bas-fonds et des cultures irriguées et maraîchères, les niveaux de la sécurité alimentaire s'améliorent en milieu rural tant pour les éleveurs que les agriculteurs de la culture pluviale.

La déception est grande chez les agriculteurs du walo où malgré les bonnes conditions d'exploitations, la récolte sera aussi mauvaise que celle de 2003 à cause de la sésamie.

L'offre en céréales traditionnelles s'améliore dans les marchés urbains grâce aux importations maliennes. Dans les zones rurales, cette amélioration concerne surtout les zones de production. Les échanges internes sont très faibles du fait de la faiblesse de la production locale et surtout de la faiblesse du pouvoir d'achat des consommateurs potentiels.

La faiblesse des importations des céréales du Sénégal n'incitent pas les céréaliers mauritaniens à déstocker leurs réserves de mil et sorgho alors que la commercialisation du riz local vient de commencer (c'est la période post récolte de paddy) et que les offres en riz et blé sont importantes.

I E1 : Les zones de bonnes conditions (le centre du pays)

Avec la récolte des bas-fonds pluviaux, les conditions d'accès alimentaire se sont améliorées dans le sud des deux Hodh, de l'Assaba et du Guidimakha où les conditions pastorales demeurent encore satisfaisantes. Dans les zones du centre du Tagant (nord de la moughataa de Moudjéria et sud-ouest de celle de Tidjikja) celles du nord-est du Brakna (sud de la moughataa de Magta Lahjar et sud-est de celle d'Aleg) du nord du Gorgol (Moughataa de Monguel, M'bout) du centre de l'Assaba, l'existence de bonnes conditions pastorales maintiendra sur place les éleveurs plus longtemps que d'habitude.

I E2 : Les zones de moyennes conditions (le sud du pays)

Elles concernent le sud-ouest du pays (sud du Gorgol, du Brakna et du Trarza) où les récoltes de l'irrigué et du maraîchage ont permis une sensible amélioration des conditions d'accès alimentaire.

Dans les zones oasiennes du Tagant et de l'Adrar les productions maraîchères sont autant de facteurs d'amélioration d'accès alimentaire que des sources revenus. Il faut cependant trouver les moyens de faciliter leur commercialisation car de nombreuses zones de production sont enclavées.

I E3 : Les zones de mauvaises conditions (quartiers périphériques des villes)

Ce sont les quartiers périphériques des centres administratifs ruraux et les bidonvilles de Nouakchott, Nouadhibou, Kiffa et Kaëdi. Dans son programme de 2004 PAM Mauritanie envisage de développer des programmes urbains de vivres contre travail qui pourraient les intéresser. La nature, l'intensité et la durée des volets retenus sont actuellement en considération.

II : L'OFFRE EN DENREES ALIMENTAIRES EST BONNE A L'ECHELLE NATIONALE

II A : La situation nationale et la situation actuelle dans les payes limitrophes

L'offre en denrées alimentaires importées est suffisante à l'échelle nationale. Celle des céréales traditionnelles s'est améliorée dans les zones de production pluviales mais pas dans les zones de décrue où les perspectives de récoltes sont nulles à médiocres. Les apports de l'élevage et de la cueillette se sont amoindris, vu la saison.

Les exportations maliennes ont commencé à infléchir les cours du mil et su sorgho dans les marchés de Nouakchott, dans le sud des deux Hodhs, de l'Assaba, du Guidimakha.

Au Sénégal, par contre, les excédents en mil et sorgho du bassin arachidier n'ont pas encore véritablement touché le sud du Trarza, du Brakna et du Gorgol. On s'attend, par contre, à une prochaine amélioration de l'offre en riz car les récoltes sont en cours. Les paysans sénégalais doivent vendre pour honorer leurs créances et faire face aux dépenses de la fête de Tabaski vers le 3 février.

III B : L'offre de denrées de base est satisfaisante et les prix stables

L'offre en denrées de base importées est toujours satisfaisante et leurs prix sont restés stables par rapport aux mois de novembre et décembre. Les prix des céréales pluviales ont connu une légère baisse. Ceux du sorgho de décrue ont fortement chuté (de 280 à 140 UM) sur le marché urbain d'El Mina à Nouakchott du fait que la demande en semences s'est arrêtée car la période des semis du walo (le principal utilisateur du sorgho de décrue) est maintenant achevée peu de gens s'intéresse a ce sorgho. D'ailleurs, les récoltes des bas-fonds pluviaux et de l'irrigué sont en cours et que les importations maliennes s'intensifient. Désabusés par l'évolution des premiers semis de décrue, les paysans ont renoncé à semer du sorgho pour faire du niébé dont le prix est passé de 190 UM en décembre à 250 UM (Graphique I).



