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Mauritanie: Rapport mensuel du mois de février 2004 - La période de soudure pourrait arriver tôt

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Ce Rapport couvre la période du 21 janvier au 29 février 2004

La période de soudure pourrait arriver plus tôt que prévue dans les zones rurales. Dans les zones périurbaines les niveaux de l'insécurité alimentaire continuent de s'élever.

Sommaire :

La période de soudure (période de difficulté d'accès à la nourriture) arrivera plus tôt que prévue en milieu rural pour les ménages agricoles. La mauvaise évolution des cultures du walo et des bas-fonds, gravement affectées par la sésamie, va se traduire par une baisse considérable des taux de couverture des besoins annuels en céréales. Les apports du maraîchage n'auront qu'une faible incidence sur la réduction de ce déficit du fait qu'ils sont très limités dans l'espace (vallée du fleuve et oasis) et dans le temps (janvier à mars).

L'insuffisance des moyens de lutte déployés fait que les superficies infestées par le criquet pèlerin s'étendent de plus en plus. Même si on ne craint plus rien pour les cultures de décrue déjà détruites par la sesamie, la menace est grande sur les palmiers dattiers et l'environnement surtout que les risques d'une autre reproduction sont grands avec une forte probabilité d'invasion des pays voisins.

La forte hausse des prix des ruminants et des revenus qui y proviennent, dans les marchés de collecte et de consommation, est un indice de la bonne situation pastorale qui prévaut dans la majeure partie des zones pastorales.

La baisse des prix des céréales traditionnelles s'est ralentie alors que les importations augmentent. Cet apparent paradoxe s'explique par la reprise de la hausse des prix des denrées alimentaires importées.

Les niveaux de l'insécurité alimentaire continuent de s'élever dans les bidonvilles. Le programme de « vivres contre travail » envisagé par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) n'a pas encore commencé.

Dans les zones rurales, la baisse des niveaux de l'insécurité alimentaire s'est ralentie. La période de soudure y commencera plus tôt que prévue.

I : LES CONDITIONS NATURELLES SUIVENT LEUR RYTHME SAISONNIER NORMAL

I A : Les conditions météorologiques menacent les pâturages

L'intensification des activités éoliennes a accéléré la baisse du niveau des eaux de surface ainsi que le déplacement des ergs et dunes, qui recouvrent les pâturages.

I B : Les conditions pastorales sont bonnes

La construction des pare feux a limité la progression des feux de brousse. Les pâturages sont encore denses et abondants, dans les principales zones pastorales du pays.

I C : La situation acridienne est toujours critique

Les infestations acridiennes s'intensifient dans le Nord (Tiris Zemmour, Inchiri, Adrar et Dakhlet Nouadhibou) et dans le centre (Tagant, Trarza et Brakna) où les formations forestières et les palmeraies pourraient être attaquées. Ce qui se passe inquiète parce que, avec le regroupement et les éclosions, les pontes vont se multiplier et constituer une sérieuse menace pour les prochaines années.

Malgré l'appui apporté par les pays voisins (Maroc et Algérie), par la FAO et le fonds d'urgence des Etats-Unis d'Amerique, le dispositif de lutte demeure insuffisant à telle enseigne que suite à la requête du Gouvernement mauritanien, la FAO a déjà initié une demande d'assistance urgente dans le cadre de son Programme de coopération technique de lutte antiacridienne. Une assistance internationale complémentaire, chiffrée à environ 6 millions de dollars EU est toutefois nécessaire pour l'achat de pesticides et d'équipement, pour les frais opérationnels des équipes terrestres de prospection et d'appui aux équipes de traitement aérien et pour assurer la coordination technique des opérations.

Plus au Sud, la menace acridienne ne peut pas avoir de gros effet sur la sécurité alimentaire car les cultures sont pratiquement finies et les pâturages à sec.

II : UN CONTEXTE ALIMENTAIRE NATIONAL MEILLEURE QUE CELUI DE 2003 MAIS AVEC DES PERSPECTIVES INCERTAINES

II A : La plupart des marchés sont bien approvisionés en céréales

L'offre en céréales traditionnelles s'améliore dans les marchés des zones frontalières avec le Mali et dans ceux des centres urbains grâce aux importations. Les échanges internes de céréales sont réduits du fait de la faiblesse de la disponibilité au niveau des ménages. Dans les zones où la production a été relativement bonne, les paysans ont utilisé une bonne partie de leur production pour rembourser les dettes et emprunts contractés pendant les mauvaises années.

