Mali

Service et sacrifice – Les Casques bleus ivoiriens au Mali engagés dans la quête pour la paix

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Des casques bleus du contingent ivoirien de la MINUSMA en patrouille dans la région de Tombouctou au Mali © MINUSMA

Parmi les forces de maintien de la paix des Nations Unies, la MINUSMA, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, est sans doute la plus fréquemment visée par les groupes armés terroristes qui sévissent au Sahel. Le contingent ivoirien basé à Tombouctou, au nord du pays, a hélas été victime d’une de ces attaques.

Depuis 2013, 158 Casques bleus ont laissé leur vie dans des actes hostiles. Parmi eux, quatre Casques bleus ivoiriens ont été tués le 13 janvier dernier au cours d’une attaque contre un convoi de véhicules blindés de leur compagnie basée à Tombouctou. Un engin explosif improvisé a sauté au passage du convoi et des tirs nourris ont ensuite eu lieu.

Malgré cet environnement difficile et imprévisible, les Casques bleus de l’unité ivoirienne au sein de la MINUSMA ne ménagent aucun effort pour mener à bien le mandat des Nations Unies, comme l’a expliqué à ONU Info, le Major Kouassi Gbezike Romeo Descar, commandant en second du bataillon ivoirien à Tombouctou. Son unité, composée de 650 hommes et femmes, s'efforce de surmonter les menaces sur le terrain.

En 2017, la Côte d’Ivoire a envoyé sa première unité combattante de 150 soldats au Mali, qui a rejoint la force de l'ONU à Tombouctou. Des casques bleus du contingent ivoirien de la MINUSMA, la mission des Nations Unies au Mali, en patrouille dans des villages.

ONU Info : Depuis combien de temps le contingent ivoirien est-il au Mali ?

Romeo Descar : Le déploiement du contingent ivoirien, je dirais, est un peu atypique parce que nous avons été déployés sur 10 mois. Les premiers personnels sont arrivés à Tombouctou le 18 novembre 2019, c'est à dire moi-même et un certain nombre de personnels. Et puis on a dû attendre le 27 septembre 2020, pour que tout le bataillon soit réuni. Et la cause c'était la maladie à coronavirus qui a fait qu’effectivement le bataillon a dû se déployer sur tout ce temps-là. Donc, on dira simplement que les premiers personnels sont arrivés le 18 novembre 2019 et les derniers sont arrivés le 27 septembre 2020.

ONU Info : Quelle est la taille du contingent ? Avez-vous des femmes au sein du contingent ivoirien?

**Romeo Descar : **Le contingent est composé de 650 personnels. Et à l'intérieur nous avons 25 femmes. C'est vrai que ça ne fait que 4%. Les Nations Unies nous conseillent d’aller jusqu’à 15%. Mais c'est quand même le premier bataillon ivoirien à être déployé sur un théâtre International et donc je crois que, avec le temps, on va augmenter ce pourcentage.

ONU Info : Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre les forces armées de votre pays ?

Romeo Descar : D'abord, c'est par vocation. Parce ce que vous savez que souvent dans la famille, on a les parents qui sont des forces armées, donc nous sommes un peu admiratifs de ce qu'ils font. Et du coup tout jeune, on a cette vocation. Et puis en grandissant on a essayé de faire les études qu'il fallait pour pouvoir un jour rejoindre les forces armées.

ONU Info : La MINUSMA, est-ce votre première mission ? Et quand avez-vous avez commencé ?

Romeo Descar : Pour la Côte d'Ivoire particulièrement, c'est la deuxième mission parce que la Côte d'Ivoire a déjà un contingent en Centrafrique. Et puis pour le Mali, c’est le premier bataillon en tout cas.

Personnellement, c'est ma première mission mais j'ai eu quand même la chance de côtoyer un peu le milieu. Je suis actuellement instructeur à l'école de maintien de la paix de Bamako. Je suis instructeur temporaire dans cette école depuis 3 ans. Et puis également je suis instructeur pour le compte des Nations Unies à New York. Donc de temps en temps, quand même, on tourne dans différents pays pour former des pools d’instructeurs, ou même pour sensibiliser les gens sur la paix. J'interviens plus dans le domaine de la protection des civils et puis dans la formation des officiers d'état-major qui sont déployés dans les différentes missions.

