Mali

Le Conseil de sécurité tient une réunion virtuelle sur la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA)

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C/14157
7 AVRIL 2020
CONSEIL DE SÉCURITÉ

Conseil de sécurité: La COVID-19 jette une ombre sur les « réels espoirs » au Mali, avoue le Chef de la MINUSMA
Le Conseil de sécurité a examiné ce mardi 7 avril la situation au Mali, y compris les activités de la Mission multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation dans le pays (MINUSMA). Le Chef de la Mission et Représentant spécial du Secrétaire général a fait état de « réels espoirs », en parlant de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, menacée désormais par l’impact « potentiellement catastrophique » de la pandémie de COVID-19.

Précisément en raison de la pandémie, le Conseil de sécurité se réunit dans un cadre inédit. Chacun dans sa mission, ses 15 membres font des déclarations et conversent avec leurs invités par visioconférence. Le Chef de la MIMUSMA, M. Mahamat Saleh Annadif, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général, a rappelé les deux priorités de l’ONU au Mali: la mise en œuvre de l’accord de paix et l’appui au cadre politique de la gestion de la crise dans le centre. À la grande satisfaction des membres du Conseil, il a cité parmi les progrès dans l’application de l’accord, le redéploiement des premières unités des Forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées dans le nord, la visite du Premier Ministre dans les régions du nord, la reprise des activités du Comité de suivi de l’Accord, la tenue de l’atelier de haut niveau sur l’inclusion des femmes et le premier tour des élections législatives.

S’agissant de la deuxième priorité, le Représentant spécial a cité la poursuite du plan d’adaptation de la MINUSMA, dont le succès, a prévenu la France, dépendra de l’allocation des ressources nécessaires et de la capacité à générer de nouvelles forces. Le Représentant spécial a également cité la poursuite de l’opération Buffalo pour une meilleure protection des civils et des initiatives de dialogue et de réconciliation par les autorités maliennes. Il a salué la visite du Premier Ministre dans des localités du centre et souligné que la MINUSMA continue de fournir son appui logistique à la Force conjointe du G5 Sahel. Après le Sommet de Pau de janvier dernier, a ajouté la France, une Coalition pour le Sahel a été mise en place pour mieux intégrer la lutte contre le terrorisme, la mise en place de capacités nationales, le retour de l’État et les programmes humanitaires et de développement. Le Représentant spécial a donc pu faire état de « réels espoirs ».

La France s’est d’ailleurs réjouie de l’inauguration d’une structure conjointe entre elle et les pays du G5 Sahel qui a permis d’intensifier les opérations antiterroristes. « Les résultats sont là », a-t-elle affirmé, en précisant qu’au mois de mars, la Force conjointe du G5 Sahel a conduit une opération d’une ampleur sans précédent dans la région des trois frontières. Elle a cité comme autre point positif le lancement de l’équipe spéciale Takuba constituée des forces spéciales de 11 pays européens pour soutenir l’armée malienne.

Au vu des menaces terroristes persistantes, le Niger a, au nom de l’Afrique du Sud, de la Tunisie mais aussi de Saint-Vincent-et-les Grenadines, plaidé pour un mandat plus robuste de la MINUSMA, ainsi que pour des capacités accrues. À l’approche des discussions sur le renouvellement du mandat de la Mission au mois de juin, les États-Unis ont prévenu que la Mission a atteint un point critique et qu’il faut déterminer maintenant et avec réalisme ce qu’elle peut accomplir face à une menace terroriste croissante, à la fois asymétrique et mouvante. Il est évident qu’au stade actuel, il est prématuré d’envisager la réduction de la Mission, a répondu la Fédération de Russie.

