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Mauritania Monthly Report: Glissement vers une situation de famine

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La saison sèche se prolonge dans les zones agropastorales du sud-ouest, du centre et du nord du pays. Dans le sud-est les cumuls de pluies enregistrés jusqu’à la fin de la deuxième décade d’août sont inférieurs à ceux de la même période de 2001 et de la moyenne 1987-2001. Dans de nombreuses zones agricoles les paysans ont dû ressemer leurs champs. Dans les zones dépressionnaires, les stades phénologiques les plus avancés sont au stade de montaison et tallage.

C’est dans la bande sud du pays frontalière avec le Mali (de la Moughataa de Maghama au Gorgol jusqu’à celle de Djiguenni au Hodh El Chargui) que l’on observe les pâturages les plus denses et les cultures les plus avancées mais même là, les paysans sont sceptiques sur l’issue de la campagne agricole. Partout ailleurs les paysans attendent encore leur première pluie utile pour semer.

Les conditions pastorales s’améliorent dans toute la partie est du pays mais elles demeurent particulièrement inquiétantes dans le centre et le sud-ouest du pays où les pertes animales se multiplient.

Les niveaux de l’insécurité alimentaire sont à des stades jamais atteints et les zones d’extrême insécurité alimentaire (Moughataas pastorales du Trarza, Moughataas de la vallée du fleuve Sénégal, celles de l’Aftout et celles des zones centrales des deux Hodh) glissent inexorablement vers une situation de pré famine. Les cas de malnutrition aiguë, de cécité nocturne, de scorbut, et même de décès dus à des problèmes de sous alimentation et de soif se multiplient dans l’Aftout. Les stratégies de survies principalement axées sur la gestion des maigres subsides envoyés par leurs « parents émigrés » ne sont plus suffisantes pour gérer la crise alimentaire qui prévaut.

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) n’arrive toujours pas à mobiliser les fonds nécessaires pour intervenir. Les distributions alimentaires sporadiquement organisées par le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) n’ont pas été suffisantes pour arrêter la dégradation alimentaire en cours.

Dans tout le pays, les prix de toutes les denrées alimentaires (céréales traditionnelles et produits importés) sont en hausse et dans certaines zones de production (Wilayas de Trarza, Brakna, Gorgol et Hodh El Chargui) le prix du sorgho a atteint des seuils jamais connus. Pourtant, à l’exception du sorgho, l’offre en denrées alimentaires est bonne. Le marché est bien approvisionné en produits alimentaires importés pour ceux qui ont les moyens d’en acheter.

I: CONDITIONS NATURELLES ET LES FACTEURS DE PRODUCTION

I A: Les conditions pluviométriques

Au vu des données recueillies dans les stations pluviométriques, la 2ième décade du mois d’août a été assez pluvieuse surtout dans les wilayas du sud et sud-est du pays, avec une meilleure répartition des pluies dans le temps et où des cumuls décadaires dépassant 50 mm. Les wilayas du sud–ouest ont été moins arrosées (Tableau 1).



Peu de stations ont eu à ce jour un cumul saisonnier de pluie de 200 mm. Au Hodh El Chargui et Hodh el Gharbi aucune station n’a encore enregistré un cumul de 200 mm tandis que la normale à la même période s’élève entre 400 mm et 600 mm environ, selon les latitudes. En Assaba seule la station de Kankossa a enregistré 201,8 mm (11 jours). Au Guidimakha 3 stations sur 5 ont dépassé le seuil des 200 mm. Au Gorgol, l’unique station de Maghama a reçu 234,0 mm durant la saison en 9 jours de pluie.

Par rapport à la même décade de l’année précédente, il n’ y a que 5 stations qui ont enregistré un excédent de pluie. Il s’agit des stations de : Néma au Hodh El Chargui (+123,0 mm); Gouraye (+12,5 mm) et Wompou (+28,6 mm) au Guidimakha ; Maghama (+27,7 mm et Foum Gleïta (+62,4 mm) au Gorgol.