Cette petite expérience d’instructeurs m’a permis de côtoyer le milieu des Nations Unies et ça a été un peu, je vais dire, une aubaine pour notre contingent parce qu’on avait quand même certains personnels qui avaient fait ce genre de choses. Ça a donc permis d'apporter quelque chose au bataillon dans le déploiement.

ONU Info : Comment se déroule, pour vous, une journée type sur le terrain ?

Romeo Descar : Ce sont des journées très bien remplies. Parce que nous sommes 650. C'est vrai que les 650 ne font pas les mêmes choses en même temps. Au petit matin, au réveil, on a les différentes compagnies qui font leur rassemblement où le commandant de compagnie va donner les instructions de la journée. À côté de ceux-là, on a le commandant du bataillon ou son adjoint, que je suis, nous avons une réunion avec le centre opérationnel pour d'abord faire le point des activités de la veille, ce qu'on appelle le Morning Brief et puis ensuite appréhender les activités de la journée. Lorsque l'état-major du secteur nous envoie des ‘’task orders’’, nous voyons, nous nous organisons pour les exécuter. Et effectivement, ceux qui doivent aller sur le terrain, c'est-à-dire à l'extérieur du camp, ils y vont. Ceux qui doivent rester pour la défense du camp, rejoignent leurs différents postes. Et puis, bien sûr, différents éléments qui descendent du service le matin vont se reposer ou se relaxer un peu. Et puis certains d’autres vont s’occuper de tout ce qui est entretien du casernement.

ONU Info : On sait que la mission au Mali, la MINUSMA, est une mission difficile pour vous tous. Quel a été personnellement, pour vous, mais aussi pour votre contingent, le moment le plus difficile ?

Romeo Descar : Le moment le plus difficile, c'est lorsque nous avons perdu nos amis, pendant une mission. Nous étions chargés de recueillir un convoi logistique à la limite du secteur de Mopti et puis d'ouvrir la voie à ce convoi logistique. Et en accomplissant cette mission, malheureusement, l'un de nos engins a sauté sur un un engin explosif improvisé, et malheureusement, nous avons perdu 4 amis. Il y a 2 autres qui sont pratiquement handicapés. Et ça, ça a été vraiment un moment très difficile pour, non seulement ceux qui étaient sur le terrain, mais aussi ceux qui étaient en base arrière, parce que avoir une telle nouvelle, ça choque tout le monde. Mais, on a pu remonter cet évènement et puis nous remettre tout de suite au travail. En tout cas, ça a été le moment le plus difficile depuis que nous sommes là.

ONU Info : Et quand des moments comme cela arrivent, comment faites-vous face à ces défis ? Avez-vous des réunions tous ensemble, quelqu'un qui vous soutient ? Parce que c'est vraiment un choc émotionnel et personnel, n'est-ce pas ?

Romeo Descar : Effectivement. Déjà quand ce genre de moment arrive au niveau du commandement, on a l'obligation de parler à nos hommes mais de leur parler non seulement militairement mais aussi leur parler avec notre cœur. Parce que tout de suite il est difficile de faire baisser la pression. Mais les uns, les autres comprennent que nous sommes quand même des militaires et nous nous sommes engagés pour faire un travail. Donc nous nous attendons plus ou moins à ce genre d’évènements. C'est vrai que nous ne le souhaitons pas, mais nous nous y attendons. Et alors le commandement prend vraiment le taureau par les cornes pour galvaniser les troupes. Et surtout que ceux qui sont en face, ils combattent d'une façon lâche. Ils n’utilisent pas les moyens conventionnels pour combattre.

