FAITS SAILLANTS
Recrudescence du nombre de civils victimes d’engins explosifs
Renforcement de la réponse humanitaire à Douentza
Environ 9 000 nouveaux ménages (54 000 personnes) déplacés dans la région de Ménaka suite aux violences armées
ANALYSE
Les enfants de plus en plus victimes des engins explosifs
Au premier trimestre de cette année, des sources humanitaires ont rapporté plusieurs cas d’incidents liés aux engins explosifs, faisant des victimes au sein des populations civiles. Plus touchant et qui interpelle, ce sont les cas des quatre enfants de 11 à 13 ans qui ont perdu la vie à Ségou et à Ansongo à la suite de l’explosion d’engins improvisés au cours des deux dernières semaines de mars. Le tableau de bord de l’accès humanitaire dénombre 39 incidents liés aux engins explosifs improvisés (EEI) avec plus d’une trentaine de morts et 86 blessés, toutes victimes confondues. Cette situation appelle à une action rapide, parce que la menace des engins explosifs s’étend des régions moins peuplées du nord à celles du centre et du sud, densément peuplées. La prolifération et l’éparpillement des EEI/mines dans les régions du centre impactent fortement l’accès des populations à leurs moyens d’existence, aux services sociaux de base et à l’assistance humanitaire.
Les rapports humanitaires de mars 2023 indiquent que l’engin qui a ôté la vie aux enfants à Ségou était dissimulé dans une canette de soda. Ce sont des indices que la menace explosive prend des formes pernicieuses de piège pour personnes innocentes et non averties.
L’ampleur et les formes que revêt la menace explosive dans l’espace humanitaire fait craindre à des acteurs humanitaires le risque d’être directement ciblés par les EEI/mines. Dans la région de Gao, une ONG internationale a décidé de suspendre provisoirement à fin mars ses activités de sensibilisation par peur d’être impactée par les engins explosifs. D’autres contournent les axes routiers classés rouge, avec comme conséquence des coûts supplémentaires sur leurs capacités d’intervention. Demain, une autre pourrait être amenée à arrêter une opération de distribution de vivres ou d’abris, alors que le besoin de sauver des vies se fait pressant aujourd’hui plus que jamais. Au-delà de la restriction de l’accès humanitaire, la menace explosive pose un véritable problème de protection autant pour les bénéficiaires que pour les acteurs humanitaires.
Avec l’intensification des mouvements de population observée au premier trimestre 2023, il est à craindre que l’impact humain des EEI devienne plus grand. Cela signifie pour la communauté humanitaire, qu’il faudra renforcer la coordination civilo-militaire dans le but de réduire l’utilisation des engins explosifs à des fins d’attaques contre les civils. Cela appelle aussi de notre part qu’il faut mobiliser plus de ressources en faveur de la lutte anti-mine humanitaire, aujourd’hui parmi les sections les moins financées de la protection. Le 4 avril, c’est la journée internationale de la lutte anti-mine. Sur les 15 derniers mois, les humanitaires et les populations civiles se sont trouvés confrontés à une moyenne mensuelle de 40 incidents, signe que la menace s’installe durablement, avec le risque de sophistication grandissante et un impact plus dévastateur. En prendre conscience est déjà le début de l’action. Nous devons agir. Car, une victime en plus est une victime de trop. La lutte anti-mine ne peut pas attendre.
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