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Mali : Rapport mensuel sur la sécurité alimentaire mai 2005 - Prix des céréales en voie de se stabiliser

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SOMMAIRE ET IMPLICATIONS

La très forte demande locale et de pays voisins a induit une hausse des prix des céréales sur les marchés du pays. Cependant, l’offre de céréales sur les marchés, la suspension des taxes à l’importation du maïs de la Cote d’Ivoire, la facilitation des importations de riz, toutes les actions menées par l’Etat (ventes d’intervention et par offre publique, banques de céréales, etc.), le démarrage jusque là satisfaisant de la campagne agricole 2005/06 permettent d’espérer au cours des prochains mois une stabilité des prix aux consommateurs. De très légères baisses de prix des céréales sèches pourraient même intervenir.

Pendant les deux premières décades du mois de mai, des pluies utiles à la campagne agricole 2005/06 ont été enregistrées à travers le pays. Elles ont été surtout importantes dans les zones au sud du pays. Ces pluies sont dans l’ensemble déficitaires mais supérieures à celles de l’année dernière à la même période. Cette période correspond au pic de la soudure pour les animaux et cette phase cruciale demeurera jusqu’à la régénération du couvert herbacé à la faveur de l’installation définitive des pluies. Les activités agricoles de contre saison se poursuivent tandis que la préparation des champs de cultures sèches (défrichage, transport et épandage de fumier) pour la campagne pluviale 2005/06 s’intensifie dans les principales zones agricoles du pays. Quelques semis sont observés au sud du pays dans la région de Sikasso.

CALENDRIER SAISONNIER



RESUME DES RISQUES ACTUELS

- Les marchés céréaliers sont approvisionnés tandis que la hausse des prix se poursuit avec une tendance à la stabilisation sur certains marchés de consommation du pays.

- La période de soudure des animaux se poursuit. Cette période est la plus difficile et elle ne prendra fin qu’avec la régénération des herbacées à la faveur de l’installation définitive des pluies. Les conditions d’abreuvement demeurent également difficiles en cette période.

- Les conditions de biomasse au 20 mai attestent cette détérioration des pâturages.

- La situation acridienne bien que relativement calme mérite une attention permanente.

SITUATION DE LA SECURITE ALIMENTAIRE

Les ménages pasteurs peinent en ce moment en raison du pic de la période de soudure que traversent les animaux et cela jusqu’à l’installation définitive des pluies. Les pâturages et les conditions d’abreuvement sont détériorés soumettant ainsi les troupeaux à de longues marches. Les productions laitières sont des plus faibles en cette période.

Par ailleurs, malgré la hausse des prix des céréales, les ménages continuent à accéder aux marchés céréaliers régulièrement approvisionnés à travers l’ensemble du pays. Les niveaux des prix des céréales sèches sont toujours

supérieurs à la moyenne des cinq dernières années tout en demeurant inférieurs aux records des années 2002 et 2003. L’évolution actuelle des marchés céréaliers présage d’une tendance prochaine des prix à la stabilisation. Il est certain qu’aucune perspective de rupture d’approvisionnement ne soit envisageable cette année.

CONDITIONS AGRICOLES EN CE DEBUT DE SAISON 2005

L’évolution favorable des conditions météorologiques - a - occasionné d’importantes quantités de pluies à travers le pays et surtout dans la zone agricole soudanienne au sud du pays (Sikasso, Bougouni, Koutiala et Kéniéba) pendant les deux premières décades de mai. Ces pluies sont utiles à la campagne agricole 2005/06 dans ces zones. Cependant, le cumul pluviométrique à la date du 20 mai dans la même zone, est déficitaire dans l’ensemble mais largement supérieur à celui de l’année dernière. Seules les stations de Sikasso et Kéniéba, ont enregistré des hauteurs supérieures à la normale (Graphique 1).



Ailleurs, des pluies ont été également enregistrées dans la bande sahélienne au centre du pays. Cependant, les activités agricoles dans ces zones ne démarreront que plus tard.