Tous les marchés sont bien approvisionnés en denrées alimentaires importées. Relativement stables de novembre à janvier, les prix des denrées alimentaires importées ont recommencé leur hausse. Ce phénomène, que l'on avait cru dicté par l'approche de la fête de Tabaski, est parti pour durer car la dépréciation de la monnaie de plus de 14% entre décembre 2003 et février 2004 oblige les commerçants à accroître la masse monétaire destinée à l'achat des denrées alimentaires importées.

II B : Dans les zones où le Dieri est l'unique typologie la période de soudure a déjà commencé

Dans les zones où le Dieri (culture pluvial) est l'unique typologie pratiquée par les agriculteurs la période de soudure approche (Hodh El Chargui et Guidimakha) si elle n'a pas encore commencé. Le nombre hypothétique de mois de consommation céréalière ne s'éleve qu'à 5 mois dans le Hodh el Chargui et qu'à 2 mois dans le Hodh el Gharbi. Rappelons que les récoltes de Dieri s'étalent d'octobre à novembre selon les variétés semées et que ces régions de Dieri sont frontalières avec le Mali. Agriculteurs et paysans s'appuient déjà sur les revenus tirés du pastoralisme pour accéder aux céréales traditionnelles de ce pays et aux denrées alimentaires importées localement commercialisées. Les exodes qui ont commencé en direction des zones de production ou de cueillette du Mali devraient logiquement s'amplifier en raison des bonnes conditions agricoles et écologiques qui prévalent dans les zones frontalières de ce pays. Il est peu probable que ces mouvements se réorientent vers les grandes villes du pays, où les paysans savent que leurs proches partis les années précédentes n'arrivent pas encore à trouver du travail et auront des difficultés à les accueillir.

II C : Dans les zones où les ménages exploitent plusieurs typologies la soudure arrivera plus tôt

Dans les zones où les ménages exploitent plusieurs typologies, la période de soudure qui commençait habituellement en mai - juin, arrivera plus tôt car les productions des bas-fonds et du walo sont pratiquement nulles. Ces deux typologies de culture de décrue fournissent 20% de la production céréalière annuelle - et plus pour les ménages eux-mêmes. Seul le Gorgol offre une couverture relativement bonne (de 7 mois) car la majeure production du Trarza (85%) relève d'un secteur privé qui commercialise sa production hors de la région. Les ménages devront intensifier leurs recours aux revenus pastoraux et aux stratégies fondées sur l'exploitation de l'écologie (cueillette essentiellement). Ici les exodes sont orientés vers les villes et vers les zones rizicoles du Sénégal où les récoltes en cours offrent des possibilités de travail saisonnier.

II D : Dans les zones pastorales le contexte alimentaire est encore bon

Dans les zones pastorales le contexte alimentaire est encore bon parce que les revenus des éleveurs sont fortement accrus et les termes d'échanges continuent de se modifier en leur faveur (Graphique I pour Boghé). Si les programmes de vente subventionnée de blé se poursuivent les éleveurs continueront certainement à y recourir car les prix pratiqués sont nettement plus bas (2.000 UM le sac de 50 Kg) que les prix actuels du marché (3.000 à 3.500 UM le sac de 50 Kg).


II E : Dans les zones urbaines un approvisionnement régulier

L'approvisionnement des marchés de Nouakchott en légumes et en céréales traditionnelles est maintenant plus régulier et les prix du sorgho et mil pluviaux et légumes ont connu une baisse variant de entre 40 et 60% pour les légumes à proche de 20% pour les céréales. Bien que les récoltes soient encore en cours en Mauritanie comme au Sénégal, le prix au détail de riz local est passé de 100 UM le Kg en janvier à 120 UM en février. C'est la hausse la moins brutale car à l'exception du sucre dont le prix du kg s'est stabilisé à 110 UM le Kg, toutes autres denrées importées ont enregistré des hausses supérieures à 20 % au cours d'un seul mois.

