Mauritania

Mauritanie : L'armée s'empare du pouvoir pour mettre un terme au « régime totalitaire »

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
NOUAKCHOTT, le 4 août (IRIN) - En l'absence du président mauritanien Maaouya Ould Taya, les forces armées ont déclaré mercredi qu'elles s'étaient emparées du pouvoir pour mettre un terme au « régime totalitaire » de ce dernier, et qu'elles avaient formé un conseil militaire pour gouverner le pays.
Le président Ould Taya, qui avait lui-même pris le pouvoir à l'issue du coup d'Etat de 1984, a déjà résisté à plusieurs tentatives de renversement. Il était à l'étranger lorsque les soldats ont pris d'assaut les médias nationaux et le quartier général des forces armées, et bloqué l'accès au palais de la présidence, à Nouakchott, la capitale mauritanienne, au petit matin, mercredi. L'aéroport a également été fermé.

Plus tard, dans un communiqué diffusé sur les ondes de la radio nationale, le « Conseil militaire pour la justice et la démocratie » a annoncé qu'il gouvernerait, pendant une période maximum de deux ans, la Mauritanie, un pays désertique qui espère s'enrichir grâce à ses ressources pétrolières.

« Les Forces Armées et de Sécurité ont unanimement décidé de mettre fin aux pratiques totalitaires du régime déchu dont notre peuple a tant souffert ces dernières années », déclarait le groupe, jusqu'ici inconnu, dans son communiqué. « Ce conseil s'engage devant le peuple mauritanien à créer les conditions favorables d'un jeu démocratique ouvert et transparent ».

Selon le correspondant d'IRIN à Nouakchott, des centaines de personnes sont descendues dans les rues à la suite de cette déclaration. Des convois de véhicules ont sillonné les routes sablonneuses de la capitale, transportant des jeunes gens enthousiastes qui klaxonnaient ou criaient « A bas Taya » ou encore « Vive les putschistes ».

D'autres journalistes présents de part et d'autre du pays ont rapporté des scènes de liesse semblables.

La déclaration du conseil est restée anonyme. Toutefois, selon plusieurs sources militaires et quelques personnes qui se trouvaient au siège de la télévision nationale lorsqu'il a été investi par les soldats, le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, chef de la garde présidentielle, et le colonel Ely Ould Mohamed Vall, directeur général de la sûreté nationale, seraient impliqués.

L'Union africaine a condamné ce qu'elle a qualifié de « tentative de coup d'Etat ».

« Le président de l'UA [...] affirme une nouvelle fois le rejet total, par l'UA, de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement », selon la déclaration de l'organisation, qui compte 53 membres. « Il condamne fermement toute prise de pouvoir ou tentative de prise de pouvoir par la force ».

Il n'y a pas eu de réaction immédiate de la part des groupes de l'opposition mauritanienne, mais le parti au pouvoir, le Parti républicain démocratique et social (PRDS) du président Ould Taya, a appelé toutes les entités politiques à dénoncer le putsch.

M. Ould Taya avait quitté son pays, situé dans le Sahel, à cheval entre l'Afrique noire et l'Afrique arabe. Il se trouvait en Arabie saoudite pour assister aux funérailles du roi Fahd lorsque les soldats ont lancé leur opération, vers 5 heures du matin.

Quelques heures plus tard, le président est arrivé à Niamey, la capitale nigérienne. Il n'a toutefois fait aucune déclaration à la presse, qui a été tenue à l'écart, à l'aéroport.

Le président se serait attiré les foudres d'une bonne partie des 2,8 millions d'habitants et musulmans pratiquants de la Mauritanie, en établissant des relations diplomatiques avec Israël et en réprimant sévèrement les groupes islamistes actifs dans le pays.

M. Ould Taya a failli être destitué en juin 2003, au cours d'un soulèvement populaire sanglant, qui a été contenu par les forces loyalistes au terme de deux jours de combats meurtriers dans la capitale. Les autorités mauritaniennes ont également déclaré avoir déjoué deux coups d'Etat en août et septembre 2004.

Quatre officiers de l'armée avaient été accusés d'avoir fomenté l'ensemble de ces tentatives de coup d'Etat et condamnés à perpétuité en février dernier. Trois figures de proue de l'opposition, accusées d'avoir financé les opérations, avaient été acquittées.

Au cours du procès, certains des officiers avaient expliqué qu'ils avaient voulu mettre fin à la corruption, au tribalisme, aux salaires minables et à la mauvaise gestion des effectifs au sein de l'armée.

Un diplomate présent à Nouakchott a déclaré mercredi que la situation était calme, ce qui n'était pas le cas lors du putsch avorté de 2003.

« La dernière fois, il y avait eu beaucoup de coups de feu et tout le monde était paniqué. Aujourd'hui, même si certaines zones de Nouakchott sont interdites d'accès, (celles qui entourent la radio, le siège de la télévision nationale et le palais présidentiel), le reste de la ville continue de vivre normalement », a-t-il déclaré au cours d'une communication téléphonique.

Selon plusieurs témoins, les domiciles de certains membres du gouvernement ont été placés sous surveillance militaire. Certains chefs de l'armée auraient également été arrêtés ; toutefois, ces informations n'ont pu être confirmées.

[FIN]

[Les informations contenues dans ce bulletin vous sont parvenues via IRIN, un département d'informations humanitaires des Nations Unies, mais ne reflètent pas nécessairement les vues des Nations Unies ou de ses agences. Si vous réimprimez, copiez, archivez ou renvoyez ce bulletin, merci de tenir compte de cette réserve. Toute citation ou extrait devrait inclure une référence aux sources originales. Les rapports d'IRIN sont archivés sur internet sous : http://www.irinnews.org. Toute utilisation par des sites web commerciaux nécessite l'autorisation écrite d'IRIN. ]

Copyright (c) UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs 2005