La comparaison avec la même décade de 2001 montre que toutes les stations sont déficitaires. Par rapport à la moyenne des 15 dernières années (1987-2001), trois stations seulement sur 60 sont excédentaires : Néma +84,8 mm ; Aïoun +28,3 mm et Kankossa +36,3 mm. Cette situation a accentué les difficultés de démarrage de la campagne agricole dans les wilayas du Brakna et du Trarza où on a enregistré des précipitations faibles et mal réparties dans le temps et dans l’espace (Figure 1).

La comparaison avec la moyenne révèle un important déficit pluviométrique dans le sud-ouest. Par contre, la comparaison avec la même décade de 2001 montre des situations relativement identiques dans l’ouest du pays (Trarza et ouest Brakna), une nette amélioration cette année dans le centre (Moughataa de Maghama au Gorgol, au Guidimakha, en Assaba, au Hodh El Gharbi et dans de nombreuses poches du Hodh El Chargui. Dans le sud-ouest (Zone de Fassala Néré dans la Moughataa de Bassikounou) les déficits sont légers.

On peut donc considérer que la campagne agricole vient de démarrer dans toutes les zones agricoles ayant bénéficié des pluies de la deuxième décade d’août. Ces mêmes pluies sont venues renforcer le bilan hydrique des cultures réalisées dans les zones dépressionnaires et les abords des cours d’eau. Si les pluies se prolongeaient au-delà de septembre ces cultures pourraient arriver à maturation. Partout ailleurs (Trarza, Brakna, Tagant) les paysans gardent encore leurs semences mais la crise de confiance en la terre est telle qu’il n’est pas certain qu’ils sèment lorsque les pluies arrivent. Ils ne sont pas sûrs que les cultures arriveront à boucler leur cycle. Nombreux sont ceux qui ont déjà opté pour l’exode.

I B: Les conditions pastorales

Les conditions pastorales demeurent encore catastrophiques au Wilaya de Trarza et au Wilaya de Brakna même si avec les pluies de la deuxième décade d’août quelques poches de végétation ont commencé à apparaître au Trarza (zone de Tékane et R’Kiz). A l’exception des vaches laitières, alimentaient par l’aliment bétail acheté grâce à la vente de leur lait, tous les animaux de ces deux Wilayas sont en transhumance dans les Moughataas de Maghama et Selibaby ou hors du pays (Sénégal ou Mali). Chaque matin, les éleveurs sont obligés de se lever très tôt pour aider les bêtes affaiblies à se lever. On ne dénombre plus le nombre de carcasses dans les zones pastorales de ces Wilayas et même les ânes n’arrivent plus à tenir.

Les programmes de vente d’aliment de bétail développés par le Gouvernement, tels que la vente, aux éleveurs du blé avarié à 2.000 UM le sac de 50 kg, et la vente des aliments de bétail, sont insuffisants pour faire face au déficit de pâturage. La spéculation qui s’est organisée autour de ces programmes (le kg est vendu à 65 UM par les marchands spéculateurs contre 25 UM, prix officiel) écarte les petits éleveurs qui ne peuvent pas acheter un sac d’aliment bétail. En plus de cette absence de pâturage il existe un sérieux problème d’accès à l’eau. En dehors des zones proches du fleuve, les éleveurs ont des difficultés à abreuver des pertes à partir des puits dont les niveaux sont en baisse. Dans les zones centrales du Trarza et dans le nord et l’Aftout du Brakna, les populations sont parfois contraintes de faire plusieurs kilomètres pour se ravitailler en eau dans les rares villages privilégiés qui ont des forages.

A partir de 90 km à l’est de Kaëdi, la situation pastorale commence à s’améliorer. Les pâturages sont plus denses et au fur et à mesure que l’on va vers l’est, elle offre un aspect plus diversifié (Figure 2). L’importante surcharge pastorale pourrait se traduire par une baisse du potentiel pâturable si les pluies ne s’intensifient au cours de la 3ième décade d’août.

