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Rapport mensuel sur la sécurité alimentaire au Sahel et en Afrique de l'Ouest 01 juin 2005

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RESUME

Les résultats définitifs de la campagne agricole 2004-2005 font observer une production agricole de 11.510.800 tonnes, soit une légère baisse de 2% par rapport aux prévisions faites en octobre 2004. Le bilan céréalier régional laisse apparaître un excédent net de 85.800 tonnes, avec toutefois un déficit de 77.100 tonnes pour les céréales sèches. Par pays, les excédents nets ont été relevés en Gambie, au Mali et au Burkina Faso avec respectivement 56.200 tonnes, 422.700 tonnes et 435.000 tonnes. Ailleurs, les déficits céréaliers nets sont observés en Guinée Bissau (- 22.100 tonnes), Cap Vert (- 38.700 tonnes), Sénégal (- 158.900 tonnes), Mauritanie (- 166.000 tonnes), Tchad (- 216.900 tonnes) et Niger (- 223.500 tonnes).

Les effets combinés de la sécheresse et du criquet ont été particulièrement ressentis dans les zones pastorales et agropastorales de certains pays se traduisant par endroits par des déficits locaux souvent prononcés. Des informations contradictoires et souvent très pessimistes sur les perspectives de récoltes 2004 suite aux incertitudes relatives à la progression de l’invasion acridienne et les surestimations de baisse de la production et des besoins d’aide alimentaire ont provoqué des tensions artificielles sur les marchés céréaliers et contribué à maintenir de manière anormale les niveaux des prix assez élevés. Malgré un état d’approvisionnement satisfaisant des marchés, les prix des céréales en Mai 2005 restent supérieurs à leur moyenne des cinq dernières années. Toutefois, ils semblent avoir atteint leur maximum en cette période de soudure et déjà, les pluies précoces du mois de Mai ont enclenché sur la majorité des marchés leur stabilisation et même leur baisse dans certaines zones du Niger, du Sénégal et du Burkina Faso. Ces niveaux de prix observés ont engendré des difficultés d’accès aux aliments pour les ménages à faibles revenus. Il s’agit là d’une insécurité alimentaire liée au pouvoir d’achat, donc aux difficultés d’accès et non une rupture d’approvisionnement ou une absence totale des denrées sur les marchés. L’état satisfaisant des approvisionnements au niveau des marchés exclue toute situation de famine au Sahel courant 2005.

Après analyse critique de la situation agricole et alimentaire, la réunion restreinte des régionaux d’information sur le suivi de la situation alimentaire et la préparation de la campagne agricole 2005-2006 au Sahel recommande entre autres au CILSS, aux Etats et aux partenaires:

- De renforcer l’indépendance et la synergie des dispositifs d’information sur la sécurité alimentaire et d’alerte précoce;

- D’objectiver les données par le croisement des différentes sources d’information (Gouvernements, CILSS, FAO, FEWS NET, ONG...) et de favoriser la convergence opérationnelle des résultats et des outils d’analyse de l’insécurité alimentaire (Cadre harmonisé, FAO/FIVIMS, PAM/VAM) ;

- De favoriser l’appropriation par les décideurs politiques des informations objectives des systèmes d’information sur la sécurité alimentaire;

- De cesser les entraves à la libre circulation des produits agricoles et agroalimentaires, en conformité avec les engagements de la charte d’aide alimentaires, et aux règlements prévus dans le cadre de l’ UEMOA et de la CEDEAO ; et

- D’améliorer le ciblage et l’estimation des besoins d’aide alimentaire en les basant sur les informations objectives et en les dirigeant vers les zones et les populations les plus vulnérables.

I SITUATION AGRICOLE ET ALIMENTAIRE AU SAHEL

Du 07 au 09 juin 2005 s’est tenue à Dakar, République du Sénégal, la réunion restreinte des systèmes régionaux d’information (CILSS, FEWS NET/USAID, PAM/ODD/VAM, FAO/SIMIAR et ACMAD) et les partenaires (USAID, Union Européenne, Canada, MIFRAC) sur le suivi de la situation alimentaire et la préparation de la campagne agricole 2005-2006 au Sahel.

Les résultats définitifs de la campagne agricole 2004-2005 font observer une production agricole de 11.510.800 tonnes, soit une légère baisse de 2% par rapport aux prévisions faites en octobre 2004. Par pays, les baisses varient de 5% au Burkina Faso, 6% au Sénégal et 17,5% en Guinée Bissau. Pour deux pays on a revu à la hausse les estimations de production par rapport aux prévisions, il s’agit de la Mauritanie avec 13% et du Tchad avec 17%.