Les prix des viandes en février sont restés stables par rapport à janvier malgré la hausse du prix des animaux sur pied. Pour les poissons la hausse observée pourrait être lié aux départs de nombreux mareyeurs sénégalais qui prolongent la fête de Tabaski chez eux.

Cette situation affecte en premier lieu les habitants des bidonvilles où l'accès alimentaire des ménages à faibles revenus est de plus en plus aléatoire, car ils sont obligés de recourir à des stratégies de vie axées sur la réduction des quantités, le saut des repas et l'achat de denrées de mauvaises qualités. Les niveaux de l'insécurité alimentaire continuent de s'élever dans les bidonvilles. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a démarré un volet de « vivres contre travail » dans les sept capitales régionales du pays. Au niveau de Nouakchott, ce programme est piloté par le Commissariat à la lutte contre la pauvreté et aux droits de l'homme.

III : LA SITUATION ACTUELLE DANS LES PAYS LIMITROPHES EST FAVORABLE A LA MAURITANIE

III A : Au Mali : Ce pays connaît une production record et dispose d'importants excédents. Les conditions d'exploitation de l'écologie y sont nettement meilleures qu'en Mauritanie et les paysans mauritaniens, qui y avaient exploité des champs, se sont constitués des stocks destinés à leur alimentation et aux ventes dans les centres urbains.

Les importations en Mauritanie à caractère commercial ont démarré tardivement et timidement parce que les céréaliers mauritaniens nourrissaient de gros espoirs sur les production de décrue plus accessible et dont le transport jusqu'aux centres urbains est moins coûteux. Mieux édifiés sur les limites de l'offre locale ils multiplient les importations mais les orientent essentiellement vers les centres urbains où le pouvoir d'achat est plus élevé.

III B : Au Sénégal : La généralisation de la qualité des récoltes dans les zones frontalières a créé des conditions propices aux échanges entre les deux rives. Comme au Mali ces importations profitent surtout aux villes ; les paysans des zones rurales vont surtout s'approvisionner dans les marchés hebdomadaires où les prix sont nettement plus bas que ceux pratiqués par les céréaliers.

Si rien ne vient entraver les traditionnels mécanismes d'échange entre la Mauritanie et ces deux pays, les céréaliers locaux devraient arriver à assurer un approvisionnement régulier des marchés, d'autant que, traditionnellement, passées les grandes fêtes de Tabaski (début février) et de Tamkarit (fin février) les céréaliers sénégalais réorientaient leurs circuits de commercialisation des centres urbains vers les marchés hebdomadaires « Loumas » de la vallée dés que les récoltes de riz s'achèvent.

IV : RECOMMANDATIONS FEWS NET SUR LES ZONES ET LES GROUPES ACTUELLEMENT VULNERABLES A L'INSECURITE ALIMENTAIRE

En raison de l'échec des cultures de décrue, les agriculteurs du walo et des bas-fonds seront, comme leurs confrères du Dieri qui n'avaient que peu produit, en insécurité alimentaire.

Les ménages pauvres des périphéries des centres administratifs ruraux et ceux des bidonvilles sont toujours en situation de haute insécurité alimentaire. Incapables de couvrir leurs besoins de consommation pendant la période de consommation donnée, ils seront forcés de réduire leur consommation et de liquider leurs biens de production. Leur sécurité alimentaire future en sera affectée.

Au vu de la situation actuelle, FEWS Net Mauritanie réitère ses recommandations de janvier :

  • Que des mesures de lutte appropriées soient prises contre la sésamie et contre le criquet pèlerin ;

  • Que des programmes des pare-feux qui viennent de commencer soient achevés avant le début de la période des vents et des chaleurs (fin février - début mars) ;

  • Que des actions d'appui à la consommation, à la conservation et à la commercialisation des productions maraîchères soient entreprises au profit des ménages ruraux qui s'y sont investis avec l'encadrement des certaines ONGs (OXFAM GB, FLM, World Vision, Coopération Espagnole) ; etc

  • Que programmes d'aide soient développés pour les habitants des périphéries des centres administratifs ruraux et des bidonvilles (Nouakchott et Nouadhibou) et que PAM expédie l'élaboration de son programme éventuelle d'intervention pour les appauvris urbains.