L’évolution des indices de végétation (carte 1) n’est vraiment pas significative par rapport à la troisième décade de juillet. Les effets des pluies de la deuxième décade d’août n’apparaîtront que sur les images prochaines.

Les comparaisons avec la moyenne et avec la deuxième décade de 2001 montrent d’importants déficits des indices normalisés de végétation (NDVI) dans tout le pays, sauf dans l’extrême sud de la Moughataa de Néma (cartes 2 et 3). Partout ailleurs le déficit est important et, comme au mois de juillet, il englobe aussi les régions sénégalaises et maliennes voisines, destinations de nombreux troupeaux d’animaux.





I C: Les facteurs de production agricole par typologie

Le dieri (cultures pluviales) est la seule typologie actuellement exploitée par les paysans du Guidimakha, du sud de l’Assaba et des deux Hodh. Au Gorgol, au Brakna et au Trarza, les cultures irriguées ont commencé.

Les perspectives du walo (cultures décrue) et des bas-fonds ne sont bonnes. La faiblesse de la crue fluviale ne permet pas encore d’envisager de prochaines cultures de walo et aucun des barrages de la Wilaya n’a encore retenu de l’eau.

Le Diéri (cultures pluviales) : Les pluies d’août ont amélioré le bilan hydrique des cultures pluviales dans le sud du Guidimakha (Moughataa de Sélibaby), de l’Assaba (Moughataa de Kankossa) et du Hodh El Chargui (Moughataa de Timbédra, Djiguenni et Bassikounou). Les cultures avancées de maïs et de sorgho, réalisées dans les zones dépressionnaires, nes sont qu’au stade d’épiaison, alors qu’à ce moment d’une année normale, les paysans pouvaient déjà consommer une partie de leur production verte.. Dans les hautes terres de ces mêmes zones les paysans continuent de semer.

Au Brakna, dans la Moughataa de M’Bagne, après la pluie du 21 Juin, certains paysans avaient semé dans les zones dépressionnaires. Ce sont de petites superficies où les cultures qui ont échappé aux attaques des animaux en divagation et des oiseaux granivores si nombreux qu’ils déterrent les semis sont maintenant au stade de tallage et de montaison. Dans les autres zones agricoles les paysans n’ont toujours pas semé.

Au Gorgol, malgré l’irrégularité des pluies, les paysans ont semé, principalement dans les zones d’écoulement des Moughataa de Maghama et de M’Bout. Les cultures y sont au stade de levée à montaison. Sur les hautes terres les semis n’ont commencé qu’à partir de la deuxième décade d’août. Dans le reste de la Wilaya, les paysans n’avaient pas, à la date du 22 août, encore semé. Techniciens agricoles et paysans sont unanimes à dire que dans cette dernière partie la campagne agricole est compromise même si la saison se prolonge jusqu’en octobre.

L’Irrigué : Les superficies emblavées sont en nette baisse par rapport à 2001.

Au Trarza : Les seules cultures en cours sont celles de l’irrigué. Cette année les superficies exploitées ont connu une baisse sensible par rapport aux années précédentes à cause d’une série de contraintes :

La faiblesse du crédit agricole alloué. Sur 175 dossiers présentés, le Crédit Agricole (caisse agricole gouvernementale) n’a accordé des prêts qu’à 48 coopératives. Il étudie actuellement la situation de 12 autres dossiers.

Le manque de semences de qualité.

Le manque de tracteurs pour travailler le sol.

Les lenteurs du système d’approvisionnement en intrants.

L’importante pression aviaire qui fait hésiter de nombreux paysans.

Les variétés de riz cultivées sont essentiellement le Sahel 108 et 202. Les paysans sont entrain de faire des semis directs mais leur crainte est grande. De part et d’autre du fleuve Sénégal, toutes les formations forestières sont envahies par les oiseaux. Les dégâts que ces déprédateurs ont causé sur les cultures de contre saison sont énormes et si rien n’est entrepris pour lutter contre ce fléau, une bonne partie des récoltes prochaines sera perdue.