À la menace terroriste, il faut en effet ajouter celle de la pandémie de COVID-19 qui aura sans aucun doute des conséquences négatives pour les opérations de la Mission, a fait observer le Niger. Selon le Chef de la MINUSMA, le Mali comptabilise 46 cas confirmés, dont un au sein de la MINUSMA, et trois décès. Alarmé par l’impact « potentiellement catastrophique » de la pandémie, le Royaume-Uni a tout de même souligné: nous ne pouvons pas non plus laisser dérailler ou retarder les progrès vers une paix durable. Il faut intensifier les efforts sur les plans politique, sécuritaire et de développement, et savoir que la paix ne viendra que de l’engagement des parties à mettre pleinement en œuvre l’accord de paix et à répondre aux causes sous-jacentes de l’instabilité.

Ci-dessous, les résumés des interventions faites par visioconférence dont les textes ont été transmis à la Section des communiqués de presse:

M. MAHAMAT SALEH ANNADIF, Représentant spécial et Chef de la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a présenté le dernier rapport du Secrétaire général sur le Mali, à un moment où le monde entier fait face à une pandémie sans précédent de COVID-19. Le Mali ne fait malheureusement pas exception avec à la date d’aujourd’hui 46 cas confirmés positifs, dont 1 au sein de la MINUSMA, et 3 décès. Cela a amené la MINUSMA et l’équipe de pays des Nations Unies à élaborer un plan de contingence avec différents scénarios qui permet au plus grand nombre de continuer à travailler à distance. Ce plan, a expliqué le Représentant spécial, permet également à une autre partie du personnel, pour des raisons particulières et sur la base de volontariat, de travailler à partir de leur pays de résidence habituel.

Malgré ces conditions exceptionnelles, la MINUSMA continue d’accomplir sa mission, conformément à la résolution 2480 (2019), a poursuivi M. Annadif. Il a rappelé que les deux priorités sont la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et l’appui au cadre politique de la gestion de la crise dans le centre, s’agissant notamment de la protection des civils, de la réduction des violences intercommunautaires, du renforcement de la présence de l’État et du rétablissement des services sociaux de base.

Au titre de la mise en œuvre de l’Accord et à la suite de la dynamique insufflée par la tenue du dialogue national inclusif, le Représentant spécial a insisté sur plusieurs développements et d’abord le redéploiement des premières unités des Forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées dans le nord, notamment à Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka, avec un total de plus de 1 000 éléments déployés depuis février 2020. Il a aussi parlé de la visite du Premier Ministre dans les régions du nord, notamment à Kidal, Tessalit et Aguelhok, dans ce qui est « une manifestation du renforcement de la confiance entre les parties signataires de l’Accord ».

Le Représentant spécial a également signalé que le Comité de suivi de l’Accord a repris ses activités, contrairement au cadre intermalien dont les activités sont au ralenti. Il a ajouté que l’atelier de haut niveau sur la participation des femmes s’est tenu avec une forte participation et que le premier tour des élections législatives s’est déroulé dans un climat apaisé même s’il a été assombri par l’enlèvement du Chef de l’opposition, M. Soumaïla Cissé, trois jours avant la date du scrutin. Au niveau national, le quota des femmes de 30% a été bien respecté, s’est félicité le Représentant spécial.

S’agissant du centre, deuxième priorité stratégique de l’ONU, M. Annadif a indiqué que la MINUSMA a continué à mettre en œuvre son plan d’adaptation. Au total 19 membres du personnel civil supplémentaires ont été déployés à Mopti, alors que dans le cadre de l’alerte précoce, une ligne d’urgence y a été établie au service de la population civile. Le Chef de la MINUSMA a ajouté que la Force a continué l’opération Buffalo pour une meilleure protection des civils et mis en place des bases d’opérations temporaires aux alentours des localités sensibles.

Avec le soutien de la MINUSMA, les autorités maliennes ont par ailleurs poursuivi les initiatives de dialogue et de réconciliation. La visite du Premier Ministre dans des localités du Centre, a estimé le Représentant spécial, a donné un signal fort en ordonnant le démantèlement des postes de contrôle installés illégalement par des milices le long de la route principale Mopti-Bankass. M. Annadif a cependant dit attendre que des actes concrets de lutte contre l’impunité soient posés, car le nombre de personnes déplacées continue d’augmenter, atteignant 218 000 personnes en mars 2020 contre 199 385 en novembre 2019.

