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Mali : Magré le déni des autorités maliennes, les risques de famine sont réels

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BAMAKO, le 27 juillet (IRIN) - Il n'y a aucun risque de famille au Mali cette année a affirmé la responsable de la sécurité alimentaire du gouvernement malien, depuis son bureau de la capitale Bamako, mais certains travailleurs humanitaires présents dans les régions arides du nord et de l'est du pays sont manifestement d'avis contraire.
« Dieu merci, nous n'avons pas de risque de famine », a déclaré mardi à IRIN la Commissaire à la sécurité alimentaire, Mme Lansry Nana Yaya Haidara.

M. Mary Diallo, coordonnateur du système d'alerte précoce du gouvernement, a confirmé qu'il n'y avait aucune crise alimentaire au Mali. « Je suis le premier qui intervient en amont et en aval sur tout ce qui concerne cette situation. Rassurez-vous, les faits démentent cette situation » a-t-il ajouté.

Tous deux intervenaient depuis une localité située dans les régions boisées du sud du Mali qui ont eu un bon niveau de précipitations et des récoltes correctes l'année dernière, et où les prix des denrées alimentaires sont restés stables.

Mais selon les Nations unies, plus de deux millions de personnes vivant dans la région semi-désertique du grand nord auront besoin d'une aide alimentaire cette année en raison du faible niveau de pluie et de l'invasion des criquets pèlerins enregistrés en 2004.

« Près de 2,2 millions de personnes - 20 pour cent de la population malienne - pourrait être confrontées à l'insécurité alimentaire ou à la famine si, les opérations en cours s'arrêtaient avant la fin de la période de soudure, par manque de soutien, a indiqué le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un rapport du 21 juillet.

Bien qu'elle affirme que le Mali ne connaît pas une crise alimentaire majeure, cette année - contrairement à son voisin, le Niger, où les agences humanitaires internationales se battent pour sauver 3,6 millions de personnes de la faim -, Mme Haïdara reconnaît que le niveau du stock national de sécurité est bas et qu'il doit être reconstitué de toute urgence.

Le gouvernement malien a distribué 9 146 tonnes de céréales dans 83 communes en novembre et décembre, et selon Haïdara, le fonds financier de 5,5 milliards de FCFA (10 millions de dollars) destiné à acheter 35 000 tonnes du stock de sécurité est à présent épuisé.

« Nous lançons un appel à la communauté internationale pour nous venir en aide pour reconstituer ce fonds », a-t-elle conclu.

La région nord du Mali se situe dans la zone sahélienne semi-aride qui s'étend de la Mauritanie, à l'ouest, au Tchad, à l'est. Cette région a souffert l'année dernière des effets conjugués de l'invasion acridienne et de la sécheresse.

En conséquence, les Nations unies estiment à plus de six millions le nombre de personnes confrontées actuellement aux pénuries alimentaires qui sévissent dans la région.

Certes, la crise alimentaire au Niger fait maintenant les gros titres de la presse internationale, mais à en croire l'agence humanitaire anglaise Oxfam, de nombreuses personnes souffrent également au Mali.

Selon Hélène Breton, Conseillère en sécurité alimentaire pour le bureau régional Afrique de l'Ouest de Oxfam, au Royaume-uni, la situation au Mali est similaire à celle du Niger, mais elle a été simplement ignorée.

« La situation alimentaire est mauvaise - Le manque de stocks de sécurité au Mali et comparable à celui du Niger », a affirmé Mme Breton, qui rentrait d'un voyage au Mali. « Mais les problèmes au Mali se posent dans les régions reculées du nord qui sont généralement ignorées », a-t-elle ajouté.

Les travailleurs humanitaires ont souligné que les régions situées au nord du 14ième parallèle étaient les plus touchées au Mali. Il s'agit notamment des régions pauvres des alentours de Kayes, à l'ouest, de Mopti, Tombouctou et Gao sur le fleuve Niger et de Kidal, dans la zone reculée et peuplée de bandits de l'Adrar des Iforas, au nord-est du Mali.