Au Brakna : Comme au Trarza les seules cultures en cours sont celles de l’irrigué. La direction régionale de la Société nationale du développement rural (SONADER) estime à 2004 ha (1.695 ha pour la Moughataa de Boghé et 309 ha pour celle de Bababé) les superficies actuellement emblavées, en riz. La faiblesse de ces superficies résulte essentiellement des problèmes d’accès au Crédit Agricole. Seules 22 coopératives en ont bénéficié.

Au Gorgol : Les cultures irriguées sont en cours. La délégation régionale de la SONADER estime à 2.071 ha (dont 55 ha en sorgho) les superficies emblavées à la date du 14 août. En fait ces superficies concernent essentiellement la ville de Kaëdi où seules les deux périmètres totalisent 1.643 ha. De nombreuses coopératives villageoises n’ont pas pu réaliser des cultures faute de crédit agricole. Selon les techniciens rencontrés, les problèmes de disponibilité des semences et des engrais ont été réglés par la politique du Gouvernement mais, faute de pouvoir d’achat les coopératives villageoises, jugées non solvables par le Crédit Agricole, les paysans ne peuvent s’approvisionner.

I D: L’ Evaluation des conditions dans les espaces agro-pastoraux

Comme au mois de juillet, la Mauritanie reste divisée en deux zones :

1. Une zone favorisée qui s’étend du sud de la Moughataa de Sélibaby au Guidimakha jusqu’au nord de la Moughataa de Bassikounou au Hodh El Chargui. A la différence de juillet elle est moins homogène car on y observe d’importantes poches où la pluviométrie a été déficitaire jusqu’à la fin de la deuxième décade d’août.

2. Une zone sud-ouest déficitaire, tant par rapport à 2001 que par rapport à la moyenne. Elle est plus homogène et englobe les zones frontalières du nord du Sénégal (Régions du Fleuve) et du nord-ouest du Mali (zone de Kayes).

I D1: Les zones de bonnes conditions

Au Hodh El Chargui : C’est dans le sud de la Wilaya (du sud de la Moughataa de Néma jusqu’à la frontière malienne) que l’on trouve les meilleures conditions d’exploitation des activités agricoles et pastorales.

Au Hodh El Gharbi : La situation s’est nettement améliorée dans le sud de la Moughataa d’Aïoun et dans le nord de celle de Kobonni.

Au Guidimakha : A la différence du mois de juillet c’est seulement dans le centre et le sud de la Moughataa de Selibaby que les conditions sont bonnes. Toutes les stations du sud du pays ont enregistré plusieurs pluies (2 à 3 pluies utiles) avec des cumuls décadaires assez intéressants. Le nord de la Wilaya (Moughataa de Ould Yengé) a enregistré un important déficit pluviométrique. C’est dans le sud de la Moughataa de Selibaby que bénéficie des meilleures conditions agricoles et pastorales. Dans la zone de Gouraye (extrême sud de la Moughataa) la situation est meilleure (+ 40mm) que celle de la moyenne 1987-2001.

En Assaba : Il existe, dans le centre et le sud de la Moughataa de Kankossa, une large bande agropastorale où les conditions sont jugées bonnes. La forte affluence des troupeaux des Wilaya du nord et de l’ouest du pays vers cette zone nous autorise à confirmer ces informations.

A la frontière entre l’Assaba et le Tagant les pluies de la troisième décade de juillet et de la première décade d’août ont fortement amélioré la situation.

I D2: Les zones de conditions moyennes

Dans les deux Hodh : On note une sensible amélioration des conditions d’exploitation dans les zones centrales des deux Hodh mais, au vu des indices (Figure 2, carte 1) on est encore en deçà des conditions habituelles. Par contre, le long de la frontière malienne, la baisse des indices pourrait traduire les effets d’un arrêt pluviométrique entre la de 3ième dècade de juillet et la 2ième décade d’août.

En Assaba : Les conditions se sont également améliorées dans le sud de la Moughataa de Kiffa et dans celle de Barkéol.