On observe une précocité du début de la saison agricole qui s’illustre parfaitement à travers les images satellitaires ci-dessous. Une bonne partie de la moitié sud du pays a connu un début précoce de saison. (Figure 1)



La situation hydrologique se caractérise par la poursuite de la décrue sur l’ensemble des cours d’eau du pays. A la date du 20 mai, on constate que les niveaux sont supérieurs aux moyennes interannuelles et à ceux de l’année dernière à la même période sur le Niger à Koulikoro et Mopti. Par contre de Diré (région de Tombouctou) à Ansongo (région de Gao), ils demeurent inférieurs (Graphique 2).


En perspective la décrue se poursuivra sur les principaux cours d’eau jusqu’à l’intensification définitive des pluies.

ACTIVITES AGRICOLES DE CONTRE SAISON ET DEMARRAGE DE LA CAMPAGNE AGRICOLE PLUVIALE 2005/06

Au titre des activités agricoles courantes de contre saison, les opérations de récolte, transformation, conservation et de commercialisation des produits maraîchers se poursuivent à l’Office du Niger (ON) à Ségou. 5 688 ha ont été réalisés jusqu’au 10 mai contre 4 259 ha l’année dernière à la même période.

Quant au riz de contre saison, les plants sont au stade d’épiaison-maturation et début récoltes pour les premiers repiquages. Les superficies repiquées à la date du 10 mai 2005 sont de 7 583 ha sur une prévision de 7 810 ha contre 4 888 ha réalisés l’année dernière à la même période.

La préparation des champs de cultures pluviales (défrichage, transport et épandage de fumiers) pour la campagne agricole 2005/06 est en cours dans les principales zones agricoles du pays. Dans la région de Sikasso au sud du pays, quelques semis ont commencé.

Comme d’habitude, le Groupe de Travail Pluridisciplinaire et d’Assistance Agrométéorologique (GTPA), a effectué la programmation de ses activités de suivi de la campagne agropastorale 2005/06 : dix huit réunions décadaires sont prévues du 13 mai au 03 novembre, trois visites de terrain en juillet, août et octobre suivant six axes couvrant l’ensemble du pays et une réunion de synthèse en décembre. FEWS NET comme par le passé, participera activement au suivi de cette campagne en collaboration avec les autres partenaires.

CONDITIONS D’ELEVAGE

Cette période correspond au pic de la soudure pour les animaux. Cette phase cruciale demeurera jusqu’à la régénération du couvert herbacé à la faveur de l’installation définitive des pluies.

Loin des points d’eau permanents (fleuves), les pâturages exondés sont pauvres et détériorés en cette période de l’année. Cependant, on observe un début de régénération du couvert aérien et herbacé par endroits dans les zones sud du pays et dans la bande sahélienne.

Les conditions d’abreuvement sont relativement satisfaisantes dans l’ensemble autour des points d’eau permanents. Elles sont de plus en plus difficiles en ce moment à travers les régions septentrionales de Tombouctou, Gao et Kidal.

L’état d’embonpoint des animaux est affecté par la période de soudure.

L’analyse des conditions de biomasse (NDVI : Indice de Végétation par la Différence Normalisée) de la deuxième décade du mois de mai corrobore cette pauvreté du couvert végétatif dans l’ensemble des zones pastorales du pays (Figure 2).



CONDITIONS PHYTOSANITAIRES ET MISE A JOUR SUR LE CRIQUET PELERIN

La situation phytosanitaire est relativement calme dans le pays. Toutefois, on note la présence des oiseaux granivores dans la zone Office du Niger à Ségou et dans certaines localités de la région de Mopti. A l’office du Niger, les producteurs procèdent en ce moment à la chasse aux oiseaux notamment sur les champs de riz épiés.

La situation est calme en ce mois de mai sur l’ensemble du territoire. Même si les conditions météorologiques et écologiques restent défavorables sur la plupart des zones grégarigènes du Criquet pèlerin au Mali, l’Unité Nationale de Lutte contre le Criquet Pèlerin (UNLCP) annonçait en prévisions depuis fin avril des individus dispersés à travers les aires d’habitats naturels à la recherche ou à l’attente de conditions meilleures. Avec la situation qui prévaut au Niger, on pourrait voir l’arrivée d’essaims au nord, dans l’aire d’habitat traditionnel. Ceci mérite une attention permanente.