Depuis novembre 2004, les autorités nigériennes ont averti la communauté internationale de l'imminence d'une pénurie alimentaire au Niger, mais l'aide commence à peine à affluer, depuis que des photos de nourrissons squelettiques font la Une des journaux.

Un travailleur humanitaire a confié à IRIN la semaine dernière que la situation au Niger a évolué parce que le « Niger est devenu un sujet à la mode, et que des enfants sont en train de mourir ».

Mais selon Oxfam, des enfants sont aussi en train de mourir au Mali.

« Il y a beaucoup de cas de malnutrition et d'après nos études - qui ne sont pas scientifiques - la mortalité infantile y semble être plus élevée que la normale », a expliqué Mme Berton.

Angelina Le, du Secours islamique, une institution caritative qui a distribué en début de mois 95 tonnes d'aide alimentaire dans cinq villes et villages de la région de Tombouctou, a confirmé que la situation au Mali était préoccupante.

« La malnutrition n'est pas endémique [comme au Niger], mais chronique", a indiqué Le. Quelque 5 000 enfants maliens dans le nord souffrent déjà de malnutrition aiguë et le taux de mortalité infantile a atteint des niveaux records dans certaines localités du nord, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Le PAM estime que la production agricole a baissé de 42 pour cent par rapport à l'année dernière et qu'elle est de 25 pour cent inférieure à la production moyenne des cinq années précédentes.

« Le Mali doit procéder le plus tôt possible à une distribution alimentaire gratuite », a indiqué Mme Breton. « Dès décembre 2004, déjà, des études menées par Oxfam avaient révélé que beaucoup de gens avaient réduit leur consommation pour pouvoir faire face à la pénurie alimentaire ».

Selon le PAM, les stratégies d'adaptation traditionnelles employées dans les communautés éloignées du nord du Mali ont toutes été utilisées.

L'agence des Nations unies a aussi constaté que certaines communautés avaient commencé à vendre les mâles reproducteurs de leurs cheptels de bovins, de chameaux, et de moutons - fragilisant ainsi leur situation pour les années à venir -, et que beaucoup d'éleveurs nomades parcouraient des distances bien plus longues que d'habitude pour rechercher de la nourriture et des pâturages.

Mais retrouver ces groupes nomades dans les vastes zones arides sahéliennes du nord du Mali constitue l'un des obstacles majeurs auquel le programme de distribution alimentaire gratuite devra faire face.

« Il y a tout à faire au Mali, mais cela n'intéresse pas vraiment les bailleurs car il n'est pas facile d'y travailler », a expliqué Mme Breton. « Le pays est immense et les régions à couvrir sont très vastes. Paradoxalement, le pays est peu peuplé », a-t-elle ajouté.

Les pénuries alimentaires au Mali, comme au Niger, ont entraîné une flambée du prix des denrées dans les régions les plus touchées.

Selon les habitants de Gao, localité située à 1 200 km au Nord-est de Bamako, un sac de 100 kg de mil, censé nourrir une famille pendant 20 jours, coûte actuellement 22 500 FCFA (41 dollars), contre 15 000 FCFA l'année dernière à la même période.

Le riz du sac de riz à Gao a pratiquement doublé par rapport à l'année dernière, ont-ils ajouté.

Michel Laguesse, adjoint au directeur du PAM au Mali, a néanmoins relativisé les affirmations selon lesquelles le Mali est confronté à une grave crise alimentaire.

« Les bailleurs, le personnel technique, les travailleurs humanitaires et le gouvernement mettent tout en oeuvre au Mali, pour éviter que la situation ne dégénère », a-t-il confié à IRIN.

Le mois dernier, l'opération d'exonération de la TVA de 100 000 tonnes de maïs et de 50 000 tonnes de riz a permis de baisser les prix des céréales dans ce pays enclavé qui compte 12 millions d'habitants.

Un commerçant de céréales a affirmé à IRIN que cette mesure a contribué à faire chuter le prix des céréales dans la capitale.

« Actuellement, le sac de riz de 50 kg est cédé à 13 000 CFA (24 dollars), contre 16 000 (29 dollars) en janvier », a déclaré Madou Coulibaly, un commerçant au marché de Banconi.

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