Au Gorgol : Le Nord et l’ouest de la Moughataa de M’Bout qui ont reçu des pluies significatives ont démarré les activités agricoles.

I D3: Les zones de mauvaises conditions

Les conditions agropastorales demeurent encore mauvaises dans tout le Trarza, le Brakna, dans le nord et le centre du Gorgol (ouest de la Moughataa de Kaëdi et tout Monguel). Dans les zones centrales des deux Hodh, les conditions actuelles profitent surtout aux éleveurs des petits ruminants qui ont des pâturages et de l’eau. Les agriculteurs attendent encore.

II: CONDITIONS ALIMENTAIRES ET LES PERSPECTIVES

Elles continuent de se dégrader dans la vallée du fleuve et dans l’Aftout. Elles s’améliorent dans les autres zones pastorales mais des incertitudes planent encore sur les zones agricoles pluviales (dieri et bas-fonds) et sur le walo. A ce jour aucun programme consistant n’est venu corriger le déficit annuel de la production céréalière de la DPSE à 204.589 T. Les ponctuelles distributions réalisées par le PAM et le CSA sont bien loin de résoudre le problème. La hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires de base, à un moment où de nombreux ménages ont perdu le petit cheptel (depuis les intempéries de janvier) et où ils peuvent pas compter avec les apports écologiques (cueillette) ont eu raison des stratégies de survie développées par les populations rurales et de nombreux ménages sont déjà dans une situation de pré famine.

II A: Dans les zones de bonnes conditions

On ne parle plus de problèmes d’eau et de pâturages dans le sud et l’est du pays. Pour les éleveurs la crise est finie. Lorsque les conditions pastorales s’améliorent et que les conditions agricoles ne sont pas bonnes, il arrive que les éleveurs confient des bêtes aux agriculteurs de leur communauté. Ces derniers s’occupent de ces bêtes et en consomment le lait. Ainsi, les agriculteurs peuvent avoir du lait à consommer et renforcer leur système alimentaire basé sur la consommation de repas fait à base de feuilles (haricot, oseille, baobab etc.).

Pour les agriculteurs la consommation actuellement des premières productions agricoles (feuilles principalement) renforce les retombées alimentaires bénéfiques des relations d’entre aide entre ces deux communautés fondées sur la gestion directe ou indirecte des animaux. Malgré la distension du tissu social ces mécanismes fonctionnent encore lorsque un des groupes est éprouvé.

II B: Dans Les zones de conditions moyennes

Ce sont essentiellement des zones pastorales. Comme dans les zones de bonnes conditions, les pluies de la 1ième et 2ième décade d’août ont été bénéfiques aux éleveurs, même pour les éleveurs de bovins, qui ont arrêté les ventes abusives. Elles ont aussi revigoré les cultures qui avaient commencé à subir les effets de la pause pluviométrique de la 3ième décade de juillet.

II C: Dans les zones de mauvaises conditions

La situation est jugée catastrophique par tous les observateurs. Les missions du Groupement de Travail Pluridisciplinaire (GTP) qui ont sillonné le pays du 15 au 26 août sont unanimes à dire que des mesures d’urgence s’imposent dans ces zones où la soif et la famine ont commencé à faire des victimes.

Les pertes animales y sont considérables ce qui réduit d’avantage les capacités des populations à appliquer leurs stratégies de survie basées sur les animaux.

Le PAM vient de consommer une opération d‘urgence dans des zones ciblées et UNICEF s’efforce de faire démarrer, dans les zones d’extrême insécurité alimentaire, un programme de création et de renforcement des Centres d’Alimentation Communautaires (CAC).

Les ménages de la vallée du fleuve Sénégal et de l’Aftout sont toujours en situation d’insécurité alimentaire extrême, survivant grâce aux envois opérés par leurs émigrés. Les commerçants y sont de plus en plus réticents à prêter car les perspectives des prochaines récoltes (qui sont la principale source des hypothèques) ne sont pas du tout rassurantes.