Le bilan céréalier régional laisse apparaître un excédent net de 85.800 tonnes, avec toutefois un déficit de 77.100 tonnes pour les céréales sèches. Par pays, les excédents nets ont été relevés en Gambie, au Mali et au Burkina Faso avec respectivement 56.200 tonnes, 422.700 tonnes et 435.000 tonnes. Par contre, les pays à déficits céréaliers nets sont : la Guinée Bissau (- 22.100 tonnes), le Cap Vert (- 38.700 tonnes), le Sénégal (- 158.900 tonnes), la Mauritanie (- 166.000 tonnes), le Tchad (- 216.900 tonnes) et le Niger (- 223.500 tonnes). Hormis le Niger et le Tchad, les déficits des autres pays, sont plus tôt structurels et ils se comblent traditionnellement par des importations commerciales.

Les effets combinés de la sécheresse et du criquet ont été particulièrement ressentis dans les zones pastorales et agropastorales de certains pays comme la Mauritanie, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ; se traduisant par endroits par des déficits locaux souvent prononcés. La situation acridienne actuelle est globalement calme au Sahel, malgré les signalisations d’individus immatures au Burkina, au Mali et surtout au Niger en provenance de la Côte d’Ivoire et de la Guinée Conakry. Compte tenu des conditions défavorables au développement du criquet qui ont prévalu dans le sud du Maghreb pendant le printemps, on ne s’attend pas à l’arrivée au Sahel de populations importantes en provenance de cette région comme en 2004.

En réponse aux déficits de productions locaux et la hausse des prix, des actions ont été menées courant 2005 par les Etats sous forme de distributions gratuites de vivres, travail rémunéré (cash for work), vivre contre travail (food for work), ventes à prix modéré, création des banques céréalières villageoises, création d’emplois, approvisionnement en semences, etc.).

Présentement, la situation alimentaire au Sahel reste caractérisée par des niveaux élevés des prix des céréales malgré un état d’approvisionnement satisfaisant des marchés. A l’origine, des informations contradictoires et souvent très pessimistes sur les perspectives de récoltes 2004 suite aux incertitudes relatives à la progression de l’invasion acridienne et les surestimations de baisse de la production et des besoins d’aide alimentaire ont provoqué des tensions artificielles sur les marchés céréaliers et contribué à maintenir de manière anormale les niveaux des prix assez élevés dès la période des récoltes (octobre-décembre 2004) jusqu’en Avril 2005. Cette situation s’est trouvée exacerber par des réponses inappropriées (difficultés d’identification des zones et populations vulnérables, d’estimation des dégâts, fortes demandes d’aides alimentaires gratuites et généralisées depuis la période de récoltes et mauvaise répartition de l’aide alimentaire au niveau régional).

D’autres facteurs ont aussi contribué au maintien des prix élevés courant 2005 notamment :

- les revenus de coton qui permettent aux paysans de garder les productions céréalières et la hausse des coûts des transports ;

- la psychose de l’invasion acridienne et les mesures spéculatives qui ont suivi ; des réponses inappropriées dans le cadre de la gestion des déficits locaux (forte demande des aides alimentaires et une propension à les généraliser) ;

- des entraves à la libre circulation des céréales et les taxes formelles ou informelles sur les importations ou les exportations intra régionales.

En mai 2005, les prix du mil ont été supérieurs à leur moyenne des 5 dernières années, mais sont restés inférieurs aux prix record enregistrés au Sahel entre 2001 et 2003 sur la plupart des marchés suivis au Sahel. Ces niveaux de prix observés ont engendrés des difficultés d’accès aux aliments pour les ménages à faibles revenus les plongeant dans une d’une insécurité alimentaire liée au pouvoir d’achat et non une rupture d’approvisionnement ou une absence totale des denrées sur les marchés. L’état satisfaisant des approvisionnements au niveau des marchés exclue toute situation de famine au Sahel.


La détérioration des termes de l’échange bétail/mil au détriment de l’éleveur nomade reste beaucoup plus liée à la hausse des prix de céréales qu’à ceux des animaux qui jusque là demeurent à l’abris des bradages (graphique 1).

En perspective, pour les ménages pauvres et / ou à revenus faibles connaissant des difficultés d’accès aux céréales, leur ciblage et une mise en route rapide des activités génératrices de revenus en relation avec les travaux agricoles en cours sont vivement recommandés. Aucun cas de famine n’est signalé au Sahel et nulle part il n’a été fait cas de rationnement de la nourriture. Globalement, l’accès à la nourriture des ménages restera lié au fonctionnement des marchés, jusque là performants, et au bon démarrage de l’hivernage 2005. Déjà, les pluies précoces du mois de mai ont enclenché sur la majorité des marchés une stabilisation des prix et même une amorce de leur baisse dans certaines zones du Niger, du Sénégal et du Burkina Faso.

