Mali

Mali: Rapport mensuel sur la sécurité alimentaire - Mesures d'urgence dans les zones déficitaires

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Situation Report
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RESUME
Malgré une production céréalière prévisionnelle moyenne, l'existence de poches de déficits de production agricole au Mali a amené la FAO et le CILSS à entreprendre en février 2003, une mission conjointe. L'objectif de la mission était d'actualiser la situation alimentaire courante et l'état d'approvisionnement des marchés.

L'examen du bilan céréalier prévisionnel donne un déficit quelque soit le chiffre de production retenu.

Le Gouvernement a procédé à la distribution alimentaire gratuite de 9 513 tonnes de céréales à 350 000 personnes éprouvées est effective au nord des régions de Kayes (cercles de Kayes, Diéma, Nioro) et de Koulikoro (cercle de Nara).

La situation alimentaire risque de se détériorer avec la crise socio-politique en Côte d'ivoire. Les conséquences de ce conflit en Côte d'Ivoire sont multiples pour le Mali.

Selon l'OMA, les niveaux des prix des céréales sont certes très élevés, mais à I'analyse, on constate qu'ils augmentent moins vite que ceux des mêmes périodes de l'année dernière. On constate une réduction progressive des écarts de novembre 2002 à janvier 2003.

La mission a formulé des recommandations dont :

  • le programme d'importation pour atténuer le déficit céréalier,
  • le renforcement des mécanismes de prévention et de gestion de la situation alimentaire,
  • l'accélération de la mise en Suvre du Recensement National de l'Agriculture,
  • le suivi des mouvements des populations et du bétail entre le Mali et les pays frontaliers,
  • la poursuite par la FAO et le CILSS de leur collaboration dans le cadre du système de veille régional sur la situation agricole et alimentaire au Sahel et
  • le soutien du Gouvernement malien au système d'information sur la situation agricole et alimentaire.
I. RAPPEL DU DEROULEMENT DE LA CAMPAGNE AGRICOLE 2002/03

Le déroulement de la campagne agricole 2002/03, reste caractérisé par les perturbations pluviométriques (installation tardive, déficits et arrêts pluviométriques) pendant la saison pluviale de mai à octobre. Ceci a entraîné une diversité dans l'évolution de la campagne agricole (prolongation des semis, resemis et repiquage). Malgré les pluies enregistrées en octobre et qui ont été bénéfiques aux semis tardifs, les cumuls mensuels et saisonniers sont restés déficitaires par rapport à l'année dernière et à la moyenne 1971-2000.

L'examen du bilan céréalier prévisionnel donne un déficit quelque soit le chiffre de production retenu. Les poches de déficit se traduiront par des pénuries alimentaires localisées. Déjà, la distribution alimentaire gratuite de 9 513 tonnes de céréales à 350 000 personnes éprouvées est effective au nord des régions de Kayes (cercles de Kayes, Diéma, Nioro) et de Koulikoro (cercle de Nara).

La situation alimentaire risque de se détériorer avec la crise socio-politique en Côte d'ivoire. La perturbation des approvisionnements alimentaires, les arrivées de populations démunies fuyant les zones de conflit, la diminution des revenus provenant de la vente de bétail exporté en Côte d'ivoire, le niveau élevé des prix des céréales sont autant d'éléments favorables à cette détérioration.

Face à cette situation, le Gouvernement avait déjà pris certaines mesures :

  • la reconstitution du Stock National de Sécurité Alimentaire à hauteur de 34 339 tonnes (niveau optimum 35 000 tonnes) ;
  • la distribution alimentaire gratuite de 9 513 tonnes. Un autre programme de distribution gratuite de 12 000 tonnes est positionné ;
  • la vente d'intervention de céréales sur les marchés des régions les plus affectées ;
  • la mise en place de Banques de Céréales Villageoises pour 3 000 tonnes ;
  • la suppression de la Taxe sur Valeur Ajoutée (TVA) sur 40 000 tonnes de riz importé.
II. CONSEQUENCES DE LA CRISE SOCIO-POLITIQUE EN COTE D'IVOIRE