III: LA DISPONIBILITE ET L’ACCCESSIBILITE ACTUELLES AUX PRODUITS ALIMENTAIRES

III A: La situation nationale

La situation s’améliore sensiblement avec l’installation progressive de la saison des pluies. Des effets du lourd déficit céréalier (204.589 tonnes) vont être allégés par l’amélioration de la production du lait chez les éleveurs et les agropasteurs. D’ailleurs, l’augmentation de la valeur marchande des petits ruminants (qui prennent de l’embonpoint avec les nouveaux pâturages) va renforcer leur pouvoir d’achat et améliorer leur accès à des marchés toujours bien approvisionnés en denrées alimentaires importées.

Dans les bidonvilles des grands centres urbains (Nouakchott et Nouadhibou) les conditions alimentaires continuent de se dégrader. Les ménages surchargés continuent néanmoins d’accueillir les arrivants.

Dans tous les marchés, les prix de toutes les denrées alimentaires sont en hausse. Dans certaines zones de production, le prix du moud (4 kg environ) de sorgho est à un seuil jamais atteint de mémoire d’homme (720 UM à M’Bagne, 680 UM à Bababé, 700 à Magta-Lahjar).

III B: La situation actuelle dans les pays limitrophes

Les zones maliennes et sénégalaises frontalières apparaissent, selon les images satellitaires, aussi déficitaires que la Mauritanie. Les offres maliennes de céréales se sont fortement réduites (ceci peut, en partie, expliquer la hausse des prix du sorgho et du mil dans les deux Hodh). Au Sénégal l’offre en riz est assez importante et les prix sont nettement moins élevés que ceux pratiqué en Mauritanie (l’équivalent de 4.300 UM un sac de 50 kg dans les marchés frontaliers de la Mauritanie, contre 8.000 UM à Nouakchott) mais les importations sont interdites et les services douaniers veillent le long de la frontière.

III B1: L’offre de denrées de base et l’évolution des prix

Les prix au détail, du sorgho et des denrées alimentaires de base importées, continuent leur hausse (Tableau 2).



III B2: L’acces alimentaire

L’accès alimentaire ne se fait, dans la majeure partie des zones rurales, que par le biais des emprunts, des achats et des envois organisés par les migrants. Depuis plus de quatre ans les stocks familiaux sont vides.

Les conditions d’accès à l’eau se sont améliorées sauf dans l’Aftout du Gorgol et du Brakna.

Dans les deux Hodh, l’Assaba, le Guidimakha et l’est du Gorgol, les éleveurs disposent de meilleures conditions d’accès alimentaires. Ils ont du lait et peuvent vendre leurs animaux de meilleurs prix. Dans les autres zones pastorales, les éleveurs qui n’avaient pas pu partir en transhumance à temps subissent d’énormes pertes animales.

Dans les zones périurbaines des grandes (Nouakchott, Nouadhibou et Zouerate) et des villes rurales (Kaëdi, Kiffa, Aïoun et Néma) les conditions d’accès alimentaire continuent de se dégrader.

IV: LES ZONES ET LES GROUPES ACTUELLEMENT VULNERABLES

Au Trarza : C’est les Moughataa de Méderdra, R’Kiz et Rosso qui sont les zones les plus vulnérables. Les agriculteurs et les éleveurs appauvris par les intempéries de janvier y vivent une situation d’extrême insécurité alimentaire. Le cumul, depuis quatre années, des mauvaises productions céréalières, dans le walo et l’irrigué, a fortement éprouvé les populations des Adwaba et des villages de la vallée du fleuve Sénégal. Des ménages du village de Bezoulé I ont confié, qu’il leur arrivait de faire trois jours successifs sans avoir un repas consistant. La solidarité locale fonctionne à plein temps et on s’efforce de nourrir en priorité les enfants, les vieillards et les femmes.