S’agissant de la coopération sécuritaire régionale, le Représentant spécial a affirmé que la MINUSMA continue de fournir son appui logistique à la Force conjointe du G5 Sahel. Dans ce cadre, les travaux de construction du poste de commandement de la Force conjointe à Bamako ont bien commencé. Il a tenu à souligner la coopération exemplaire qui s’est instaurée entre le système des Nations Unies au Mali et le Gouvernement dans le cadre de la lutte contre la pandémie de COVID-19. Certes, depuis le 19 mars, les vols commerciaux à destination du Mali sont suspendus, les rassemblements en groupes sont interdits et un couvre-feu de 21 heures à 5 heures du matin est instauré. Mais la MINUSMA et l’équipe de pays continuent de remplir leurs missions, tout en s’inscrivant dans le respect des décisions gouvernementales.

M. Annadif a expliqué que, sur décision du Secrétaire général, les rotations des contingents en uniforme sont suspendues jusqu’au 30 juin 2020. Cependant, des exceptions peuvent être envisagées pour la poursuite de la mise en œuvre du mandat avec des autorisations au cas par cas, et dans le respect des délais d’isolement et autres directives visant à empêcher la propagation du virus. Le personnel souffrant de problèmes médicaux ou souhaitant rejoindre sa famille sur la base du volontariat a eu la possibilité de le faire sur des vols spéciaux sollicités par certaines ambassades et autorisés par le Gouvernement.

Le Représentant spécial a conclu son intervention en rappelant que la situation au Mali est marquée par de nombreux défis, dont la sécurité et le bien-être du personnel de toute la famille onusienne au Mali, mais aussi par « des réels espoirs grâce aux capacités de résilience du peuple malien ».

La France s’est félicitée de la dynamique crée par le Sommet de Pau qui a été l’occasion de réaffirmer sa détermination et celle des pays du G5 Sahel à lutter contre le terrorisme et à rétablir la paix, la sécurité et le développement dans la région. Mettant l’accent sur l’importance de la bonne gouvernance, la France a expliqué que la coalition pour le Sahel a été mise en place pour mieux intégrer la lutte contre le terrorisme, la mise en place de capacités nationales, le retour de l’État et les programmes humanitaires et de développement. Dans ce contexte, elle a particulièrement salué les mesures de mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali qui incluent le déploiement à Kidal et dans d’autres villes de la nouvelle armée reconstituée, une visite du Premier Ministre dans le Nord, et des avancées dans la participation des femmes au processus de paix. La France s’est félicitée de la contribution de la MINUSMA à toutes ces avancées.  

Tout en saluant la tenue, le 29 mars, du premier tour des élections législatives, elle a regretté la persistance d’un contexte d’insécurité doublé de la menace de la pandémie de Covid-19. Elle a fustigé l’enlèvement de Soumaïla Cissé, leader de l’opposition, et demandé sa libération. Elle s’est inquiétée de la menace des groupes terroristes affiliés à Daech ou Al-Qaida, mais s’est tout de même réjouie de l’inauguration, après le Sommet de Pau, d’une structure conjointe entre elle et les pays du G5 Sahel qui a permis d’intensifier les opérations. « Les résultats sont là », a affirmé la France, en précisant que des dizaines de terroristes ont été neutralisés depuis janvier, alors qu’au mois de mars, la Forces conjointes du G5 Sahel ont conduit, en mars, une opération d’une ampleur sans précédent dans la région des trois frontières. Un autre point positif est le lancement de l’équipe spéciale Takuba constituée des forces spéciales de 11 pays européens pour soutenir l’armée malienne.  

La France a aussi mis l’accent sur la situation humanitaire et celle des droits de l’homme dans le contexte de la COVID-19. Elle a salué les efforts des organismes de l’ONU pour aider le Mali à faire face à cette pandémie. Elle a dénoncé l’horrible massacre perpétré à Ogossagou en février, avant d’appeler au désarmement des milices et au déploiement effectif des forces de sécurité maliennes. La France a réitéré son appui au plan d’adaptation de la MINUSMA, qui a le potentiel d’améliorer l’efficacité, y compris dans la protection des civils. Elle a insisté sur le fait que le succès de ce plan dépendra de l’allocation des ressources nécessaires et sur la capacité de générer de nouvelles forces.  