Donc c'est vrai que nos amis sont tombés sous ce type de menaces qui sont les EEI. Mais ça reste une fierté pour nous lorsque l’on sait qu’ils n'ont pas osé se confronter directement à nous, qu'ils ont usé de perfidie. Voilà, il y a une certaine fierté et le commandant du bataillon utilise ces éléments là pour quand même, apporter la motivation. Et puis, au sein du bataillon nous avons un psychiatre qui joue un peu le rôle de psychologue du bataillon. Donc avec ses interventions et puis les visites qu'il fait aux différents personnels, les choses se remettent tout doucement en place.

ONU Info : Au niveau du contingent, comment faites-vous face aux défis ? Est-ce que vous avez des structures pour affronter les défis sur le terrain comme les attaques ? Est-ce que vous préparez les hommes pour ce genre de défis ?

Romeo Descar : Effectivement, vous savez le métier du militaire déjà, les bases sont la formation et l'entraînement. Tout militaire qui rate son entraînement, je dirais n’ait même plus un militaire. Mais à ajouter à cela, il y a cette volonté d'accomplir sa mission, le professionnalisme avec lequel les personnels sont engagés au quotidien. Donc c'est vrai que nous avons le matériel qu'il faut. Mais en même temps, les hommes sont les pièces maîtresses de l'utilisation de ces matériels. Donc ces personnels-là doivent être vraiment formés. Et quand je dis formés, ce n'est pas vraiment, comme on le dit chez nous les militaires, ce n'est pas dans du coton. Il faut vraiment les former et les entraîner régulièrement à ce genre de défis. Et quand ils vont sur le terrain, ils sont conscients de leurs capacités déjà, mais en même temps, la volonté de professionnalisme qu'ils ajoutent à cela leur permet véritablement d'accomplir la mission avec brio. Et je peux vous dire, au niveau du secteur ouest à Tombouctou, le bataillon ivoirien a reçu beaucoup de félicitations. On a même eu une de nos personnels féminins qui a été distingué par les Nations Unies pour ses activités sur le terrain. C'est dire combien de fois cette unité sur le terrain, travaille avec efficacité et arrive à se mettre au-dessus de tout ce qui est menaces sur le terrain.

ONU Info : On a parlé des moments difficiles, mais je suis sûre qu'il y a eu des moments gratifiants pour vous et pour tout le contingent. Est-ce que vous avez des exemples de moments gratifiants et dont vous êtes fier ?

Romeo Descar : En arrivant ici en 2019, il y avait beaucoup d'appréhension parce que nous savons que le Mali, c'est quand même un théâtre difficile. Le climat est difficile, les menaces sont réelles et ce sont des menaces que dans notre pays nous n’étions pas véritablement confrontés. Donc il y avait déjà des appréhensions.

Mais avec les conseils, avec la volonté d’accomplir sa mission, on s'engage. Et puis quand nous sommes arrivés, nos premières missions étaient dans des localités qui n’avaient jamais été visitées par les Nations Unies. Et c'est nous qui, en premier, ont ouvert les portes de ces différentes localités. Vous comprendrez que les personnes, les populations qui sont dans ces localités, souffraient beaucoup de l'insécurité qui existait. Et lorsqu'elles ont vu les Nations Unies pour la première fois arriver dans leur localité, c'était vraiment une grande émotion. Une émotion non seulement pour les populations mais aussi pour nos hommes qui ont vu qu'ils apportaient quelque chose d'essentiel à ces populations. Nous avons profité pendant cette mission pour offrir quelques petits présents. Et puis la communion avec la population et heureusement que la Covid-19 n’existait pas encore. Cela a été vraiment un véritable moment d'échange, de communion avec cette population. Il y a même certains militaires qui ont pleuré quand ils ont vu les populations très émues. Et ça c'est quelque chose qui a marqué vraiment nos hommes.

ONU Info : Est-ce que votre contingent a des bons rapports avec la population malienne ?

Romeo Descar : Nous avons des très bons rapports parce que partout où nous sommes passés, nous avons eu vraiment des rapports excellents avec les autorités civiles, politiques et même les militaires maliens, nous avons de très bons rapports avec eux. Et même avec certains groupes signataires. Quand nous y allons, nous les rencontrons, nous leur rendons visite et ensemble nous travaillons à la sécurisation des différents personnels. Et avec les populations, il y a vraiment une interaction de l'unité ivoirienne avec la population et cela fait chaud au coeur.

