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Mali: Plus d'un million de personnes menacées de malnutrition

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BAMAKO, le 21 juin (IRIN) - Au Mali, les prix des denrées alimentaires montent en flèche et le bétail, un bien précieux, est décimé en raison de la sécheresse et de la destruction des cultures et des pâturages par les criquets.
Le gouvernement a demandé une aide alimentaire d'urgence, pour aider 1,1 millions de personnes vulnérables, dont une majorité vit à la lisière sud du Sahara.

Toutefois, les représentants humanitaires affirment que la réponse des bailleurs internationaux a été particulièrement décevante.

L'organisation caritative française Action contre la faim (ACF) a averti que la rareté de l'eau et des pâturages pourrait bientôt constituer une source de conflit entre les fermiers locaux et les bergers nomades qui ont, pour beaucoup d'entre eux, quitté le Niger ou le Burkina Faso voisins pour s'installer dans l'est du Mali.

Selon une étude menée par le gouvernement cette année, la famine menace 101 communes situées le long du 15e parallèle et dans les régions semi-arides au nord de ce parallèle entre Kayes (à l'ouest) et Gao, près de la frontière nigérienne (à l'est), en passant par Mopti, sur le fleuve Niger, au centre du Mali.

« Si des décisions énergiques ne sont pas prises rapidement, l'état nutritionnel des populations va s'aggraver », a déclaré à IRIN Mary Diallo, directeur du Système d'alerte précoce (SAP).

« Nous pensons que le taux de malnutrition dans le nord du pays dépasse déjà les 40 pour cent », a-t-il poursuivi, en ajoutant que l'Union européenne avait accepté de financer une nouvelle étude de la situation dans cette région.

L'organisation humanitaire Oxfam tire également la sonnette d'alarme face à la situation actuelle dans la région reculée, située au nord du coude du fleuve Niger. L'organisation s'est fixé pour objectif d'aider 50 000 d'habitants de cette région d'ici au mois d'août.

Selon Nick Ireland, un représentant de la branche régionale d'Oxfam pour l'Afrique de l'Ouest, installée à Dakar, « Dans le nord, nous avons relevé des signes alarmants de malnutrition, et nous recommandons vivement à Action Contre La Faim (ACF) et au Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) de s'y rendre pour y effectuer leurs propres études. »

Nick Ireland a déclaré que des communautés de pasteurs isolées, ne sachant pas qu'elles pouvaient recourir à une aide alimentaire externe, s'étaient regroupées autour de puits éloignés pour tenter désespérément de sauver leurs animaux.

Oxfam a rapporté en mai que le taux de mortalité infantile avait atteint un niveau record au sein des communautés pastorales du nord du Mali.

Selon l'organisation, « une famille sur cinq a perdu un enfant au cours des six derniers mois ».

Les pénuries alimentaires sont un éternel problème au Mali, un pays pauvre où les paysans qui pratiquent une agriculture de subsistance doivent généralement se serrer la ceinture à partir de juillet jusqu'au début de la nouvelle récolte, en septembre, à la fin de la saison des pluies.

Mais cette année promet d'être particulièrement rude et la période de soudure semble avoir commencé plus tôt que d'habitude.

Le ministère de l'Agriculture estimait en mars dernier que la production de grain avait chuté à 2,8 millions de tonnes l'année dernière, comparée aux 3,3 millions de 2003.

Diallo, du SAP, un service rattaché à la présidence de la République du Mali, a prédit que 10 à 15 pour cent du bétail malien mourrait de soif ou de faim cette année.

« Nous avons un problème de surpâturage et de sécurité alimentaire dans des régions telles que la vallée du fleuve Niger, qui a attiré le bétail et les chèvres du Niger et du Burkina Faso », a-t-il expliqué.

« Ces troupeaux sont condamnés à rester là-bas. Ils ne peuvent être ramenés dans leur pays d'origine car tous les points d'eau situés le long du chemin de transhumance ont été asséchés. »

Une information confirmée par ACF, qui a déclaré dans un rapport remis à IRIN que, depuis décembre dernier, des nomades peuls et tamasheq conduisaient de grands troupeaux de zébus jusqu'à la région de Gourma, dans le sud-est du Mali.