MARCHES CEREALIERS

Les marchés céréaliers du pays sont fournis, mais la hausse des prix des céréales enregistrée depuis la période post-récolte en janvier se poursuit. Cependant, sur certains marchés de consommation des capitales régionales du pays tels Kayes et Mopti, l’évolution du prix moyen du mil au mois de mai se caractérise par une réduction des marges de hausse. La plus forte hausse par rapport au mois d’avril a été enregistrée à Ségou avec 14% et une légère baisse de 0,5% à Kayes (Graphique 3).



L’évolution des prix présageait des lendemains relativement plus tendus en terme de hausse. Les prix avaient atteint dès les mois de janvier/février des niveaux similaires à ceux des périodes de soudure (août) où les prix atteignent leur pic. Cependant, les dernières tendances des marchés contribuent à envisager une atténuation de la tension de hausse éventuelle des prix.

Bien que cette tendance à la stabilité sinon à la baisse soit amorcée, les prix demeurent toujours à des paliers élevés mais inférieurs aux records des années 2002 et 2003.

Une panique s’est installée à tous les niveaux depuis le début de la campagne de commercialisation surtout dans le milieu des autorités

suite à l’invasion acridienne sans précédent. Cependant, on retiendra que les effets des criquets ont été moindres avec toute la mobilisation du pays. Beaucoup de questions se posaient sur l’approvisionnement des marchés en céréales et l’évolution future des prix.

Selon l’Observatoire du Marché Agricole (OMA), très tôt, les marchés céréaliers ont été pris d’assaut d’une part par les demandes intérieures constituées essentiellement par les consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat conséquent et soucieux de constituer les stocks de sécurité familiaux. A cela se sont ajoutés la demande des commerçants des zones affectées par les invasions acridiennes et les achats institutionnels de l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM) et du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

A la même période, il a été enregistré une forte demande de l’extérieur (Niger, Sénégal, Mauritanie). Toutes ces demandes ont vite fait hausser rapidement les prix (Graphique 4).



Les céréales sèches, notamment le mil rentre très largement dans les habitudes alimentaires des populations du Sahel. C’est ce qui explique la présence massive des commerçants des pays voisins (Sénégal, Mauritanie, Niger et Burkina Faso) au Mali à la recherche de céréales et proposant toujours des prix plus élevés que leurs homologues du Mali.

Le facteur prix semble donc être un élément très déterminant dans la mise en marchés des céréales par les producteurs. Ceci conforte l’hypothèse de l’existence de stocks reports de la campagne 2003/04 beaucoup plus importants que l’on avait imaginé.

Un autre facteur très déterminant dans la hausse des prix cette année réside dans la parfaite intégration des marchés de la sous région qui, avec la présence des commerçants étrangers, a favorisé une accélération des hausses de prix en raison de l’écart de pouvoir d’achat et de la situation alimentaire relativement moins bonne dans les pays concernés.

Les hausses de prix des céréales sèches ont été favorisées enfin par les taxes à l’importation qui ont frappé le maïs en provenance du Nord de la Côte d’Ivoire.

Cette hausse des prix est certes un avantage pour les détenteurs de stocks, mais constitue en même temps une contrainte pour les consommateurs, notamment les producteurs acheteurs nets qui s’approvisionnent actuellement en céréales sur les marchés. Dans tous les cas, une rupture de stocks de céréales sèches n’est pas envisageable cette année même au plus fort de la période de soudure.

L’offre de céréales sur les marchés, la suspension des taxes à l’importation du maïs, la facilitation des importations de riz, toutes les actions menées par l’Etat (ventes d’intervention et par offre publique, banques de céréales, etc.), le démarrage jusque là satisfaisant de la campagne agricole 2005/06 permettent d’espérer au cours des prochains mois une stabilité des prix aux consommateurs. De très légères baisses de prix des céréales sèches pourraient même intervenir.