Mali

Mali: Analyse de Protection, Juillet 2021

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Environnement de Protection

Le Mali fait face à une crise de protection majeure dans laquelle les populations sont exposées de façon quotidienne à des violations de leurs droits et à des atteintes répétées à leur dignité. La population civile au centre (Mopti, Ségou) et au nord (Tombouctou, Gao, Ménaka, Kidal) est la plus touchée par les violences inter et intra-communautaires qui entraînent sans cesse des mouvements de population, et épuisent les mécanismes d’adaptation de la communauté. L’instabilité politique au niveau national s’est aggravée avec l’établissement d’un gouvernement de transition suite à un Coup d’Etat en août 2020, et un deuxième changement non-constitutionnel du Gouvernement de transition en mai 2021. L’impact du changement de gouvernement sur les dynamiques du conflit n’est pas évident à démontrer à ce stade. En raison des événements politiques des derniers mois, le risque existe que le redéploiement des autorités étatiques dans les zones où elles sont absentes ainsi que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali (Accord d’Alger) qui a été signé en 2015, ne soient ralentis. Les effets de la fin de l’opération Barkhane, annoncée par le président français début juin, sont peu clairs à ce stade. Le risque existe que la réorganisation du dispositif militaire français au Sahel pourrait entraîner une déstabilisation des zones au nord et au centre ; et détériorer l’environnement de protection pour la population civile.

Entre janvier et juin 2021, un total de 3 580 violations a été recensé à travers le système de monitoring de protection du Cluster Protection, soit une augmentation de 58% par rapport au semestre précédent. Une très forte augmentation des violations a été observée au cours du dernier trimestre, qui s’est majoritairement caractérisée par des mouvements de population enregistrés dans le centre du pays, avec toutes leurs conséquences en termes de protection. Un total de 42 attaques de villages et 22 menaces d’attaques de villages a été rapporté depuis le début de l’année. Ces attaques sont souvent accompagnées par des pillages, des vols de bétail, des destruction ou incendies volontaires de cases et greniers. Ces derniers ont constamment augmenté chaque mois depuis janvier 2021. Les affrontements inter-communautaires se sont intensifiés au centre, malgré plusieurs accords de paix locaux conclus au début de l’année. Un nombre élevé d’attaques de villages est anticipé, avec le début de la saison des pluies (juillet), au centre, dans l’objectif des groupes armés non étatiques (GANE) de consolider leur présence dans des lieux stratégiques. La propagation du conflit vers le sud du pays reste une préoccupation. De nombreux incidents sécuritaires ont eu lieu ces derniers mois dans la région de Sikasso entrainant une dégradation de la situation de protection. La présence accrue des GANE, des assassinats/meurtres, enlèvements et des menaces ont affecté le fonctionnement du système d’éducation et de santé dans plusieurs cercles de la région. Cependant, la région de Ségou a vu une réduction des violations de 44% par rapport au premier trimestre 2021. Celle-ci est attribuée à une accalmie des tensions inter-communautaires dans la zone. L’indice de risque montre également une légère stabilisation, surtout dans le cercle de Niono. La population civile des régions du nord, notamment Gao et Tombouctou continue d’être touchée par des violations commises par des GANE et des réseaux criminels.

Une préoccupation principale de la communauté humanitaire au Mali est l’accroissement des contraintes d’accès humanitaire, surtout dans des zones où il y a déjà une insuffisance et parfois, une absence complète d’infrastructures et de services sociaux de base. En plus des contraintes d’accès logistiques (en lien avec l’enclavement et l’hivernage - saison des pluies rendant les routes/voies d’accès impraticables), l’accès est particulièrement limité dans les zones sous contrôle des GANE, les zones touchées par des hostilités entre groupes armés ou des opérations militaires, ainsi qu’une insécurité généralisée liée aux risques de braquages et à la criminalité qui a drastiquement augmenté au centre et au nord au cours des derniers mois. En outre, la menace explosive pose une contrainte majeure pour l’accès humanitaire. Dans le contexte de conflits inter et intracommunautaires, les communautés locales font souvent face à des restrictions de mouvements délibérées par des groupes armés qui interdisent et bloquent leur accès aux services de base ou l’accès à leurs moyens de subsistance. La détérioration de la situation sécuritaire au Mali mais également l’augmentation des incidents de protection touchant des humanitaires restreignent et complexifient considérablement l’accès humanitaire.