Mali

Porter assistance aux populations du nord malgré l'insécurité

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Dans le nord du Mali, le CICR mène des activités dans les régions de Gao, Kidal et Tombouctou, où vivent 1,3 million de personnes touchées par la pénurie alimentaire et l'insécurité. En 2010 et 2011, l'institution a porté assistance à près de 40% d’entre elles. Dirieh Abdi Mohamed, chef sortant du bureau du CICR à Gao, explique.

Quels sont les besoins humanitaires les plus pressants dans le nord du Mali ?

Les plus grandes difficultés que connaissent les habitants de la région sont l'accès à l'eau potable, à la nourriture et aux soins médicaux. Ces problèmes chroniques sont exacerbés par une situation d'insécurité qui s'est aggravée ces derniers temps. Beaucoup d'organisations humanitaires ont quitté le nord du Mali à cause de l'insécurité, et les autorités ont du mal à faire face à la situation. Aussi les besoins sont-ils énormes et le champ d'action humanitaire limité. Les très grandes distances et le climat aride font qu’il est d’autant plus compliqué de répondre à ces besoins.

Dans certaines zones, des violences intercommunautaires font des victimes et provoquent des déplacements de population, parfois dans l'urgence. Les familles touchées se retrouvent alors dans le plus grand dénuement.

De plus, de nombreux migrants transitent par cette région. Les retours de ressortissants maliens ont également augmenté depuis la crise libyenne. Ces personnes ont souvent perdu le contact avec leurs familles et sont dépourvues de toute ressource.

La situation alimentaire s'annonce précaire au Sahel en 2012. Dans quelle mesure les communautés du nord du Mali risquent-elles d'être touchées ?

La situation sera difficile cette année, tant pour les communautés d'agriculteurs que pour celles d'éleveurs, et ce, aussi bien au Mali que dans les pays sahéliens voisins.

Les cultivateurs du nord du Mali subissent les conséquences d’une mauvaise récolte : il y a moins de produits sur le marché, et les prix du mil et du riz sont déjà en forte hausse. Comme les pluies ont été mal réparties et qu’elles se sont arrêtées trop tôt en 2011, les habitants n'ont pas assez de provisions pour survivre jusqu'à la prochaine saison des pluies. La « période de soudure » – pendant laquelle les gens vivent sur leurs réserves – a démarré en décembre 2011 déjà, alors qu'elle n’aurait dû commencer qu'en avril 2012. Les autorités nationales prévoient que 2012 sera une « année de soudure ».

Pour les éleveurs de ces régions, l'espace et les circuits de transhumance du bétail se sont rétrécis à cause du manque de pluies. Par exemple, à Gossi dans la région de Tombouctou, à proximité de la frontière avec le Burkina Faso, des inondations survenues en septembre 2011 ont été suivies, en novembre, de feux de brousse dans des zones de pâturage. Nous avons porté assistance aux familles les plus durement touchées, mais elles restent dans le besoin. De plus, les prix de vente des animaux baissent sur les marchés.

Quelles sont les principales activités du CICR dans le nord du Mali ?

Malgré l'insécurité et les contraintes de logistique, le CICR a développé diverses activités d'assistance pour répondre à ces multiples besoins. Près d'un demi-million de personnes en ont bénéficié en 2010 et 2011, dans les zones rurales de Gao, Tombouctou et Kidal.

Pour faciliter l'accès à l'eau, en 2011 nous avons réhabilité des dizaines de puits et bassins de stockage, construit des bornes fontaines et installé des pompes à main. Nous avons aussi réalisé des ouvrages hydrauliques, dont trois petits barrages pour favoriser la retenue et l'infiltration de l'eau, dans la région de Kidal. Afin d’améliorer l'accès aux soins, cinq centres de santé communautaires desservant près de 20 000 personnes ont été réhabilités, et près de 200 agents de santé ont été formés.

En matière de sécurité économique, nous avons notamment distribué des vivres à plus de 70 000 personnes déplacées dans la région de Tombouctou, facilité la vaccination de plus d'un million de têtes de bétail, distribué aux éleveurs 500 tonnes de fourrage et réalisé le surcreusement de trois mares dans la région de Kidal, au profit de la population et du bétail. Nous avons aussi conduit plusieurs projets d'appui à l'élevage.

De nombreuses activités, notamment des distributions d'assistance et la réhabilitation d'un jardin maraîcher à Gao, ont été menées à bien conjointement avec la Croix-Rouge malienne.

À Tinzaouatène, à la frontière avec l'Algérie, c'est aussi avec la Croix-Rouge malienne que nous coopérons pour venir en aide aux migrants qui arrivent, souvent en situation de détresse. En 2011, 6 000 migrants ont ainsi bénéficié d’un soutien, dont près de 2 200 ont été transportés à Gao, via Kidal. Ils ont pu passer près de 1 200 appels téléphoniques avec leurs familles. De plus, 530 ressortissants maliens de retour de Libye ont été pris en charge par la Croix-Rouge malienne dans le cadre de ce projet.

Ces activités sont menées depuis notre bureau de Gao, qui dépend de la délégation pour le Mali et le Niger basée à Niamey. Elles doivent se poursuivre en 2012.

Comment le CICR parvient-il à travailler dans cette région en dépit de l'insécurité ?

L'insécurité est omniprésente dans le nord du Mali ; c'est une réalité incontournable. Des conflits intercommunautaires dus à la rareté des sources d'eau et aux espaces de pâturage réduits existent depuis toujours. À cela s'ajoutent aujourd’hui une importante circulation d'armes, le fait que la région est devenue une zone de transit pour les narcotrafiquants, et la présence de nouveaux groupes armés, qui ont notamment enlevé des Occidentaux.

Dans de telles circonstances, pour que le CICR puisse maintenir sa présence et ses activités dans le nord du Mali, il est essentiel qu’il soit connu et accepté. C'est pourquoi nous entretenons un dialogue continu avec les communautés, les autorités locales et – autant que possible – avec les divers groupes armés.

Les partenariats opérationnels sont aussi très importants si nous voulons renforcer cette acceptation et limiter les risques liés au banditisme pour nos équipes, tout en nous assurant que nos activités ont un impact positif sur les populations. À ce titre, la coopération avec la Croix-Rouge malienne, à tous les niveaux, est cruciale. Le CICR travaille également avec des prestataires de services privés, notamment avec une entreprise sahélienne de consultants vétérinaires, qui a été associée aux programmes de vaccination et de déstockage du bétail.