La Chine a salué les développements positifs de la situation globale au Mali, y compris dans ses dimensions politique, sécuritaire et économique. Ces développements vont dans le bon sens, a-t-elle dit en espérant que les progrès du dialogue politique, y compris la mise en oeuvre de l’Accord de paix, se traduiront par des résultats plus concrets. Les parties au Mali doivent renforcer le dialogue et la coopération et s’employer davantage à consolider les progrès enregistrés et à poursuivre la mise en oeuvre de l’Accord précité, a-t-elle estimé.

La Chine a jugé qu’une approche holistique et intégrée est nécessaire pour la stabilité à long terme au Mali. « Même si nous constatons des progrès dans de nombreux domaines, les défis susbsistent. » En plus de ses efforts politiques et sécuritaires, la communauté internationale doit aider le Gouvernement malien à promouvoir le développement durable et à améliorer les conditions de vie des citoyens, a poursuivi la Chine.

Face à la menace du terrorisme dans le nord et le centre du Mali, elle a invité la communauté internationale à appuyer le renforcement des capacités du Gouvenement malien et à l’aider à rétablir la stabilité. Soulignant le rôle important de la MINUSMA, elle a encouragé l’ONU à lui fournir davantage de ressources.

La Chine a dit suivre attentivement la situation relative au COVID-19 pour laquelle elle a fourni une assistance « dans la mesure de ses capacités ». Nous avons organisé au mois de mars, a-t-elle dit, une visioconférence avec plus de 20 pays africains, y compris le Mali. Le 27 mars, une première livraison de 100 000 masques, de 1 000 blouses et visières de protection et de 20 000 kits de dépistage est arrivée au Mali. La Chine a promis d’apporter, avec l’aide de la communauté internationale, l’appui nécessaire au Gouvernement malien.

L’Indonésie a souligné que dans le contexte de la pandémie de COVID-19, tous les membres du Conseil de sécurité doivent continuer à exprimer leur solidarité et leur soutien au Gouvernement et au peuple du Mali. Elle a salué les progrès politiques dont la conclusion d’un dialogue national inclusif, le premier tour des élections législatives, le déploiement de la première unité reconstituée des Forces armées maliennes à Kidal et la tenue de l’atelier de haut niveau sur la participation des femmes. L’Indonésie a dit souscrire aux remarques du Secrétaire général selon lesquelles il faudra du temps pour que ces réalisations se traduisent par des améliorations tangibles de la situation. Elle a donc jugé essentiel de continuer à aider les parties prenantes maliennes à poursuivre la mise en œuvre de l’Accord de paix, lequel reste la seule voie viable pour la paix et la stabilité à long terme. De nouveaux progrès sont également attendus, s’agissant notamment de la décentralisation, du fonctionnement des autorités locales, des zones de développement du nord et de la phase de « rattrapage » du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) accéléré. 

L’Indonésie a ensuite noté que la situation sécuritaire est désastreuse avec les actions terroristes en cours et en augmentation dans le nord et le centre du Mali. Elle a salué l’engagement à redoubler d’efforts pour lutter contre le terrorisme au Mali et dans la région, notamment par le biais de la Force conjointe du G5 Sahel. Elle s’est également félicitée du fait que l’Union africaine examine la possibilité de déployer une force opérationnelle multinationale pour briser les groupes terroristes au Sahel. L’Indonésie a aussi relevé l’aggravation de la situation humanitaire, dont le nombre des déplacés et des malnutris. Elle a insisté pour que soit également pris en compte le risque de propagation de la COVID-19, ce qui mettrait encore plus de pression sur la situation humanitaire. Elle a plaidé pour un accès sûr et sans entrave de l’aide humanitaire au nord et au centre du Mali et a invité le Conseil de sécurité à continuer de soutenir le Mali. Il faut faire en sorte que les acquis ne soient pas annihilés et qu’ils se traduisent par une paix, une stabilité et une prospérité à long terme.