II. RESULTATS DE LA PREVISION SAISONNIERE DES PLUIES SUR LA PERIODE JUILLET -- SEPTEMBRE 2005 EN AFRIQUE DE L’OUEST, LE TCHAD, LE CAMEROUN, LA CENTRAFRIQUE ET LE SOUDAN

La prévision saisonnière sur l’Afrique de l’Ouest, le Tchad, le Cameroun, la Centrafrique et le Soudan. a été élaborée le 20 Mai 2005 à Niamey (Niger) au siège du Centre Africain pour les Applications de la Météorologie au Développement (ACMAD) sur la période de juillet à septembre 2005.

Cette élaboration de la prévision a tenu compte des résultats des modèles dynamiques couplés Océan -- Atmosphère des Centres Mondiaux et de la synthèse des modèles statistiques nationaux et internationaux. Pour inclure toute la sous région dans la prévision, une extrapolation a été effectuée. La Normale pluviométrique est définie ici comme la pluviométrie moyenne des 30 ans, sur la période 1961-1990. Pour la présentation de la prévision, les experts utilisent des informations des modèles de prévision pour estimer la probabilité que le total saisonnier des précipitations de cette année appartienne à l’une des trois catégories (au dessus de la normale, normale et en dessous de la normale). La catégorie "au-dessus de la normale" correspond au tiers des observations dont les cumuls pluviométriques ont été les plus élevés (33%). La catégorie "au-dessous de la normale" correspond au tiers des observations dont les cumuls des pluviométrique ont été les plus faibles (33%). La catégorie "proche de la normale" correspond au groupe des années restantes (33%).

A l’issue de la consolidation des prévisions établies au niveau des pays et des centres mondiaux, par consensus, la carte ci-dessous (carte 1) est élaborée pour illustrer la prévision saisonnière des pluies sur l’Afrique de l’Ouest, le Tchad, le Cameroun, la Centrafrique et le Soudan sur la période juillet -- septembre 2005.

Zone I : Elle est caractérisée par une tendance des précipitations plutôt supérieures à la normale. Elle couvre le Sénégal, la partie sud et l’ouest du Mali, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, la Gambie et l’Ouest du Libéria.

Zone II : Elle s’étend du Burkina Faso au Tchad et se caractérise par une tendance des précipitations normales à déficitaires.

Zone III : Elle couvre principalement la Centrafrique et les parties sud du Tchad et du Soudan. Une saison avec des pluies à tendance normale à excédentaire y est prévue.

Zone IV : Elle couvre les régions côtières du Golfe de Guinée du Libéria au Cameroun. Les précipitations devraient y être déficitaires à normales.

PREVISION SAISONNIERE DES PLUIES SUR LA PERIODE JUILLET -- SEPTEMBRE 2005 EN AFRIQUE DE L’OUEST, LE TCHAD, LE CAMEROUN, LA CENTRAFRIQUE ET LE SOUDAN (ACMAD- MAI 2005)

Sur le plan technique, la prévision a été élaborée avec le concours des Services Météorologiques et Hydrologique Nationaux, de l’ACMAD, de l’AGRHYMET, de l’ABN, de Météo-France, de l’Institut International de Recherche sur le Climat (IRI), du Centre de Prévision Climatique-African Desk de NOAA/USA, de l’IBIMET, de l’ECMWF et de UK. Met Office.


Carte 1:

Légende de la carte: Pour chaque zone définie par les experts régionaux de la prévision, les nombres figurant dans les trois cases représentent la probabilité que le cumul saisonnier des précipitations soit dans la catégorie "au-dessus de la normale" (boîte supérieure), "proche de la normale" (boîte du milieu) ou "au-dessous de la normale" (boîte inférieure). Ainsi pour la zone 1 par exemple, il y a 45% de chance que le cumul saisonnier des précipitations soit dans la catégorie "au-dessus de la normale", 35% de chance que le total de la saison soit dans la catégorie "proche de la normale" et 20% de chance qu’il se retrouve dans la classe "au-dessous de la normale". Les limites des zones tracées sur la carte doivent être considérées comme des régions de transition pour la prévision. Pour exploiter les donnés de cette prévision, il est fortement conseillé de contacter les Services Hydrologiques et Météorologiques Nationaux pour une interprétation plus détaillée des résultats de la prévision et obtenir éventuellement des directives additionnelles.

En mai 2005 il a été observé un bon début de démarrage de l’hivernage 2005/06 et même précoce par endroits au Sahel. A partir de juin 2005 un suivi régulier par FEWS NET en collaboration avec USGS des images satellitaires d’estimation des pluies et de la biomasse issues des satellites NOAA permettront de détecter les anomalies climatiques et suivre les tendances de la saison agricole 2005/05.