ONU Info : Vous êtes arrivé à la veille de la crise de la Covid-19 et vous étiez là pendant la durée de la Covid-19. Quel a été son impact sur votre travail sur le terrain et sur le travail de vos troupes pendant cette période ?

Romeo Descar : La Covid-19 a eu vraiment un impact sur notre bataillon. Parce que déjà à l'engagement, c'est à dire au déploiement. La maladie a interrompu sur un long moment le déploiement du bataillon. Donc le peu de personnel qui était premièrement déployé, a dû assurer seul la mission. Vous comprendrez que ce n’était pas de tout repos. Les hommes étaient vraiment engagés tout le temps pour assurer les différentes missions. Mais au-delà de ça, les règles barrières qui ont été édictées pour éviter les différentes contaminations ont beaucoup joué également sur nous. Parce que le théâtre malien est véritablement un théâtre stressant.

Après la mission, les hommes ont besoin de se retrouver, ils ont besoin d'organiser les jeux, ils ont besoin d'être ensemble. Mais avec la maladie c'était vraiment quasi impossible. Donc du coup les personnels revenaient des missions, ils étaient cloitrés dans leur chambre et on ne se voyait pratiquement pas. Et même quand on se voyait, c'était vraiment à distance. On avait interrompu beaucoup d'activités de cohésion. Mais Dieu merci, avec l’arrivée du vaccin, les choses sont rentrées dans l'ordre. Aujourd'hui, on a vraiment repris à revivre sur le camp de Tombouctou et tout va vraiment bien.

ONU Info : Avez-vous soutenu la population et les autorités pendant la crise de la Covid-19 ?

Romeo Descar : Le bataillon n’a pas directement soutenu la population parce qu’on avait certaines consignes. Mais, nous avons participé indirectement auprès du pilier civil de la MINUSMA qui intervenait au niveau de la sensibilisation auprès de la population. Nous avons eu souvent la charge de protéger ce personnel qui sortait, qui allait un peu partout pour cette sensibilisation. Donc je dirai oui, de façon indirecte, nous avons participé en protégeant le pilier civil qui faisait ce travail-là. Mais pas vraiment directement.

ONU Info : Des questions, peut-être, un peu plus personnelles. Vous êtes ivoirien et vous êtes au Mali. Est-ce parfois difficile d'avoir sa famille dans son pays et d'être au Mali ? Est-ce que vous avez la chance de rentrer au pays ? Comment ça se passe pour vous ? Est-ce qu’il y a des moments difficiles ?

Romeo Descar : Bien sûr. Déjà, en quittant la famille, c'est assez difficile. Souvent, certains d’entre nous ont des petits enfants. Et forcément après 3, 4 mois, vous aurez une permission, donc l’enfant que vous avez laissé derrière vous, il a pris quand même quelques mois et souvent il ne vous reconnait pas tout de suite. Et quand vous arrivez, c'est un peu émouvant.

Mais ici on a mis certaines structures en place pour permettre aux hommes d'interagir régulièrement avec leurs différentes familles. Au niveau de la MINUSMA, il est prévu des périodes de congé où les hommes, chaque 6 mois, peuvent aller faire 21 jours au pays avec leur famille. Et au niveau du bataillon nous avons des structures de welfare que nous avons mises en place avec la connexion Internet qui permet vraiment à notre personnel de causer tous les jours, quand ils sont libres en tous les cas, de vraiment causer avec leur famille et le temps qu'ils veulent. Il n’y a pas de restriction dans l'utilisation de l'Internet, on les laisse vraiment s’épanouir avec leur famille parce qu'ils ne peuvent pas rentrer les voir tout de suite. Sinon ce sont vraiment des moments difficiles. Et même quand on a envie de les joindre et que souvent l’Internet est coupé ou que le réseau ne passe pas bien alors là c’est encore plus dur.

