Mali

Un meilleur accès au crédit stimule la production agricole au Mali

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LES POINTS MARQUANTS

  • Les agriculteurs maliens obtiennent difficilement des prêts auprès des banques qui jugent le financement de l’agriculture trop risqué.

  • Les banques commerciales ne proposent pas de produits financiers adaptés aux besoins des agriculteurs, ce qui freine la production agricole.

  • La Banque mondiale appuie aussi bien les producteurs agricoles que les banques maliennes, en fournissant une assistance technique et une formation sur le développement agricole.

BAMAKO, 31 mars 2015 - Au Mali, un agriculteur se voit refuser un prêt sept fois sur dix car le financement du secteur agricole est considéré comme un investissement à haut risque du fait des contraintes des cycles agricoles, des conditions météorologiques imprévisibles, de la petite échelle de production et des compétences techniques limitées des agriculteurs et éleveurs.

Par ailleurs, la création d’un dispositif de garantie contre les risques de défaillance de l’emprunteur demeure un défi dans un environnement où le régime foncier est mal défini et le système judiciaire ne prévoit pas ce type de mécanisme. Les produits financiers proposés par les banques maliennes ne sont souvent pas adaptés aux besoins des agriculteurs comme l’illustre le manque de crédit à long terme dont ont souvent besoin les nouveaux producteurs de mangues, de papayes, de bananes ou de noix de cajou. De plus, les financements sont généralement accordés à la fin de la saison agricole lorsque les producteurs en ont le moins besoin.

« Les banques maliennes sont des banques commerciales et non agricoles. De ce fait, elles peinent à accompagner les activités agricoles dont elles ne maîtrisent pas les spécificités. Cela pose notamment un problème de rythme de remboursement des prêts puisque les banques ne tiennent pas compte des cycles agricoles », constate Moussa Sylvain Diakité, un producteur et exportateur de mangues basé à Bamako.

Afin de répondre aux besoins des agriculteurs, d’augmenter la production agricole et d’accroître le nombre de petites et moyennes entreprises dans le pays, la Banque mondiale s’est associée au gouvernement malien pour mettre en œuvre le Projet de compétitivité et de diversification agricole (PCDA). Celui-ci vise à soutenir un partenariat entre les producteurs et les banques commerciales pour développer l’agriculture malienne.

L’objectif principal de ce projet est d’améliorer la chaîne de production de certaines filières agricoles, d’élevage et de pêche pour lesquelles le Mali dispose d’un réel avantage comparatif. Le projet met notamment l’accent sur le développement du secteur privé et des investissements, ainsi que l’accès au financement et aux infrastructures commerciales.

Pour atteindre ce but, la Banque mondiale fournira une assistance technique et financière aux entrepreneurs qui recherchent un financement. Elle soutiendra également le renforcement des capacités de gestion de ces entrepreneurs et la formation des banquiers pour qu’ils puissent mieux comprendre le développement agricole.

Le coordinateur du projet, Sory Ibrehima Diarra précise que ce projet est financé par deux fonds qui permettront de garantir les risques liés au crédit à l’agriculture : le Fonds d’innovation et d’investissement (FII) et le Fonds de Garantie (FG).

« A travers le FII, le PCDA octroiera des financements à coûts partagés selon un système à trois niveaux. Le premier niveau est destiné aux très petites entreprises dont le besoin en investissements est inférieur à 15 millions de francs CFA. Le projet subventionne 75 % de l’investissement et l’apport personnel est de 25 %. Le deuxième niveau finance les petites et moyennes entreprises dont les besoins en investissement sont estimés entre 15 et 50 millions de francs CFA. Dans ce cas, le projet prend en charge 50 % des investissements et le bénéficiaire assure les 50 % restants. Le projet soutient enfin à hauteur de 75 % les grandes entreprises dont le coût des investissements est supérieur à 50 millions de francs CFA sous la forme d’appui technique ou d’expertise avec un plafond de 30 millions de francs CFA », explique M. Diarra.

Ce système fonctionne de la même façon qu’une banque, où le risque est partagé entre le bénéficiaire du prêt et le projet. Un apport personnel assure un engagement de la part de l’emprunteur à honorer son prêt et le risque qui lui est attaché.

Un dépôt de 500 millions de francs CFA du Fonds de Garantie du PCDA auprès de deux banques commerciale permet de garantir à hauteur de 50% les risques des financements.

« Le Projet de compétitivité et de diversification agricole vise à diminuer le risque lié aux investissements dans les activités agricoles grâce à un appui technique, aux nouvelles technologies et à une meilleure connaissance des mécanismes de production et des principaux acteurs du secteur », ajoute Yeyandé Kassé Sangho, expert de la Banque mondiale.

Le projet soutiendra d’autres aspects de l’industrie agricole tels que la commercialisation et la mise en place d’outils de gestion des entreprises. Les subventions et études techniques produites par le Fonds d’innovation et d’investissement contribueront à mettre en relation les entrepreneurs agricoles et les banques, ainsi qu’à former les exploitants agricoles aux outils de gestion des entreprises et les banquiers aux risques agricoles.