III C : Les prix du bétail et des viandes continuent leur tendance vers la hausse

Les prix des ovins continuent leur hausse à Nouakchott. De 25.600 UM en novembre, 26.800 UM en décembre, le mouton moyen est passé à 38.000 en début janvier. Il est cependant certain que cette hausse s'agit là des effets de la fête du mouton (Tabaski) qui devraient disparaître ou du moins se réduire après celle-ci. Par effet de contagion la hausse des ovins a entraîné celle des bovins et des caprins qui étaient en baisse jusqu'au mois de décembre. De 120.000 UM en décembre la laitière est remontée à 150.000 UM en janvier soit de 10.000 UM plus que son prix de novembre. Les bénéfices sont essentiellement captés par les grands commerçants de bétail et les courtiers. Les prix des caprins fluctuent entre 15.000 et 19.000 UM, comblant ainsi le déficit de 1.000 UM qu'ils avaient connu entre novembre et décembre.

Le prix du kg de viande ovine, a enregistré une nouvelle hausse passant de 800 en novembre à 900 UM en décembre et à 1.000 UM en janvier. Ceux des poissons affichent une baisse sensible uniquement dictée par la période du mulet (de décembre à février) dont les Sufs sont recherchés par tous les poissonniers, y compris ceux du Sénégal. Les carcasses des mulets vidées vendues à moins de 60 UM le kg intéressent beaucoup les ménages à faibles revenus. Les mareyeurs des autres espèces sont obligés de baisser leurs prix pour inciter les ménagères à acheter leur produit.

III D : L'accès alimentaire s'améliore pour les pasteurs et certains agriculteurs mais non pour les démunies des grandes villes

L'accès alimentaire continue de s'améliorer dans les ménages pastoraux et chez les agriculteurs de la culture pluviale et de l'irriguée. Pour ceux de la décrue, les perspectives ne sont guère rassurantes. Ils vivent encore du marché et des aliments qu'ils avaient bénéficié des programmes d'urgence.

Dans les périphéries des centres administratifs ruraux et dans les bidonvilles des grandes villes, l'accès alimentaire des ménages à faibles revenus est de plus en plus aléatoire.

IV : LES PERSPECTIVES ALIMENTAIRES SONT MOINS RASSURANTES

Si les conditions alimentaires actuelles sont en nette amélioration par rapport à celles qui prévalaient à la même période de 2003 et au mois de décembre, ils n'en demeurent pas moins que les perspectives sont peu rassurantes à cause des raisons suivantes :

  • Les prévisions qui nous avaient permis de tabler sur des couvertures annuelles de besoins évoluant de 1 à 5 mois, apparaissent actuellement comme irréalisables à cause de la perte d'une bonne partie de la production du walo et des bas-fonds, due à la sésamie.

  • Les programmes d'urgence sont en phase de restructuration et pourraient ne destiner une bonne partie de leur volume à des distributions alimentaires gratuites et généralisées.

  • Les flux transfrontaliers en provenance du Mali et du Sénégal ne sont pas encore assez importants pour répondre aux besoins. Les transferts les plus importants, notamment ceux en provenance du Mali, sont surtout orientés vers les centres urbains alors que ceux du Sénégal, censés concernés les populations à risque du sud et du centre du pays, fonctionnent encore au ralenti.

  • Le non paiement des dettes paysannes contractées pendant les mauvaises années précédentes

V : RECOMMANDATIONS FEWS NET SUR LES ZONES ET LES GROUPES ACTUELLEMENT VULNERABLES A L'INSECURITE ALIMENTAIRE

En raison de la mauvaise évolution des cultures de décrue, les agriculteurs du walo et des bas-fonds sont, toujours en insécurité alimentaire.

Les ménages pauvres des périphéries des centres administratifs ruraux et ceux des bidonvilles sont toujours en situation de haute insécurité alimentaire.

Au vu de la situation actuelle, FEWS Net Mauritanie réitère ses recommandations de novembre :

  • Que des mesures de lutte appropriées soient prises contre la sésamie et contre le criquet pèlerin ;

  • Que des programmes des pare-feux qui viennent de commencer soient achevés avant le début de la période des vents et des chaleurs (fin février - début mars) ;

  • Que des actions d'appui à la consommation, à la conservation et à la commercialisation des productions maraîchères soient entreprises au profit des ménages ruraux qui s'y sont investis avec l'encadrement des certaines ONGs (OXFAM GB, FLM, World Vision, Coopération Espagnole) ; et

  • Que programmes d'aide soient développés pour les habitants des périphéries des centres administratifs ruraux et des bidonvilles (Nouakchott et Nouadhibou) et que PAM expédie l'élaboration de son programme éventuelle d'intervention pour les appauvris urbains.