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Retour sur cinq mois de crise - Rébellion armée et putsch militaire

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INTRODUCTION

Le Mali est confronté, depuis le début de l’année 2012, à la plus grave crise de son histoire récente qui remet en cause à la fois l’intégrité de son territoire et près de vingt ans de stabilité politique.

Alimentée par le retour de combattants venus de Libye après la chute de Mouammar Kadhafi, une rébellion touarègue a lancé des attaques contre des garnisons maliennes dans le nord du pays, début janvier 2012, et a commis des infractions graves au droit international humanitaire en exécutant des militaires tombés entre ses mains. L’armée malienne a répondu en bombardant de manière aveugle des populations civiles.

Le nord Mali est fragilisé depuis des années par plusieurs facteurs notamment : le désengagement de l’État malien et des carences de développement qui ont nourri bien des frustrations ; le développement de toutes sortes de trafics (drogues, traite des migrants transnationaux, armes, véhicules, cigarettes) ; et la présence d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qui a transformé certaines zones de la région en sanctuaires où ces groupes retiennent des otages.

Contestant la gestion de ce conflit par le gouvernement du président malien, Amadou Toumani Touré, un groupe de sous-officiers, dirigés par le capitaine Amadou Sanogo a pris le pouvoir à la suite d’un putsch militaire, le 21 mars 2012, en suspendant la Constitution et en arrêtant plusieurs dirigeants politiques.

Une semaine plus tard, alors que ce nouveau pouvoir militaire était contesté à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les groupes armés de la rébellion se sont emparés en quelques jours de l’ensemble du nord du Mali.

Le conflit armé dans le nord du Mali a entraîné de grands déplacements de populations à la fois à l’intérieur du pays et vers les pays limitrophes (Algérie, Burkina Faso, Mauritanie et Niger). Début mai 2012, on comptait quelques 130 000 personnes déplacées à l’intérieur du Mali et environ 190 000 réfugiés dans les pays voisins. Cette situation a aggravé la crise humanitaire à laquelle sont confrontés plusieurs pays de la région, suite à la pénurie alimentaire qui affecte quinze millions de personnes dans le Sahel.

Le présent rapport se fonde sur une mission de recherche de trois semaines effectuée en avril à Bamako, la capitale du Mali puis au Niger. Dans ce dernier pays, la délégation d’Amnesty International a visité quatre sites de réfugiés maliens situés près de la frontière nigérienne (à 200 km au nord de Niamey, la capitale nigérienne). La délégation a également pu rencontrer des représentants des gouvernements malien et nigérien.

Cinq mois après le début de la crise, le nord du pays se trouve maintenant totalement contrôlé par les groupes armés dont certains cherchent à imposer par la force de nouveaux comportements fondés sur leur interprétation fondamentaliste de l’Islam. Des lieux de culte chrétiens ont été détruits ce qui a poussé les populations chrétiennes à quitter la région. De plus, certaines personnes ont été accusées de ne pas se soumettre à ces nouveaux modes de vie ont été châtiés, parfois à mort.

Amnesty International appelle les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et notamment à ne pas s’en prendre aux populations civiles ni aux personnes qui ont déposé les armes ou qui ont été mises hors de combat. L’organisation appelle les autorités maliennes à mettre un terme sans délai au harcèlement des personnes qui militent de manière pacifique pour un retour à l’État de droit.

Amnesty International appelle les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du pays à mettre immédiatement fin aux violences sexuelles à l’encontre de femmes et de jeunes filles et au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats. Elle demande également que les agences onusiennes et les ONG humanitaires aient un accès sans restriction aux réfugiés et aux populations déplacées notamment au nord du Mali.