Mali

Mali - Campagne agricole 2007-2008 : Jusqu'ici ça va!

Des inquiétudes résident cependant dans la réussite des semis tardifs et dans les conséquences des inondations sur la production

Les services techniques du ministère de l'Agriculture viennent de boucler une mission de supervision de la campagne agricole 2007-2008. L'équipe pluridisciplinaire était conduite par le directeur national adjoint de l'agriculture, Daniel Kelela.

L'ingénieur en agriculture et en génie rural juge la situation agricole bonne. Il s'inquiète cependant du sort des semis tardifs (60% de la réalisation totale). "Il nous faut encore trois bonnes pluies pour garantir la réussite des semis tardifs", explique l'expert.

L'autre inquiétude réside dans les conséquences des inondations sur la production agricole. Le cercle de Bandiagara a perdu une importante superficie de terres cultivables à cause de fortes pluies successives. Dans cette localité où les cultures maraîchères sont très développées malgré la nature accidentée du terrain, les paysans transportent la terre, l'enrichissent pour la cultiver. Le courant dévastateur des eaux de ruissellement a emporté une bonne partie de ces terres. Mais les actions conjuguées des pouvoirs publics et de leurs partenaires techniques et financiers permettront de juguler cette crise. Le directeur national adjoint de l'agriculture a ainsi promis que les petits barrages endommagés seront réhabilités dès novembre prochain.

CALENDRIER AGRICOLE PERTURBE. L'installation tardive des pluies a provoqué un retard dans le démarrage de la campagne et une forte perturbation du calendrier agricole. Les chercheurs de l'Institut d'économie rurale (IER) en collaboration avec les techniciens du département de tutelle ont, par conséquent, recommandé aux paysans d'opter pour des semences améliorées. Une mission s'attachera bientôt à évaluer sur le terrain l'impact de cette recommandation.

Au cours de la première décade de ce mois, la campagne agricole a été marquée par la poursuite des opérations de semis et de repiquage dans certaines zones agricoles du pays. Pour le coton, l'ensemencement a été arrêté le 20 juillet conformément au calendrier agricole. Un rapport périodique établit que les travaux d'entretien sont en cours et que la situation phytosanitaire demeure calme dans l'ensemble.

Le taux de réalisation du riz, tous systèmes confondus, est satisfaisant (90%), jugent les techniciens. Les taux les plus élevés sont enregistrés au niveau des "autres riz" (97%) et du riz de submersion libre (92,35%). On note également une augmentation significative des emblavures pour le riz de submersion contrôlée à la faveur de l'amélioration du régime pluviométrique et de la crue. Le taux passe de 76,61% au 31 août à 92,35 % au 10 septembre. Il en est de même pour le riz en maîtrise totale (de 78 à 80,98%). Les objectifs d'emblavures en riz irrigué au PDIAM ont été revus à la baisse pour des raisons liées à des travaux d'aménagement, souligne l'encadrement.

La réalisation pour les principales cultures est, au 10 septembre, de 89,98% pour le mil, 85,51% pour le sorgho, 81,23% pour le maïs, 81,28% pour le riz irrigué. La situation est bonne aussi pour l'arachide (96,16%), le fonio (104,70%) et le niébé qui est à 92,01% de réalisation. "Les rendements des derniers semis des cultures risquent d'être affectés, car la plupart des variétés sont photosensibles", prévoient cependant les techniciens.

Évaluant le stade des cultures, ils constatent que les mil/sorgho sont au stade de montaison-épiaison pendant que le maïs est à la maturation. Le riz, lui, est au tallage-montaison-épiaison et le cotonnier à la capsulaison-floraison. Quant à l'arachide, le niébé grain et le fonio, ils sont à la floraison-fructification. C'est dire que l'état végétatif des cultures et l'aspect général des champs sont bons dans l'ensemble.

