Mali

Rapport mensuel de monitoring de protection n°8 - août 2020

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Situation Report
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I - Aperçu de l’environnement sécuritaire et de protection

Coup d’État et prise de pouvoir du Comité National pour le Salut du Peuple : Le 18 août, un Coup d’Etat a eu lieu au Mali. Le président Ibrahim Boubacar Keita a été arrêté et contraint de démissionner. Le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) dirigé par le Colonel Assim Goita a annoncé le nouvel ordre dans un discours télévisé le soir du 18 août. Les putschistes affirment ainsi que le Mali n'a pas vécu un coup d'État mais une révolution populaire qui, pour aboutir, a bénéficié du soutien de l'armée. Au niveau international, les réactions se sont multipliées pour condamner le changement anticonstitutionnel de gouvernement, bien qu'il ait été adopté globalement de manière pacifique. Toutes les frontières terrestres et aériennes ont été fermées par la CEDEAO et des sanctions économiques mises en place. L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) a suspendu le Mali de ses instances. Les dirigeants ouest-africains ont exigé que la junte militaire nomme un chef de gouvernement civil pour superviser une transition qui ne durera pas plus d'un an. La junte, qui a promis de rendre le pouvoir aux civils après une période de transition d'une durée à déterminer, a invoqué les efforts de "compromis" qu'elle a consentis et attend de la CEDEAO qu'elle lève les sanctions annoncées le 20 août. La rencontre avec une délégation de la CEDEAO à Bamako, dirigée par l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, n’a pas abouti à un accord sur les conditions d'un retour des civils à la tête du pays. Les dernières semaines, le CNSP a octroyé des audiences a de nombreux ambassadeurs et au Représentant du Secrétaire Général/ MINUSMA. Le CNSP a précisé que tous les accords internationaux seront bien respectés et que des forces telles que la MINUSMA ou encore Barkhane « demeurent des partenaires pour la restauration de la stabilité ». Malgré le Coup d’Etat et la défiance des Maliens, la France de déclaré maintenir l’opération « Barkhane ». Le 27 août, le CNSP a informé le public que l’ex-président IBK a été libéré et se trouve à sa résidence à Sébénikoro. Dans l’intervalle, le CNSP a commencé à organiser des concertations nationales sur la transition auxquelles le M5-RFP, l’opposition principale de l’ancien régime n’a pas été invité. Une délégation de 10 personnes du M5-RFP a finalement été reçue dans la soirée du 29 août par la junte au camp militaire de Kati. Plus tôt dans la journée, le mouvement dit du 5 juin (M5-RFP) avait fait part de sa colère après sa mise à l'écart de la première rencontre.

Attaques de village en baisse mais concentrées : Par rapport au mois dernier, les attaques de village ont nettement diminué. Ce mois-ci, le système de monitoring de protection a enregistré neuf attaques de village, par rapport à 17 au mois de juillet. Une tendance des attaques concentrées a quand-même pu être observée dans la commune de Timiniri (cercle de Bandiagara) et commune de Dougoutene II (cercle de Koro). Les mêmes villages sont attaqués plusieurs fois, ou des villages proches les uns des autres sont attaqués à quelques jours d’intervalle. Dans la commune de Timiniri, le hameau de Doumbol a été attaqué le 12 août par des groupes radicaux au bord de motos. Le 13 août, le hameau de Soh a été attaqué. Le même jour, le village de Tchamadjira a subi une attaque dans laquelle deux personnes ont été tuées. Un jour plus tard, le 14/08, le village a été attaqué de nouveau. Dans la commune de Dougotene un schéma similaire a pu être observé. Le village de Koromatintin a été attaqué le 03 août et le 06 août. Le 07 août le village de Sansagou – a environ 3 km du village de Koromatintin a également été attaqué par des groupes radicaux.

Escalade des tensions inter-communautaires à Tombouctou et Gao : Le 11 août, le monitoring de protection a identifié un risque de conflit lié au foncier entre deux communautés ; les Kel-Ansar relevant de la commune de Ber, cercle de Tombouctou et la communauté Kel-Ouli relevant de la commune de Rharous, cercle de Gourma-Rharous. Trois cas d’assassinat de civil ont été rapporté. Le 10 août, deux jeunes civils appartenant à la communauté Kel-Ansar avaient été assassinés en représailles d’un cas antérieur d’assassinat de civils appartenant à la communauté Kel-Ouli. Le 13 août, la signature d'un accord de réconciliation entre les deux communautés a eu lieu après une médiation d’un notable de la zone. A Gao, la ville a connu des émeutes et pillages dans la nuit du 20 au 21 août, déclenchés par le meurtre de deux jeunes hommes Sonrhaï. En représailles, des jeunes en colère ont commencé à brûler et à saccager des magasins appartenant à des membres de la communauté arabe à laquelle les auteurs présumés auraient appartenu. Selon des rapports non confirmés, au moins deux personnes ont été tuées dans les affrontements intercommunautaires qui ont suivi.