Mauritania

Mauritanie : Mise à jour sur la sécurité alimentaire - décembre 2017

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Apres l’ouest de la zone agropastorale, la situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) menace le centre et le sud du pays

MESSAGES CLÉS

• Les effets cumulés de l’échec des cultures de décrue, de la médiocrité des pâturages, du faible niveau des revenus tirés de la cueillette et de l’exode prolongent la pression sur le cheptel et accentuent la dégradation des conditions d’accès alimentaire dans l’ouest de la zone agropastorale. De nombreux ménages pauvres y sont déjà en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).

• L’arrivée massive et précoce des transhumants dans le centre de la zone agropastorale et de la zone de cultures pluviales y a accéléré la dégradation des conditions pastorales et contraint les pauvres et moyens éleveurs et agropasteurs à dominante pastorale à recourir à des stratégies adaptatives saisonnières atypiques qui sont déjà sources de déficit de protection des moyens d’existence. Ils sont en train d’évoluer vers une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC).

• Dans la vallée du fleuve Sénégal à cause de l’absence de la crue fluviale, le walo qui est la principale source de production agricole et de revenus des ménages pauvres n’a pas été exploité. Par ailleurs le faible niveau saisonnier du fleuve (à peine 2m50 contre 4 à 4,5 en année moyenne) rend aléatoire la réalisation des cultures irriguées de contre saison. Les ménages pauvres y sont déjà confrontés à des déficits de consommation qui les placent en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC).

SITUATION ACTUELLE

La progression de la saison : La saison froide s’est installée sur l’ensemble du pays mais on n’a pas encore enregistré des pluies qui favorisaient la levée de pâturages dans le nord et parfois jusqu’au sud du pays. Les vents du nord ont commencé à souffler entrainant le déracinement des herbes mal enracinées à cause de l’insuffisance et de l’irrégularité des pluies.

Les cultures : La récolte des cultures irriguées d’hivernage est finie et si les rendements sont relativement proches de ceux de 2016, la production obtenue est nettement inférieure du fait de la baisse des superficies exploitées. De nombreux exploitants n’ont pas eu accès au crédit agricole. Dans toutes les zones de décrue, le développement des cultures est affecté par la médiocrité du bilan hydrique.

Les conditions pastorales : La situation pastorale reste toujours préoccupante dans l’ouest du pays (centre, est et nord de la zone de transhumance pastorale, ouest de la zone agropastorale, centre de la zone de la Vallée du fleuve Sénégal). Dans le centre de la zone agropastorale et dans la zone de cultures pluviales, les poches de pâturages qui existaient, envahies par une transhumance précoce (depuis octobre au lieu de mars en année moyenne) et massive sont en passe de disparaitre. De nombreux éleveurs sont déjà au Mali et au Sénégal. Ceux qui sont encore en place recourent à des achats d’aliments bétail et du blé pour nourrir les animaux.

Les revenus : Dans toutes les zones de cultures les revenus que les ménages pauvres tiraient des activités agricoles (préparation des sols, labour, récoltes, transport et transformations des récoltes etc.) sont en forte baisse tant par rapport à 2016 que par rapport à une année moyenne. Ceci s’explique autant par la forte baisse des superficies exploitées que par la médiocrité des récoltes. La cueillette des fruits sauvages dont les revenus arrivaient, les deux années précédentes, à couvrir jusqu’à trois mois de consommation d’un ménage pauvre, restent globalement très faibles (moins d’un mois de consommation alimentaire) car l’irrégularité et l’insuffisance des pluies ont affecté la productivité des arbres. Les revenus de l’exode restent encore maigres malgré des départs multiples et précoces (septembre /octobre au lieu de février/mars) car l’insertion des migrants dans les systèmes économiques urbains est de plus en plus difficile vu la forte croissance du nombre de demandeurs d’emploi. Les revenus provenant de la vente des animaux, bien qu’en hausse dans les marchés des centres urbains, sont, contrairement aux tendances saisonnières d’une année ne moyenne en nette baisse, dans les zones rurales par l’importante offre car, du fait de l’échec des cultures, les ménages pauvres sont obligés de procéder à des ventes saisonnières atypiques pour s’acheter de la nourriture et rembourser les dettes antérieures qui étaient sous hypothèque des récites.

Les marchés: Tous les marchés de consommation sont bien approvisionnés en denrées alimentaires importées (riz, blé, sucre, huile) dont les prix relativement stables jusqu’en novembre accusent maintenant des hausses relativement importantes surtout dans les zones agropastorales et de la vallée du fleuve. Ce n’est que dans la zone de cultures pluviales qui capte l’essentiel des exportations maliennes de céréales que les prix du blé et du sorgho s’inscrivent dans une tendance baissière. La baisse du prix du riz local ne s’explique que par les récoltes de novembre et son indexation par rapport au prix du riz importé fait qu’il est peu probable qu’elle se prolonge d’autant que la production locale a connu, une importante baisse, comparativement aux deux précédentes années.

A l’exception des marchés de bétail de la zone de cultures pluviales où est actuellement concentré la majeure partie du cheptel des transhumants qui n’ont pas encore franchi les frontières maliennes et sénégalaises, les marchés de bétail ruraux sont généralement mal approvisionnés et les prix des animaux y sont en forte baisse. Par contre les marchés de bétail urbain sont bien approvisionnés car ils constituent les terminaux des circuits développés par les courtiers. On notera que dans les marchés des zones de préoccupation les prix sont partout en baisse.