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Rapport du Secrétaire général sur les activités du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (S/2022/521)

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I. Introduction

1. Le présent rapport, qui couvre la période allant du 22 décembre 2021 au 22 juin 2022, donne un aperçu de l’évolution de la situation et des tendances observées en Afrique de l’Ouest et au Sahel et fait état des activités menées par le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), ainsi que des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel. Il présente également un point de la situation dans le bassin du lac Tchad, conformément aux dispositions de la résolution 2349 (2017) du Conseil de sécurité.

II. Évolution de la situation et tendances observées en Afrique de l’Ouest et au Sahel

2. Les coups d’État qui ont été commis au Mali et en Guinée en 2021, la prise du pouvoir par les militaires au Burkina Faso et la tentative de coup d’État en GuinéeBissau au premier semestre de 2022 n’ont fait que mettre davantage en lumière les fragilités sous-jacentes de la gouvernance démocratique dans la sous-région. En dépit des promesses initiales, les autorités de facto n’ont toujours pas apporté de solutions aux problèmes systémiques liés à la sécurité et à la gouvernance. Le Burkina Faso, la Guinée et le Mali demeurent suspendus de leur qualité de membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine. Jusqu’à présent, les autorités de facto n’ont pas donné suite aux exigences formulées par la CEDEAO quant à un rétablissement « rapide » de l’ordre constitutionnel. Au Burkina Faso, cependant, la nomination de l’ancien Président du Niger, Mahamadou Issoufou, comme Médiateur de la CEDEAO pour le Burkina Faso, ouvre la voie à de nouveaux progrès vers l’élaboration d’une feuille de route faisant consensus. Dans ce contexte, la CEDEAO a poursuivi l’examen de son Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance de 2001, ainsi que des instruments juridiques connexes, en vue de renforcer la démocratie, la liberté et la bonne gouvernance dans la sous-région.

3. En revanche, des élections parlementaires et locales pacifiques et participatives se sont déroulées en Gambie et au Sénégal, en avril et janvier respectivement. Toutefois, comme il sera souligné plus loin dans le présent rapport, le faible nombre de femmes élues à des charges publiques dans ces deux pays met l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts pour remédier aux obstacles structurels empêchant les femmes d’être représentées et de participer pleinement et véritablement à la vie politique dans la sous-région. Dans certains pays de la sous-région, on a continué d’observer une tendance à la polarisation politique et des dissensions suscitées par la question de l’inclusivité dans les processus électoraux et les institutions, d’où un risque de voir les opérations électorales et leurs résultats être mis en cause durant la période considérée. Ailleurs, les accusations d’instrumentalisation du pouvoir judiciaire dans les attaques dirigées contre des membres de l’opposition et des organes indépendants ont sapé encore davantage la confiance dans les institutions étatiques. Fait encourageant, les initiatives de dialogue politique ont progressé en Côte d’Ivoire et ont contribué à résorber de vieilles doléances.

4. L’insécurité suscitée par les activités de groupes armés non étatiques s’est accrue, ce qui a conduit à un plus grand nombre de déplacements à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières et a compromis les progrès attendus dans l’éducation et d’autres secteurs. Des actes terroristes commis dans des pays côtiers de la sous-région ont rappelé la persistance de la menace que représentait l’expansion du terrorisme vers le sud. Parmi les mesures qu’ils ont prises pour combattre et prévenir les attaques terroristes, ces pays ont intensifié leur collaboration dans le cadre de l’Initiative d’Accra. Le Burkina Faso et le Niger ont révisé leurs stratégies de lutte contre le terrorisme pour y intégrer des actions visant au dialogue local et à la réintégration.

5. La situation humanitaire a atteint un seuil alarmant, subissant une aggravation du fait de perspectives sombres en matière de récoltes ; en effet, la violence et l’insécurité ont empêché l’accès aux terres agricoles dans certaines zones. Plus de 40 800 personnes ont fui leur pays, ce qui, en mai, a porté à près de 1,1 million le nombre total de réfugiés dans la sous-région. Dans le même temps, alors que les économies régionales se remettaient des conséquences de la pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie a encore exacerbé les vulnérabilités et inégalités existantes.