ONU Info : Qu'est-ce que cela représente pour vous d'être Casque bleu ?

Romeo Descar : Casque bleu pour nous, on se considère un peu comme une barrière. Une barrière, un mur qui est érigé entre les crises, entre le conflit et la paix. Donc pour nous et comme on le dit, chez nous les militaires, nous sommes les sacrifiés de l'humanité pour sa survie. Et c’est à cela que nous nous engageons. D'accepter le sacrifice suprême pour que l'humanité puisse survivre. Et c'est ça le leitmotiv d’abord du militaire. Et puis le Casque bleu, c'est celui qui est à la recherche de la paix et de la sécurité. Donc qui va se mettre entre effectivement ce conflit là et la paix qui est menacée. Donc pour nous, nous voyons le Casque bleu comme cet élément qui va fermer la brèche qui s’est créée, qui va créer le mur entre la crise et la paix et faire en sorte que la paix soit préservée. C’est cette façon que nous voyons le Casque bleu.

ONU Info : Et pour vous personnellement, être engagé en tant que Casque bleu, est-ce une cause noble, qu'est-ce que cela représente pour vous ?

Romeo Descar : Oui, c’est une cause noble. Tout militaire rêve de cela. Parce que déjà lorsque nous nous engageons dans nos différents pays, c'est effectivement avec l'intention de protéger les populations, de garantir la paix et la sécurité pour notre pays déjà. Et c’est en faisant cela que la reconnaissance de nos autorités nous est accordée, de sorte à pouvoir apporter cette expertise au niveau international. Donc je dirais pour nous les militaires, c'est une sorte d'aboutissement du travail que nous accomplissons dans notre pays mais également que nous sommes en mesure aujourd'hui d’accomplir sur le plan international et c'est vraiment avec fierté que nous le faisons. C'est vrai, certains diront qu'il y a un certain pécule en arrière, mais au-delà de ça, c'est surtout cette volonté d’aider, d'apporter quelque chose, de participer à une certaine construction. C'est cela qui motive plus le militaire que nous sommes.

ONU Info : Est-ce important d'avoir des jeunes qui rejoignent la famille des Casques bleus et pourquoi ?

Romeo Descar : Oui, je dirai, c'est essentiel. C'est essentiel parce que ne dites-on pas que le monde de demain appartient aux jeunes. Alors si le monde de demain appartient aux jeunes parce que nous, nous partirons bientôt, si Dieu le permet, j’espère que nous serons là encore pour quelques temps. Mais le monde de demain appartenant aux jeunes, c’est maintenant qu'ils doivent apprendre à le préserver. C'est maintenant qu'ils doivent apprendre à faire la paix. Parce que s’ils veulent garantir leur survie de demain, c’est maintenant qu'il faut qu'ils s'engagent pour la paix. Alors je dirai oui, il est vraiment primordial que les jeunes participent aux différentes missions de paix dans leur propre intérêt, parce que demain, c'est eux qui profiteront de cette paix.

ONU Info : Que diriez-vous à quelqu'un qui voudrait devenir un soldat de la paix ?

Romeo Descar : Je vais l’encourager. Je vais l'encourager à venir parce que si nous sommes plus nombreux, si les Casques bleus sont plus nombreux, c'est clair que notre voix portera. On criera plus fort à la paix. Alors je pense qu’on aura le dessus sur différentes crises que nous connaissons. Alors je dirais à tous ceux qui veulent rejoindre les Casques bleus, de ne pas avoir de réserve, de foncer, d'y aller. C'est bon d'apporter quelque chose à humanité, c'est bon d’apporter sa pierre. Alors je donnerai tous mes encouragements à de telles personnes.

ONU Info : Est-ce important aussi d'avoir des contacts avec d'autres contingents de différentes nationalités qui font partie de la grande famille des Nations Unies ?

