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Mauritanie : La communauté internationale condamne le coup d'Etat en Mauritanie

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NOUAKCHOTT, le 5 août (IRIN) - Après le coup d'Etat sans effusion de sang qui a chassé du pouvoir le président Maaouya ould Talla, une nouvelle page politique s'ouvrait jeudi en Mauritanie. De nombreux Mauritaniens heureux de la tournure des événements attendent d'en savoir plus sur les intentions du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, le groupe de militaires qui a organisé le coup d'Etat et promis de gouverner pendant une période maximum de deux ans.
Dans le communiqué transmis à l'agence de presse nationale, le Conseil militaire a indiqué qu'il était composé de 17 membres issus des différentes composantes de l'armée nationale, un seul de ses membres ayant le grade de colonel, et qu'il s'engageait à restituer le pouvoir à la société civile après une période maximum de deux ans.

Le colonel Ely Ould Mohamed Vall a été nommé à la tête du Conseil militaire. Il avait participé au putsch de 1984 qui avait permis à Ould Taya d'accéder au pouvoir et avait occupé les fonctions de directeur de la sécurité pendant deux décennies.

Quelques heures après le coup d'Etat de mercredi, de nombreuses personnes enthousiastes sillonnaient les rues à bord de véhicules, klaxonnant et criant « A bas Taya » ou encore « Vive les putschistes ». Jeudi, la situation était redevenue calme et la population vaquait à ses occupations quotidiennes, en attendant les prochaines initiatives du Conseil militaire.

Quelques personnes s'étaient regroupées devant la prison de Nouakchott, espérant que les rumeurs sur la libération de tous les prisonniers politiques islamistes arrêtés sous Ould Taya seraient vérifiées.

« Il revient aux nouveaux décideurs de donner rapidement le ton, s'ils ne veulent pas être pris de court par une éventuelle action de sape des maîtres d'hier et de leurs alliés, surtout qu'ils ont les moyens financiers de déstabiliser le pouvoir », a indiqué Minetou Mint Mohamed, un fonctionnaire de Nouakchott, la capitale mauritanienne.

Une source proche du Conseil a révélé jeudi à IRIN qu'une nouvelle constitution serait élaborée au plus tard lundi prochain.

Entre temps, Vall s'est installé dans le palais présidentiel situé au cœur de Nouakchott.

L'ancien occupant de cette résidence, que les Mauritaniens appellent le « palais ocre », se trouvait encore au Niger. Ould Taya a été contraint d'y faire une escale technique après avoir été informé du coup d'Etat. L'ex-président rentrait d'un voyage en Arabie Saoudite où il avait assisté aux obsèques du roi Fahd.

Un coup d'Etat unanimement condamné par la communauté internationale

Alors que la communauté internationale condamnait unanimement le coup d'Etat des nouveaux maîtres de la Mauritanie, Vall rencontrait les diplomates en poste à Nouakchott. Il devait aussi recevoir plus tard les représentants des partis politiques et de la société civile.

Selon certains observateurs, le fait que le coup d'Etat n'a fait aucune victime et qu'il s'est déroulé pendant un voyage du président, décidé à la dernière minute, est la preuve que l'armée dans son ensemble souhaitait le départ de Taya. Par ailleurs, les scènes de joie observées dans les rues de la capitale et dans d'autres villes du pays laissaient penser que le coup d'Etat bénéficiait du soutien de la population.

Mais Vall peut s'attendre à une réaction moins enthousiaste de la part de la communauté internationale.

« Ce que tout le monde attend de la communauté internationale, c'est qu'elle se montre très ferme à l'égard des nouveaux maîtres de la Mauritanie. C'est une question de précédent », a déclaré Mike McGovern, directeur de projet - Afrique de l'Ouest pour la cellule de réflexion International Crisis Group. « En l'espace de six mois, nous avons eu le Togo, puis la Mauritanie aujourd'hui. Ce pourrait être le cas d'autres pays dans les six prochains mois ».

Le secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, les Etats-Unis, la France, l'ancienne puissance coloniale, et l'Union européenne ont unanimement condamné le coup de force en Mauritanie.

Jeudi, l'Union africaine a fait savoir qu'elle suspendait l'adhésion de la Mauritanie à l'organisation des 53 Etats d'Afrique « jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel ».

Mais à en croire certains observateurs, Ould Taya compte très peu d'alliés étrangers et personne n'a réellement de moyens de pression sur cette République islamique, coincée entre le Maghreb et l'Afrique noire.

Ould Taya avait coupé ses liens avec de nombreux pays subsahariens et s'était retiré de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). De plus, il s'était attiré les foudres d'une bonne partie des pays arabes alliés en établissant des relations diplomatiques avec Israël, s'était désolidarisé de l'Irak pour soutenir les Etats-Unis, et avait sévèrement réprimé les mouvements islamistes actifs dans le pays.

« La communauté internationale ne changera pas la situation en Mauritanie car aucun Etat ne dispose de moyens de pression importants », a indiqué Olly Owen, spécialiste Afrique du groupe Global Insight, à Londres.

Keeping promises?

Et que se passerait-il si la communauté internationale ne parvenait pas à rétablir l'ordre constitutionnel ?

Dans son premier communiqué, le Conseil militaire s'était engagé à créer les conditions favorables d'un jeu démocratique, après une période maximum de deux ans.

Une source proche du Conseil militaire a confié jeudi à IRIN que Vall souhaitait que la transition se fasse le plus rapidement possible.

Mais certains responsables politiques de l'opposition ont accueilli le coup d'Etat avec beaucoup de circonspection.

« Dans cette situation de crise, un changement de régime était inévitable. Mais nous aurions aimé que cela se passe de manière démocratique et que tous les partis y soient associés », a indiqué Messaoud Ould Boulkheir, président du parti de l'Alliance progressiste du peuple, lors d'une entrevue accordée à Reuters.

Certains observateurs ont aussi fait part de leur doute sur les velléités démocratiques des auteurs du coup d'Etat car bon nombre de ces militaires étaient de très proches collaborateurs de l'ancienne équipe dirigeante considérée comme très répressive. Aujourd'hui, ces mêmes collaborateurs condamnent les pratiques totalitaires du régime déchu.

Mais un facteur important pourrait rendre plus difficile la transmission du pouvoir à la société civile. En effet, la Mauritanie commencera à produire l'année prochaine 75 000 barils de pétrole par jour, à partir des champs pétrolifères offshore de Chinguetti. L'Etat espère également trouver d'autres gisements de pétrole « onshore ».

« Il est possible que certains membres du Conseil militaire remettent en question leur engagement à rétablir la démocratie en Mauritanie... car la manne pétrolière jouera un rôle déterminant », a indiqué M. Olly Owen de Global Insight.

« Cette éventualité peut conduire les membres du Conseil à prolonger la période de transition afin qu'ils puissent se succéder à eux-mêmes », a-t-il poursuivi. « Et pour la communauté régionale et internationale, le meilleur moyen de les en empêcher est d'adopter une attitude constructive face à la nouvelle donne politique en Mauritanie afin d'éviter cette tentation ».

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