Les États-Unis ont reconnu que la MINUSMA travaille sans relâche pour faire face à l’impact de la COVID-19, tout en veillant à accomplir sa mission. Ce n’est pas une tâche facile, a estimé la délégation qui a reconnu les progrès accomplis au cours des derniers mois pour atteindre les objectifs de l’Accord de paix d’Alger, dont le redéploiement d’éléments reconstitués des Forces armées maliennes dans le nord du Mali, l’atelier de haut niveau sur la participation des femmes au processus de paix et les dernières élections législatives. Malgré ces progrès, ont noté les États-Unis, la situation en matière de sécurité continue de se détériorer, de graves violations des droits de l’homme sont toujours commises et l’Accord d’Alger est loin d’être pleinement appliqué. À l’approche des discussions sur le renouvellement du mandat de la MINUSMA au mois de juin, le Conseil de sécurité doit réfléchir aux raisons pour lesquelles la situation continue de se détériorer si rapidement et aux changements qui devraient être apportés au mandat pour atteindre plus efficacement les objectifs de la Mission. Le nouveau mandat doit en outre encourager le Gouvernement du Mali et les groupes armés signataires à mettre en œuvre rapidement l’Accord de paix d’Alger pour que la MINUSMA puisse commencer son retrait éventuel. La Mission a atteint un point critique et nous devons déterminer maintenant et avec réalisme ce qu’elle peut accomplir face à une menace terroriste croissante, à la fois asymétrique et mouvante, ont martelé les États-Unis.

La délégation du Niger, qui s’exprimait aussi au nom des A3 (Afrique du Sud, Niger et Tunisie) et de Saint-Vincent-et-les Grenadines, a indiqué que des progrès tangibles ont été enregistrés au Mali depuis la tenue du dialogue national inclusif en décembre 2019, malgré la persistance de la violence. Ce dialogue a permis de réduire la défiance et les tensions entre les signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et généré une volonté renouvelée au sein des parties de mettre en œuvre ses conclusions, a-t-elle dit. La tenue des élections législatives du 29 mars dans un contexte marqué par les menaces du terrorisme et du virus de la COVID-19 a clairement montré l’engagement du peuple malien en faveur de la démocratie et du retour de la stabilité dans le pays, a poursuivi la délégation. Elle a salué le redéploiement, avec l’appui de la MINUSMA, des premières unités des Forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées dans le nord, ainsi que la visite du Premier Ministre dans cette région. Ces développements attestent des progrès accomplis, bien que graduels, dans la restauration de l’autorité de l’État. Le Niger a aussi salué les recommandations formulées par l’atelier de haut niveau sur la participation des femmes, en vue notamment d’augmenter la participation des femmes à au moins 30% dans les divers mécanismes prévus par l’Accord précité.  

Le Niger a plaidé, au vu des menaces terroristes persistantes, pour un mandat plus robuste de la MINUSMA, ainsi que pour des capacités accrues. Il a ainsi enjoint les États Membres à doter la Mission des ressources nécessaires, conformément à leurs engagements. Le Niger a indiqué que le plan d’adaptation de la Mission pour le centre du Mali, deuxième priorité stratégique, se déroule sans les ressources adéquates et exhorté le Conseil à prévoir les ressources supplémentaires. Le Niger a également demandé un financement adéquat pour la Force conjointe du G5 Sahel. Depuis mars dernier, la Force a lancé une opération d’ampleur dans le centre du pays en vue de démanteler les groupes armés dans la région. Plusieurs éléments terroristes ont été neutralisés et, le 17 mars, cinq jeunes filles et une femme, prises en otage, ont été libérées. La délégation a salué la décision de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et du G5 Sahel du 16 mars de déployer une force africaine de 3 000 membres afin d’appuyer les pays du Sahel dans la lutte contre le terrorisme. La délégation s’est aussi dit vivement préoccupée par le recrutement d’enfants par des groupes armés signataires. Alors que la situation humanitaire est toujours précaire, le Niger a noté que le plan de réponse humanitaire n’est financé qu’à hauteur de 49%.  

