Mali

Rapport Final d’Évaluation : Quand la collecte de l’eau est source de Violences Basées sur le Genre à Ménaka

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Résumé

Ce rapport est le résultat de l’évaluation des risques de protection liés à la collecte de l’eau et de l’évaluation des besoins des femmes et des filles dans la région de Ménaka pour les cercles de Tindermene, Anderamboukane et Ménaka réalisée par le Programme de Protection et l'Autonomisation des Femmes (PAF) d’IRC sous financement OFDA.

Cette évaluation a pour but de comprendre les dynamiques de la violence basées sur le genre liées à la collecte de l’eau dans les communautés enquêtées.

Il a été reporté dans les différents groupes de discussions que les cas de violences se sont intensifiés après la crise de 2012 affectant principalement les jeunes filles et les femmes et ce d’autant plus qu’il n’y a pas suffisamment de points d’eau, de services de santé, que les écoles sont encore pour beaucoup fermées et que la pauvreté affecte considérablement les communautés de Ménaka.

L’évaluation s’est déroulée du 17 au 29 mai 2017 dans 6 communautés des cercles de Ménaka, Tindermene et d’Anderamboukane. L'analyse des données a été faite avec le logiciel qualitatif atlas Ti, avec les données de 30 groupes de discussions, de 6 audits de sécurité, et de 30 cartographies communautaires avec les différents groupes cibles enquêtés à savoir : les hommes, les femmes, les filles, les garçons et les leaders communautaires.

Il est reporté dans tous les groupes de discussion que les cas de violence basées sur le genre sont fréquents dans la communauté, surtout au point d’eau ou sur le chemin menant au point d’eau. Les préoccupations les plus importantes des femmes et des filles en lien avec la collecte de l’eau concernent :

  • l’insuffisance des points d’eau,

  • les intimidations et harcèlement au point d’eau,

  • le temps mis au point d’eau avant puisage,

  • la présence des animaux aux points d’eau qui rallonge la durée d’attente au point d’eau.

Les principaux facteurs de risques des Violences Basées sur le Genre (VBG) selon les femmes, les jeunes filles, les hommes, les garçons et les leaders interrogées durant cette évaluation sont la collecte de l’eau, l’insuffisance des points d’eau, le temps nécessaire pour puiser l’eau, le chômage des jeunes, le mariage forcé et précoce, la non-scolarisation des jeunes filles, l’analphabétisme des hommes et des femmes, la prise des stupéfiants par les jeunes, la présence des groupes armés, le manque de cohésion sociale entre les ethnies, le manque de services de santé et d’écoles, la recherche du bois.

Les points d’eau ne sont pas suffisamment sûrs pour les filles et les femmes. Elles sont harcelées sexuellement au point d’eau, certaines enlevées lors de la collecte de l’eau. Tous les groupes de discussions reportent des cas d’intimidation et de non-respect des files d’attente avec des femmes et des filles qui se font constamment contester leur tour de puisage par les hommes, ce qui pousse par exemple les femmes et les filles de Tinfadimata et de Tagalat à collecter l’eau au crépuscule quand les hommes et les garçons n’y sont plus. Un tel changement d’horaire les expose à d’autres facteurs de VBG du fait de l’obscurité, du moins grand nombre de personnes pour potentiellement leur venir en aide en cas de problèmes.

La présence d’un ouvrage hydraulique à proximité de leurs habitations pour un accès à l’eau plus proche et plus sécurisé reste la priorité majeure de la plupart des femmes et filles de l’évaluation, viennent ensuite un meilleur accès à la santé, l’éducation, et aux moyens de subsistances (tels que des programmes d’Activités Génératrices de Revenus ou d’Associations Villageois d’Epargne et de Crédit). Pour réduire les risques de VBG dans le cadre de la collecte de l’eau, les femmes et les filles estiment qu’il est prioritaire de disposer :

  • de charrettes et d’ânes pour réduire le nombre de tours ou de déplacements jusqu’aux points d’eau ;

  • de bidons pour stocker de l’eau en plus grande quantité ;

  • de lampes torches pour aller chercher de l’eau au crépuscule.

En cas de VBG, les femmes et les filles sont réticentes à rechercher de l’aide ou du support surtout dans le cadre du harcèlement sexuel et du viol qui restent dans la plupart des cas passés sous silence du fait de l’absence de services spécialisés, du manque de personnel formé, de la peur de la répression et du tabou que cela peut représenter pour des sociétés aussi traditionnelles. Le chef de fraction ou l’imam de la communauté sont parfois informés de faits ou d’abus jugés moins graves par les victimes ou les familles des victimes de VBG.

Les principales recommandations sont :

A l’attention des ONG :

  • D’impliquer et consulter les femmes dans le choix de la localisation des futurs points d’eau en lien avec une analyse de VBG.

  • D’améliorer l’accès à l’eau potable par la construction/réhabilitation des points d’eau potable non fonctionnels avec davantage de représentation, rôles et pouvoirs décisionnels alloués aux femmes;

  • De redynamiser et former les comités de gestion de l’eau avec l’implication d’au moins 30% de femmes par comité.

  • De s’assurer que les services essentiels de la violence basée sur le genre sont disponibles pour les survivants de VBG dans les communautés (point focal VBG du CSCom formé, réseau de femmes et/ou disponibilité du service du développement social, sécurité effective au niveau des communautés et ce malgré l’absence de la police).

  • D’afficher autour des points d’eau des pictogrammes indiquant les risques liés aux VBG et faire de cette communication autour des points d’eau une opportunité pour éviter toute forme de banalisation, et permettre de créer plus de dialogues dans les communautés par rapport aux VBG.

  • Encourager et soutenir la mise en place des Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit afin de répondre aux besoins des femmes qui souhaitent accéder à des services financiers, lesquels pourront leur permettre l’acquisition de bidons pour le stockage de l’eau, de lampes torches et pourquoi pas de charrettes pour le transport de plus grandes quantités d’eau.

  • De poursuivre les efforts de plaidoyer pour permettre la validation d’une loi relative aux VBG au Mali et ce alors qu’une proposition a été rédigée par l’ensemble des acteurs de protection y compris le Ministère de la Promotion de la Femme, l’Enfant et la Famille.

A l’attention des communautés :

  • De voir au niveau des responsables des points d’eau, des comités de gestion quand ils sont fonctionnels et avec l’aval des leaders communautaires de dégager des tranches horaires au niveau des points d’eau qui soient exclusivement destinées aux femmes et filles pour la collecte de l’eau.

  • De sensibiliser les communautés sur les risques encourues pour les cas d’abus et violence sexuelles y compris avec les comités de gestion des points d’eau.

  • De sensibiliser les communautés pour bannir les stéréotypes à l’égard des femmes et démystifier les pratiques traditionnelles constitutives de VBG en s’assurant d’impliquer les comités de gestion.

  • De contribuer à la réhabilitation et l’équipement des centres de femmes (salle d’écoute) au niveau des CSCom afin de répondre aux besoins des femmes et des filles dans le cadre de la prise en charge des VBG.

A l’attention des autorités :

  • D’impliquer les autorités en multipliant les formations afin de renforcer leurs niveaux de connaissance en protection des droits des femmes.

  • De mettre en place un mécanisme de protection et sécurité autour du point d’eau avec le soutien de la communauté pour lutter contre toute forme d’abus faite aux femmes et filles.

  • De mettre fin à l’impunité des responsables de VBG, à travers des poursuites effectives et l’application de peines les concernant.