Au Brakna : Déjà au mois d’avril un paysan de Olo Ologa (Ould Birom), dans la Moughataa de Boghé, nous avait dit « Nous vivons d’emprunt de blé et de riz ». A ce stade la saison aucun facteur n’est venu corriger la situation. A la différence d’avril où nous n’avions observé que des formes de marasme physique, principalement chez les adultes, aujourd’hui la pré famine se lit dans tous les regards. Il est pratiquement impossible de voir un feu de cuisine les soirs dans la majeure partie des villages de la Wilaya. Les Hakhem (Préfet) de Boghé, Bababé, M’Bagne et Magta-Lahjar qui ont récemment accompagné le Wali (Gouverneur) dans sa tournée dans leurs circonscriptions administratives sont unanimes à déplorer la situation alimentaire qui y prévaut. Dans la ville de Boghé, au cours de la semaine du 12 au 18 août, le service médical a constaté 36 cas de diarrhée liés à des intoxications alimentaires (consommation d’aliments de famine mal transformés, absorption d’eau non potable etc.).

Le médecin chef de l’hôpital de Bababé affirme avoir observé de nombreux cas de malnutrition, tant chez les enfants que chez les adultes dans tous les villages du nord de la Moughataa et dans ceux de la vallée du fleuve.

Dans tout l’Aftout du Brakna (le nord des Moughataa de Boghé, Bababé et M’Bagne, le sud de la Moughataa d’Aleg et l’ouest de celle de Magta-Lahjar) la soif est venue aggraver la dégradation des conditions alimentaires.

On se souvient qu’en avril l’UNICEF, la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM) et CARITAS avaient coordonné leurs programmes pour ouvrir des Centres d’Alimentation Communautaires (CAC) des boutiques villageoises et des banques de céréales. Certains de ces CAC ont actuellement des problèmes de vivres et sont incapables de contenir le flot des « demandeurs d’asile ». Voilà quatre années consécutives que ces populations vivent dans l’insécurité alimentaire. Cette année, les intempéries de janvier leur ont arraché leur principal outil de gestion des crises, leur bétail. Elles sont en situation d’extrême insécurité alimentaire et certaines sont déjà en situation de pré famine.

Au Gorgol : La situation alimentaire est critique dans la Moughataa de Monguel, particulièrement dans les zones de Melzem Teïchett et Azgueïlem. Dans la Moughataa de M’Bout ce sont les zones agricoles des communes de Tikobra, Cheklet Tiyab, Soufa, Tarenguel que la situation alimentaire est particulièrement difficile. A Lembeïdiyat à 18 km à l’est de M’Bout, on a observé de nombreux cas de cécité nocturne. Dans tout l’Aftout du Gorgol, environ dans 320 Adwaba étalés entre Monguel, M’Bout et le nord de Maghama, on ne mange plus les soirs et les mécanismes de gestion de cette insécurité alimentaire sont uniquement organisés autour des emprunts sur hypothèque.

L’insécurité alimentaire est aggravée par les difficultés d’accès à l’eau. Il n’ y a rien de plus désolant que ce spectacle d’enfants, couchés et mourants de faim et de soif.

Pour faire face à la situation le Hakhem de Monguel propose l’utilisation de citernes pour alimenter les villages en eau et la distribution d’une aide alimentaire d’urgence.

Au Guidimakha : La Moughataa de Ould Yengé et les zones centrales de la Moughataa de Sélibaby peuplées de Haratins agriculteurs et de Peuls ruinés connaissent une situation de haute insécurité alimentaire.

Dans les deux Hodh : Les agriculteurs des parties nord et centrale et des Moughataa de Amourj, Bassikounou, Djiguenni, Timbédra au Hodh El Chargui et de Kobonni et Tintane au Hodh El Gharbi vivent un léger mieux grâce à l’amélioration de leurs conditions d’accès à l’eau. Leur situation d’insécurité alimentaire extrême pourrait légèrement baisser si la tendance pluviométrique actuelle se maintenait jusqu’à la fin du mois d’octobre parcequ’ils arriveront au mois à cultiver les bas-fonds.