Enfin, le Niger a indiqué que la pandémie de COVID-19 aura sans aucun doute des conséquences négatives pour les opérations de la Mission et noté avec une vive préoccupation que quatre soldats français de l’opération Barkhane ont été infectés par le virus.  

La Fédération de Russie a estimé que le cours des événements au Mali au cours des trois derniers mois reflète une image mitigée. En effet, d’une part, la situation dans le pays se stabilise progressivement et de sérieux progrès ont été accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Au niveau politique, la Russie a salué la réussite du dialogue national qui a défini les principales voies dans le domaine de la réforme de l’État. Elle a aussi rappelé la tenue, le 29 mars, des élections législatives, dans un contexte marqué par l’intensification des efforts des autorités centrales pour réduire les affrontements intercommunautaires dans la région centrale du Mali. 

D’autre part, la situation en matière de sécurité ne s’améliore malheureusement pas, a noté la délégation. Les attaques de ces deux dernières semaines, à la fois au Mali et dans les pays voisins, ont démontré l’ampleur et la gravité des menaces auxquelles le pays et la région sont confrontés, ainsi que leur vulnérabilité à des facteurs déstabilisateurs tels que le terrorisme, le crime organisé et l’idéologie extrémiste. La Russie a souligné que des facteurs tels que les tensions interethniques, les attaques constantes de terroristes et d’extrémistes et le retard dans le rétablissement de la présence de l’État dans les régions du centre et du nord du pays peuvent sérieusement ralentir, voire remettre en question les changements positifs émergents.

Sur le plan humanitaire, il a noté que la pandémie de la COVID-19 est déjà un facteur négatif supplémentaire qui compromet les possibilités de fournir une assistance internationale à la région. La Russie a plaidé pour un appui global à la MINUSMA, en particulier dans une situation où elle doit remplir son mandat sur deux fronts à la fois - au centre et au nord du Mali. Il est évident qu’au stade actuel, il est prématuré d’envisager sa réduction, a déclaré la délégation, avant de préciser que l’adaptation de la MINUSMA doit s’effectuer dans le strict respect du mandat prévu par la résolution 2480 (2019) du Conseil de sécurité.  

La délégation de l’Allemagne s’est félicitée des avancées du processus démocratique au Mali. Si elle a salué la tenue du premier tour des élections législatives, elle a noté plusieurs éléments négatifs, tels que le faible taux de participation, la fermeture de bureaux de vote, notamment dans le centre du pays, ainsi que l’enlèvement du chef de l’opposition. Elle a indiqué que le redéploiement des premières unités des forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées dans le nord est un pas essentiel dans la mise en œuvre du processus de paix. Notant avec tristesse qu’au moins 20 soldats des forces de sécurité ont été tués lundi dans le nord du Mali, l’Allemagne a indiqué que la situation sécuritaire se détériore. Les acteurs de l’État malien doivent respecter les droits de l’homme dans leur lutte contre les insurgés et éléments terroristes, a-t-elle insisté. Si elle a salué l’appui crucial apporté par la MINUSMA, la délégation a indiqué qu’il y a une limite à ce qu’elle peut faire. « Lui assigner des tâches supplémentaires et plus larges pourrait se retourner contre elle si nous ne faisons pas en sorte collectivement qu’elle soit dotée de ressources et d’un personnel suffisant. » Les gains d’efficience doivent aller de pair avec un mandat réaliste, a-t-elle déclaré. « En faire plus avec moins n’est pas faisable. » Enfin, vivement préoccupée par les conséquences de la pandémie de COVID-19 pour le pays, la délégation a enjoint le Secrétariat à tenir informé le Conseil de la situation sur le terrain. 