Quelques comparatifs sur les cultures industrielles pour jauger la saison actuelle : le coton (63% en 2007 contre 89,85% en 2006) et le voandzou (100% en 2007 contre 107,72% en 2006). Les taux actuels de réalisation sont jugés bons dans l'ensemble. En ce qui concerne l'arachide et le sésame, les niveaux de réalisation sont plus élevés que ceux de 2006/2007 (arachide 96,16% contre 93,23% et sésame 107,27% contre 90,87%).

Les quantités de pluie pendant la décade ont été normales à excédentaires, excepté l'extrême ouest de la région de Kayes, le sud des régions de Ségou et de Tombouctou, le nord-est de la région de Mopti et le centre de la région de Kidal. Le cumul des pluies recueillies depuis le 1er mai est normal à excédentaire sauf à Bourem et Goundam.

Pour les cours d'eau, le rapport relève des niveaux moyens décadaires inférieurs à ceux de la moyenne à l'exception du Niger en amont de Koulikoro, du Baoulé à Bougouni et du Sénégal à Kayes. Ils sont cependant supérieurs à ceux de l'année dernière à l'exception du Niger en aval de Niafunké et du Sankarani en amont du barrage de Sélingué. La crue continue sur tous les cours d'eau, selon les superviseurs.

79,57% DE MISE EN PLACE DES INTRANTS. Commentant la mise en place des engrais au cours de la campagne, Daniel Kelela indique qu'elle s'est effectuée sur la base de la constitution de 3 pools (CMDT, GVSM et Office du Niger). Sur les besoins solvables exprimés de l'ordre de 187.229 tonnes, 148.987,46 tonnes ont été mis en place soit un taux de réalisation de 79,57%.

Les taux les plus élevés sont enregistrés à la CMDT (101,78%), à l'ORM (184,5%) et à l'ORS (331,72%), constate le directeur national adjoint. Les plus bas taux sont, eux, relevés à l'ODRS (33,7%) et à la DNA (30,57%).

En résumé, le document note que le taux de mise en place des engrais est globalement satisfaisant et indique que l'approvisionnement se poursuivra avec l'appui de tous les acteurs (Offices, privés, DNA, projets/programmes, ONG, etc.). Les marchés aussi sont bien fournis en engrais dans plusieurs localités parmi lesquelles Mopti, Bamako, Ségou, Koulikoro.

Analysant la situation des semences améliorées, la direction nationale de l'agriculture a jugé les taux de couverture des besoins globalement moyens. Les difficultés d'installation des pluies expliquent en partie cette situation, souligne Daniel Kelela.

Les taux les plus élevés sont observés sur le maïs (126,99%) et le mil (123,29%) tandis que les plus bas concernent le niébé (29,25%) et l'arachide (14,52%). Le placement des semences sélectionnées de riz se poursuit tout de même avec l'appui des ONG et de certains projets/programmes qui ont contribué, à travers divers canaux, à la mise en place des semences. La création de coopératives semencières et de réseaux R2 dans plusieurs localités et la sensibilisation faite sur l'importance de l'utilisation des semences sélectionnées ont favorisé l'installation des parcelles de multiplication.

L'Office pour la protection des végétaux et le Programme de lutte contre le criquet pèlerin recensent des oiseaux granivores regroupés dans les aires habituelles de reproduction saisonnière. Les sautériaux, eux causent quelques dommages dans la région de Mopti. "Les larves ont été observées dans les jachères des autres régions sans incidence sur les cultures", assure-t-on à la direction nationale.

Tandis que des chenilles légionnaires s'installent dans les pépinières de riz à l'Office du Niger où des dégâts moyens ont été signalés, les insectes floricoles (cantharides) s'invitent dans la végétation naturelle et sur le mil en épiaison à Mopti et Tombouctou. Le criquet pèlerin qui a occasionné des ravages en 2004 ne présente aucun danger. Du moins pour le moment.

A. M. CISSÉ