La région de Gourma se trouve au sud de Tombouctou et de Gao, toutes deux situées sur le fleuve Niger. Elle est limitée au sud par le Burkina Faso, et à l'est par le Niger.

« Il est certain qu'un nombre important d'animaux vont mourir et des conflits sont à prévoir », a averti ACF. « Il est peu probable que les zones d'accueil soient en mesure de fournir eau et pâturage à plusieurs centaines de milliers d'animaux ».

ACF craint de voir éclater des conflits entre les nomades et les communautés maliennes. Mary Diallo parle même d'une « crise de grande ampleur », qui pourrait être provoquée si les nomades actuellement sur le territoire malien ne regagnent pas rapidement leurs pays d'origine.

Pour sa part, Pedro Recalde, représentant du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) au Mali, a en revanche déclaré que des précipitations précoces et abondantes pourrait encore sauver la situation.

« Si les pluies sont abondantes, l'herbe va pousser et les pâturages vont permettre aux troupeaux de rentrer chez eux », a-t-il affirmé.

Selon Mary Diallo, la saison des pluies a été plus courte que l'année dernière. Ce déficit pluviométrique a ralenti la repousse de l'herbe dans les pâturages maliens et n'a pas permis au fleuve Niger et à ses affluents de sortir de leur lit et d'inonder les plaines rizicoles.

« Les criquets ont fait moins de dégâts que le déficit pluviométrique », a-t-il déclaré. « Les pâturages n'ont pas été correctement arrosés et la production de riz, de l'ordre de 900 000 tonnes par an, a fortement baissé ».

Le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), qui évalue chaque année les cultures de l'Afrique de l'Ouest en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le PAM, a déclaré en mai que les récoltes ont été globalement satisfaisantes dans le sud du Mali l'année dernière et que le pays devrait bénéficier d'un surplus vivrier de 422 000 tonnes.

Toutefois, la hausse exponentielle du prix des céréales dans l'ensemble du pays reflète une toute autre réalité.

Les commerçants de Bamako, la capitale, affirment que les prix des denrées alimentaires ont doublé au cours des 12 derniers mois.

Le sac de mil de 100 kilos, censé nourrir une famille pendant une vingtaine de jours, coûte aujourd'hui 20 000 francs CFA (32 dollars américains), contre 10 000 francs CFA (16 dollars américains) l'année dernière à la même période.

Quant au riz, son prix est aujourd'hui de 500 francs CFA (1 dollar américain). Il y a douze mois encore, il était de 232 francs CFA (46 cents américains), soit moins de la moitié.

A la fin du mois de mai, le gouvernement malien avait distribué 18 000 tonnes de maïs, de mil et de sorgho, puisées dans les réserves alimentaires du pays, pour nourrir les habitants affamés des régions les plus démunies. Au cours du seul mois de mai, les autorités ont distribué 9 000 tonnes de vivres.

Toutefois Diallo a averti que même les réserves financières, qui pourraient servir à acheter plus de céréales, ne suffiraient pas.

Le PAM a sollicité les bailleurs de fonds à hauteur de 7,4 millions de dollars américains afin de fournir une aide alimentaire supplémentaire au Mali. Néanmoins, selon Recalde, seuls 3 millions de dollars ont été collectés jusqu'à présent.

Cette année, la saison des pluies a bien commencé, avec plusieurs grosses averses en mai et au début du mois de juin ; mais Diallo a prévenu que le moindre déficit pluviométrique pourrait plonger le pays entier dans une crise alimentaire.

« Si les pluies ne sont pas abondantes, nous nous trouverons en situation d'urgence et les populations des 12e, 13e et 14e parallèles seront touchées », a-t-il déclaré.

ACF est particulièrement préoccupé par la situation actuelle dans la région de Tombouctou, de Kidal et de Gao (nord-est), qui aurait perdu, l'année dernière, 48 pour cent de ses récoltes.

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