Rapport sur le Mali et le Sahel et les activités de la Mission de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel

Report
from African Union
Published on 12 Aug 2014 View Original

I. INTRODUCTION

  1. Le présent rapport rend compte des principaux développements intervenus au Mali et dans la région du Sahel, en général, sur les plans politique, sécuritaire et humanitaire. Il rend également compte des efforts de l’Union africaine (UA), y compris à travers sa Mission pour le Mali et le Sahel (MISAHEL), et fait une brève présentation du document portant Stratégie de l’UA pour la région du Sahel, joint en annexe. Le rapport se conclut par des recommandations sur la voie à suivre.

II. EVOLUTION DE LA SITUATION POLITIQUE ET SÉCURITAIRE AU MALI ET DANS LE SAHEL

a) Situation politique au Mali

  1. Le Mali est désormais entièrement sorti de la situation de rupture de la légalité constitutionnelle dans laquelle il a été entrainé à la suite du coup d’État intervenu le 22 mars 2012.La tenue réussie des élections présidentielles et législatives au cours de l’année 2013 a permis la mise en place de nouvelles institutions. Parallèlement au processus de consolidation des institutions démocratiques, la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou du 18 juin 2013 se poursuit, malgré quelques défis. Le 26 avril 2014, le Président Ibrahima Boubacar Keita a nommé M. Modibo Keita, ancien Premier ministre, comme Haut Représentant aux Pourparlers inclusifs prévus aux termes de l’Accord de Ouagadougou. Ce dernier a aussitôt entamé des consultations avec les représentants de la communauté internationale au Mali, ainsi qu’avec les Parties aux pourparlers, en particulier les groupes armés.

  2. C’est dans ce contexte que les efforts entrepris par l’Algérie ont permis le lancement effectif des pourparlers inclusifs de paix inter-maliens, avec le soutien de plusieurs membres de la communauté internationale (UA, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest – CEDEAO, Nations unies, Union européenne – UE et Organisation de la Coopération islamique – OCI) et des pays suivants de la région: le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. En effet, durant plusieurs semaines de discussions à Alger avec les mouvements armés maliens, les autorités algériennes ont encouragé ces mouvements à s’inscrire de bonne foi dans le processus de paix et à mettre en cohérence leurs positions respectives. Ces efforts ont abouti à la signature, le 9 juin 2014, de la «Déclaration d’Alger» par trois mouvements armés, en l’occurrence le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) et une branche du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), qui se considèrent comme les vrais opposants au Gouvernement malien. Le 14 juin 2014, trois autres mouvements, la Coalition du peuple pour l’Azawad (CPA – une dissidence du MNLA), la Coordination des Mouvements et Forces patriotiques de Résistance (CMFPR) et une branche du MAA, considérés par les autres comme proches du Gouvernement malien, ont signé la « Plate-forme préliminaire d’Alger ».

  3. Du 7 au 14 juillet 2014, les autorités algériennes ont réuni, à Alger, des experts représentant les organisations régionales et internationales précitées et des pays de la région concernés pour préparer les pourparlers. Le 16 juillet 2014, une réunion ministérielle impliquant tous ces acteurs a examiné un projet de « Feuille de route des négociations dans le cadre du Processus d’Alger » préparé par les experts. Ce projet a été revu puis adopté et signé par les Parties (le Gouvernement malien et les mouvements armés), le 24 juillet 2014. La Feuille de route énonce les principes et références de base des pourparlers et détermine les différentes questions à discuter pour le règlement du conflit malien. Elle précise le format des pourparlers, la composition de l’équipe de médiation pilotée par l’Algérie et incluant les représentants des cinq organisations régionales et internationales sus-citées et des pays de la région, identifie les parties aux pourparlers et décline un calendrier pour leur déroulement. Ce calendrier prévoit un processus devant durer environ 100 jours avec différentes phases marquées par des périodes de suspension ou de consultations sur le terrain au Mali. La prochaine phase est prévue du 17 août au 11 septembre 2014. Il convient, cependant, de signaler que les Mouvements signataires de la «Déclaration d’Alger » refusent jusque-là d’être dans la même salle avec ceux de la «Plateforme préliminaire d’Alger ». De fait, les négociations et la signature se sont déroulées séparément avec les deux groupes, rendant ainsi difficile le travail des facilitateurs. Il est à espérer que cette situation sera dépassée lors des prochaines phases.

b) Situation sécuritaire au Mali

  1. Les grandes agglomérations du nord du Mali ont été libérées depuis mai 2013, grâce aux actions combinées de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) et de l’opération française « Serval », en appui aux Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM). Toutefois, la situation actuelle est marquée par la persistance d'incidents sécuritaires et la poursuite des attaques perpétrées par des groupes armés et terroristes encore actifs dans les trois régions du nord (Gao, Kidal et Tombouctou), notamment dans l’Adrar des Ifoghas, à l‘extrême nord-est du pays. De nombreuses attaques, des enlèvements de personnes, ainsi que des affrontements intercommunautaires, ont été signalés au cours des derniers mois.

  2. Le 17 mai 2014, à l’occasion de la visite du Premier ministre malien, Moussa Mara, dans la ville de Kidal, puis le 21 mai 2014, de violents combats ont opposé les FDSM à des mouvements armés, notamment le MNLA, le HCUA et le MAA, qui étaient opposés à la visite. Ces combats ont entraîné de lourdes pertes en vies humaines et la réoccupation temporaire par les mouvements armés des positions précédemment tenues par les FDSM. Le 23 mai 2014, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie, Président en exercice de l’UA, s’est rendu à Kidal, où il a obtenu la signature d’un Accord de cessez-le-feu par les mouvements armés qui occupaient cette localité et le Gouvernement malien. Aux termes de cet Accord, les mouvements armés se sont engagés à cesser les hostilités, à participer aux Pourparlers inclusifs, à libérer les éléments des FDSM et les civils qu’ils avaient fait prisonniers et à faciliter les opérations humanitaires.

  3. Nonobstant cet Accord, les pourparlers inclusifs de paix à Alger ont coïncidé avec la reprise des affrontements entre certains mouvements armés au nord du pays, notamment dans le secteur Tabankort-Anefis-Almoustarat-Tarkint. Face à cette situation, une «Déclaration de cessation des hostilités» a été adoptée, à Alger, le 24 juillet 2014, en même temps que la Feuille de route des Pourparlers, afin de renforcer l’Accord de cessez-le-feu du 23 mai et ses Modalités de mise en œuvre convenues le 13 juin 2014. Une équipe d’observation et de vérification, comprenant des représentants de l’UA et des Nations unies, s’est rendue dans ces localités le 30 juillet 2014, en vue d’observer la situation de plus près et de formuler des recommandations sur les voies et moyens de la stabilisation de la situation.

  4. Cette situation d’insécurité au nord du Mali a un impact négatif sur la circulation des personnes et des biens, le retour des réfugiés et personnes déplacées, ainsi que sur le redéploiement de l’administration et des services socio-économiques de base dans les régions concernées. II convient de signaler cependant que le processus de pourparlers inclusifs en cours à Alger devrait aboutir, à terme, à une amélioration significative de la situation, y compris le règlement des questions relatives au cantonnement, à la démobilisation et à la réintégration des éléments des mouvements armés, ainsi qu'à la réforme des FDSM.

Lire le rapport