Romeo Descar : Ah oui, c'est très important. C’est très important et nous le vivons ici au quotidien. Vous savez quand on parle des Nations Unies, ce sont aussi bien les civils, les policiers que les militaires. Et je prends le cas particulier de Tombouctou. Lorsque nous sommes arrivés, nous étions un peu les petits qui venaient d’arriver, donc qui ne savaient pas grand-chose. Mais nous avons trouvé sur place, des militaires burkinabés, nous avons trouvé des Libériens, nous avons trouvé des Nigérians, nous avons trouvé des civils de toutes les nationalités. Nous avons trouvé des policiers de toutes les nationalités, mais qui nous ont accueillis comme s'il nous connaissaient depuis longtemps, qui nous ont ouvert leurs portes, qui nous ont orienté chaque jour avant que nous soyons aujourd'hui, et là c’est une petite précision, au niveau des militaires nous sommes les plus anciens à Tombouctou. Mais il fut un moment où nous étions les nouveaux et effectivement, ces personnes nous ont ouvert leurs portes, leurs bras, ils nous ont orienté pour que nous puissions véritablement nous installer dans la mission. Donc, c'est véritablement important.

Et puis nous dans les pays africains, nous faisons différents stages dans les pays voisins, en Europe. Et souvent on se retrouve dans les missions. Après des stages, 5 ans après, 4 ans après, on se retrouve dans les missions. Et vous voyez l’émotion. Vous voyez la convivialité des retrouvailles. C'est vraiment important d'être à plusieurs dans ces missions. Et on apprend des autres sur le plan culturel, sur la façon de travailler, de conduire les choses, la façon de penser. On apprend vraiment beaucoup auprès des autres. Et d'ailleurs c'est l’un des impacts qu’a eu la pandémie de Covid-19. Parce que là on ne pouvait plus se voir, on ne pouvait plus se retrouver, ou de temps en temps faire la fête après une mission. C'était vraiment difficile. Mais Dieu merci, aujourd'hui, on se retrouve et cela se passe vraiment très bien.

ONU Info : Auriez-vous un message pour vos compatriotes ivoiriens ou pour la communauté internationale, un dernier message pour nous ?

Romeo Descar : Bien sûr, je dirais d’abord à la Côte d’Ivoire, mon pays que leurs militaires, leurs enfants, leurs frères, leurs sœurs, leurs époux se sont engagés pour quelque chose de noble qui est la recherche de la paix. Et Dieu merci, les choses se passent très bien, nous faisons le travail qui nous a été demandé au quotidien. Nous essayons du mériter la confiance d'abord que nos chefs ont mis en nous. Mais également, nous faisons l'essentiel pour faire honneur à nos différentes familles. Parce que demain on dira le fils d’un tel, le fils de tel Monsieur qui a grandi ici dans le quartier, aujourd'hui est en train d’apporter quelque chose à l'humanité. Et ça, c'est déjà une fierté pour nos parents. Et je peux leur dire que leurs enfants sont ici, ils font le travail qu'il faut. Je veux dire à nos autorités que nous sommes là. Nous faisons le travail qu'il faut et nous faisons tout pour mériter leur confiance.

A la communauté internationale, la paix demeure constamment un défi, un défi pour tout le monde. Et chacun a le devoir, je dirais même l'obligation d'apporter sa pierre. C'est vrai, la pierre, aussi petite qu'elle soit peut aider à construire l’édifice qui est la paix. Alors nous devons tous nous engager dans cette construction. Nous devons tous nous engager dans ce combat perpétuel de recherche de la paix. Et je suis sûr, et j'en suis convaincu, que nous gagnerons. Les conflits ne gagneront pas, le terrorisme, le djihadisme ne gagneront pas mais la paix gagnera. Et ça, j'en suis convaincu. Ça prendra peut-être assez de temps, mais nous gagnerons.

ONU Info : Commandant, merci beaucoup pour cette interview, je suis honorée d’avoir fait votre connaissance et merci pour tout le travail que vous faites, pour vous et tous vos collègues et tout le contingent ivoirien.

Romeo Descar : Merci à vous aussi, Madame. Le plaisir est vraiment, vous qui nous permettez de pouvoir dire un mot sur notre bataillon. En tout cas merci beaucoup.