Mali

Rapport annuel GBVIMS, janvier - décembre 2021

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CONTEXTE

La situation humanitaire au Mali continue de se détériorer à cause de la crise multidimensionnelle à laquelle le pays fait face et qui continue d’impacter négativement les populations civiles. De nombreuses communautés des localités des régions du centre et du nord ont été fortement impactées par les attaques intercommunautaires, la forte présence de plusieurs acteurs armés dans les villages ainsi que la limitation des mouvements et des activités des communautés. Tous ces facteurs ont contribué à fragiliser les mécanismes de protection institutionnels et communautaires des populations en général et des femmes et filles en particulier. Les femmes et les filles sont à risque des violences basées sur le genre plus spécialement les violences sexuelles qui constituent un obstacle à la paix, à la sécurité au développement durable au Mali.

RÉSUME

Nombre de cas de VBG rapportés en 2021

Ce rapport rend compte de données sur les cas de VSBG rapportés en 2021 par les acteurs signataires du protocole de partage d’information sur les violences basées sur le genre et offrant les services de prise en charge (médicale, psychosociale, juridique & judiciaire et réinsertion socioéconomique et scolaires) aux survivant (e)s. Il a été noté qu’entre janvier et décembre 2021, 9540 cas de VBG ont été rapportés par les acteurs du GBVIMS, contre 6605 cas rapportés à la même période en 2020, soit une augmentation de 44%. Cette augmentation se caractérise par des viols récurrents ou même des cas des viols collectifs lors de déplacements de la population, lors de la collecte d’eau ou la recherche du combustible autour de sites de PDIs.

En plus de la détérioration de la situation sécuritaire, l’intensification de la communication et de l’information, le travail sur la mitigation des risques par les acteurs de Protection et les sensibilisations sur la disponibilité des services holistiques de prise en charge VBG auraient permis un rapportage plus intense ce qui expliquerait également la documentation des incidents de VBG pour l'année 2021.

Selon les données rapportées, la région du centre notamment Mopti enregistre plus de cas documentés soit 28% du nombre total des cas rapportés. Les violences sexuelles sont les cas les plus rapportées dans la région soit 48% des incidents dont 31%s de viol. 99% des personnes survivantes enregistrées dans la région sont des femmes dont 62% sont des filles de moins de 18 ans et 1% sont des garçons.

En second lieu vient la région de Gao y compris Menaka, 18% du nombre total d’incidents de 2021 y ont été documentés. 37% des cas sont des cas de violences sexuelles dont 26% de viol, soit les cas les plus rapportés suivis des dénis de ressources représentant 31% des incidents pour la région. 99% des cas sont des femmes dont 29% sont des filles. 1% sont des garçons. La région de Tombouctou, enregistre 16% d’incidents enregistrés ; à l'instar des autres régions, les violences sexuelles demeurent les cas les plus rapportés dans la région soit 30% des cas dont 17%s de viol. 29% sont des cas de violence psychologique ; 24% sont des cas de déni de ressource. 100% des survivantes sont des femmes dont 33% sont des filles de moins de 18 ans.

Du fait de la forte disponibilité des services de VBG, mais également de leurs facilités d'accès, et aussi du nombre croissant de cas référés vers les services de Bamako, le district enregistre 33% du nombre total d’incidents ;

Typologie des cas de VBG rapportés

Concernant les types de VBG rapportés en 2021, les violences sexuelles demeurent les cas les plus documentés soit 39% d’incidents dont 24% sont des cas de viols/pénétration.

Les violences physiques et les situations de déni de ressources, d’opportunités ou services viennent en seconde position et représentent chacun 18% d’incidents. Enfin, les violences psychologiques représentent 13% et les mariages forcés/précoces 12%.

Profils des survivantes

Les filles de moins de 18 ans demeurent la couche la plus exposée aux incidents de VBG. En effet, 98% des personnes survivantes sont des femmes dont 51% sont des filles de moins de 18 ans. Les hommes représentent 2% des cas avec 1,28% des cas concernant les garçons de moins de 18 ans. Selon les données rapportées, 3% à 11% des personnes survivantes de violences sexuelles et de violences physiques déclarent avoir été victimes d’incidents similaires par le passé. De plus, 14% des personnes survivantes sont des femmes et filles en situation d’handicap. Une analyse de données secondaires auprès des centres de santé y compris les One Stop Centers, révèle qu’environ 1,6% des personnes survivantes de viol seraient positives au test du VIH-Sida.

Accès à la prise en charge

Une réponse multisectorielle a été apportée pour prendre en charge les survivantes à travers les One Stop Centers mais également la dynamisation des équipes mobiles dans les régions à forte mobilité de populations affectées). Les différentes interventions des acteurs de terrain se sont focalisées principalement sur la prise en charge médicale et psychosociale, soit respectivement 93% à 98% des personnes survivantes dans le besoin ont eu accès au service d’assistance médicale et d'appui psychosocial.

Malgré les efforts du Sous Cluster VBG/GBV AoR Mali, dans le plaidoyer et la mise en place de services de prise en charge holistique l’accès aux services de prise charge juridique et judiciaire reste fortement problématique. En effet, 82% à 95% des personnes survivantes n’ont eu accès ni à un lieu de refuge ni à une réinsertion socioéconomique ou scolaire.

Aussi, respectivement, 69% et 77% des personnes survivantes ayant un besoin de prise en charge sécuritaire et/ou judiciaire ont, soit décliné ce service, soit en ont été privées car le service est inexistant dans les milieux où elles se trouvent. L’insuffisance des services sociaux de base mais également la faible présence de l’Etat à travers ses services décentralisés fragilise fortement l’offre des services d’assistance judiciaire. En effet, la majorité des personnes survivantes ayant un besoin d’assistance judiciaire, préfère ne pas porter plainte : par manque de confiance, à cause des normes socio-culturelles négatives et stigmatisantes ou à cause de l’absence de personnel judiciaire dans leur localité. Il arrive que même si la prise en charge est possible plusieurs facteurs ci-hauts cités empêchent les personnes survivantes d’accéder à la réponse judiciaire.