Depuis le mois de septembre dernier, la crise en Côte d'Ivoire a provoqué d'importants déplacements de populations. Environ 2,6 millions de maliens vivent en Côte d'Ivoire. Des familles maliennes, installées en Côte d'Ivoire depuis parfois plusieurs décennies, ont regagné le Mali. Selon la Direction Nationale de la Protection Civile (DNPC), au 31 janvier 2003, 34 262 nationaux et 511 étrangers réfugiés dont 419 ivoiriens installés dans des camps ont été recensés.

D'autres, non recensés, reviennent par leurs propres moyens et les premières estimations avancées dépassent le chiffre de 130 000 personnes. L'ensemble du pays est touché mais les zones particulièrement concernées par ces rapatriements sont les régions de Sikasso (zone agricole frontalière à la Côte d'Ivoire), de Kayes et de Koulikoro (bande sahélienne o=F9 l'immigration est traditionnelle) et du delta de Mopti (communautés de pêcheurs).

Les conséquences de ce conflit en Côte d'Ivoire sont multiples :

  • les femmes, les jeunes et les enfants, constituant l'essentiel des rapatriés, arrivent la plupart du temps les mains vides. Ces rapatriés sont généralement des agriculteurs, des éleveurs ou des pêcheurs.
  • la forte baisse de l'important soutien financier qu'apportaient ces rapatriés à leurs localités d'origine, élément important de la sécurité alimentaires des familles. La perte de ces revenus représente un risque d'aggravation de la pauvreté.
  • en plus de ce manque à gagner, les familles d'accueil auront plus de charges surtout celles ayant connu une mauvaise campagne agricole. Déjà la vente d'animaux notamment de trait, pour des achats de nourriture supplémentaire, est signalée par endroits dans la bande sahélienne.
  • l'exportation de bétail en Côte d'Ivoire représente le deuxième produit du pays. Cette filière est en ce moment perturbée mais on constate après l'arrêt survenu à partir d'Octobre 2002 une reprise en décembre vers le Sud de la Côte d'Ivoire via le Ghana.
  • des questions foncières sont probables avec l'installation des camps et son corollaire de pression sur un environnement déjà fragile.
III. EVOLUTION DES MARCHES CEREALIERS

Sur les marchés céréaliers, les prix des céréales, considérés toujours élevés, ont enregistré une hausse depuis l'année 2002 qui a continué jusqu'au début des récoltes. Selon l'Observatoire du Marché Agricole (OMA), cette hausse des prix des céréales a été contenue grâce à l'amélioration de l'approvisionnement des marchés à partir des importations commerciales et des distributions alimentaires gratuites effectuées par le gouvernement ainsi que les interventions d'offres publiques de vente de l'Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM). Les tendances des marchés céréaliers pourraient connaître en 2003 des tensions aussi importantes qu'en 2002 si des importations en provenance du marché international ne venaient renforcer les disponibilités.

1. Céréales sèches

La campagne de commercialisation 2002/03 se caractérise par des niveaux de prix encore supérieurs par rapport à ceux de 2001/02. Les facteurs climatiques liés à la campagne agricole 2002/03, couplés avec la faiblesse des stocks reports 2002/03 et d'autres facteurs, notamment la reconstitution des stocks publics, communautaires et privés expliquent pour l'essentiel cette situation. En effet, sur le marché de Ségou - principale zone de production de mil, on relève une hausse de 20% entre les prix à la consommation du mil de la campagne e\ cours et ceux de la même période de la campagne 2001/02. Déjà au démarrage de la présente campagne en novembre 2002, les prix se sont affichés à 158 F/Kg contre 130 F/Kg la campagne précédente, soit 28 F/Kg d'écart. Comparé à la moyenne des cinq dernières années qui est de 93 F/Kg, on observe un écart de 57 F/Kg (Graphique 1).