Mali

Note contextuelle pour la situation de protection de la commune de Ménaka, région de Ménaka - Janvier 2018

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Préambule

Cette note a pour vocation d’orienter la coordinatrice humanitaire et l’ensemble de l’équipe humanitaire pays conformément aux recommandations du cluster protection et à la réunion extraordinaire de protection du 10 et 11 janvier 2018.

En date du 9 janvier, le mécanisme RRM a partagé une analyse de contexte préliminaire sur la situation qui prévaudrait dans la zone sud-ouest de la commune de Ménaka. L’analyse de contexte s’est faite sur la base des entretiens effectués avec le comité de veille et de crise, les leaders communautaires et les services techniques de Ménaka ville en raison d’un accès humanitaire restreint dans la zone sud-ouest de Ménaka. Selon cette analyse de contexte, la zone sud-ouest de la commune de Ménaka serait en proie à une situation sécuritaire délétère due à la présumée présence de groupes terroristes qui seraient notamment affiliés à Abou Walid Al Sahraoui (Etat Islamique) et Iyad Ag Ghali (Ansar Dine) et de leurs attaques contre les forces maliennes et internationales.

La force Barkhane effectuerait des opérations dans la zone pour lutter contre la présence des groupes présumés terroristes notamment au travers de la destruction de leurs camps d’entrainement dans la zone.

Le 16 décembre, la Force Barkhane aurait effectué des frappes aériennes contre des positions présumées terroristes et aurait occasionné la mort de 2 civils (bergers) à proximité des sites de Tindibawene et de Inarabane respectivement situés à 25 et 30 km d’Ifoukareitane dans la commune de Ménaka. Ces frappes auraient créé un climat de peur et engendré la fuite des populations (apparentées aux communautés Zarma, Tamasheq, Daoussahad, Peuhls, Arabes, Imgahd et Dabakar) des localités de Singi Intabakat , Inzouya Tchaou Koukou et Galaou situées à environ 70 km de Ménaka, dans la zone sud-ouest Ménaka.

Les populations desdites localités seraient arrivées par vagues les 17 et 20 décembre dans les sites de Lanboutane, Infoukaretane, Akourardouft, Agarausse, Anekar, Tibinkar, Tibinkar Assingui, Afalat,
Tinazro, Gandatideye, Awagaman, Wakhassa, Inarabane, Kossaye, Hamagata, Akalafa, Tissalate,
Tanbarkot, Hamagata, Wagamane, Akabar, Mahiyou, Salanga, Zock, Teringuit, Tidinbawene, Inazol,
Intikessit, Inkadagotane,Toumane, Akalafa, Injangalane, et Tinamamalonane dans la commune de Ménaka .

Selon les informations reçues par le mécanisme RRM (mais non encore vérifiées), le nombre de ménages déplacés serait estimé à 447. Les personnes se seraient déplacées sans leurs biens et auraient été accueillies par des familles hôtes qui partageraient avec eux leurs biens et ressources. L’arrivée des personnes déplacées au sein des communautés hôtes contribuerait à la détérioration des conditions de vie de ces dernières. La déségrégation par sexe et âge de la composition de ces ménages et les informations concernant la vulnérabilité des ménages ne sont pas disponibles.

Les ménages auraient indiqué ne pas souhaiter rentrer dans leurs sites d’origine à court terme pour les raisons suivantes : les opérations militaires en cours par Barkhane mais aussi les patrouilles mixtes du G5 Sahel dans le cadre des opérations « Dongo » et « Hawbi ».

En outre, une analyse de contexte approfondie et des risques de protection est requise pour poser les jalons d’un accès humanitaire et d’une éventuelle assistance des populations déplacées. En effet, des incertitudes prévaudraient quant à la détérioration du contexte sécuritaire dans la zone, et une présumée influence des groupes terroristes sur les communautés.

Le cluster protection déplore que les opérations militaires de la Force Barkhane impacte sur la situation de la protection des civils dans la zone Sud-Ouest de la commune de Ménaka. Le cluster protection est aussi préoccupé par l’éventualité d’autres dommages collatéraux sur les populations qui pourraient survenir dans le cadre des opérations militaires du G5 Sahel et de la Force Barkhane dans la région de Ménaka et dans les autres zones d’intervention.

Recommandations :

A la Coordinatrice Humanitaire,

  • D’utiliser ses bons offices auprès du commandement de Force Barkhane et du G5 Sahel afin que les forces préservent la population civile dans le cadre de leurs interventions.

  • D’intervenir auprès de la coordination civilo-militaire afin de négocier l’accès dans les sites affectés de la commune de Ménaka pour permettre aux ONG de mener une analyse de contexte et des risques de protection approfondie.

  • D’intercéder auprès du gouvernement malien et de la MINUSMA pour instaurer un environnement sécurisé pour les communautés, assurer la protection des civils (notamment par le monitoring des violations des droits de l’homme, des actions de cohésion sociale), et la présence de l’administration et des services de base dans ces zones reculées de la commune de Ménaka.

  • De mobiliser des financements pour que les acteurs humanitaires puissent évaluer et répondre de manière multisectorielle aux besoins des ménages déplacés dans les cercles d’Anderamboukane, Inekar, Tidermerne et Ménaka de la région de Ménaka.