Le Viet Nam a salué les progrès significatifs réalisés par le Gouvernement du Mali et les parties concernées par l’Accord de paix et de réconciliation de 2015. Il a vu les déplacements du Premier Ministre malien dans les provinces du nord et du centre comme une opportunité de résoudre des différends politiques et de promouvoir la réconciliation. Il s’est félicité de la bonne tenue du premier tour des élections législatives le 29 mars et salué la mise en œuvre du plan d’adaptation de la MINUSMA. Pour le Viet Nam, l’augmentation de la présence des Casques bleus dans le centre du Mali permettra de faire face aux défis qui se posent en matière de sécurité et de protection des civils.  

Parallèlement au redéploiement des unités reconstituées de l’armée malienne à Kidal, Gao et Tombouctou, le Viet Nam a jugé important de restaurer l’autorité de l’État dans le nord du Mali. Il s’est inquiété de l’augmentation du nombre des attaques contre les civils et dénoncé la récente attaque terroriste qui a coûté la vie à 29 soldats maliens. Il a exhorté toutes les parties à entendre l’appel du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu permanent pour permettre la mise en place des préparatifs nécessaires pour combattre la pandémie de COVID-19. Il a aussi exhorté les parties à respecter leurs obligations en matière de protection des civils.  

Le Viet Nam a appelé à promouvoir la participation des femmes à la vie politique pour atteindre l’objectif de 30% de femmes parmi les futurs députés. Il a particulièrement appuyé le Plan d’adaptation de la MINUSMA qui devra permettre de renforcer les capacités de la Mission. Il a invité les partenaires régionaux et internationaux à accélérer la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel et salué la coopération entre la Force du G5 Sahel, les Nations Unies, l’Union africaine, la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la France et l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme en accord avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. « Protéger les populations du Mali et du Sahel de la pandémie et de la violence doit être notre priorité », a conclu le Viet Nam.  

La mise en œuvre de l’Accord de paix a connu des avancées positives au cours des trois derniers mois, a noté la Belgique, citant à son tour le déploiement d’éléments de l’armée reconstituée à Kidal et dans d’autres villes du nord du Mali ou encore l’atelier de travail « attendu depuis longtemps  » sur l’amélioration de la participation des femmes au processus de paix. Pour la Belgique, la MINUSMA a joué un rôle absolument indispensable pour permettre ces avancées. Sans elle, cette évolution positive n’aurait pas pu se faire, a affirmé la Belgique. Elle a poursuivi en s’inquiétant des tensions intercommunautaires dans le centre et de l’augmentation du nombre des attaques à engins explosifs improvisés (EEI) contre les forces de sécurité maliennes et les soldats de la paix. La Belgique s’est félicitée de la formation à la lutte contre ces engins, dispensée aux forces de sécurité nationales par la MINUSMA, en coopération avec l’Union européenne. 

Saluant les récentes opérations militaires contre les terroristes, la Belgique a estimé que cette lutte fait partie intégrante des efforts, internationaux et nationaux, pour stabiliser le Mali et la région. Mais, a-t-elle noté, la situation globale reste très fragile et le Mali reste un pays qui peine à sortir de la crise. La Belgique a donc préconisé de consolider la démocratie malienne en renforçant la légitimité de l’État, en rétablissant les services publics et en améliorant l’état de droit et le respect des droits de l’homme. L’impunité doit être combattue efficacement par des procès sur la corruption et les abus criminels, y compris lorsqu’ils sont commis par les forces de sécurité. 

La Belgique a exprimé son soutien politique au plan d’adaptation de la MINUSMA. Elle a dit qu’elle évalue actuellement si et comment elle peut y contribuer. Encourageant le Mali et la MINUSMA à poursuivre leurs efforts de la manière la plus sûre possible dans le contexte de la pandémie en cours, la Belgique a espéré que la mise en œuvre de l’Accord de paix et la consolidation de la démocratie au Mali ne seront pas compromises par la priorité donnée à la lutte contre le coronavirus.

Le Royaume-Uni a présenté ses condoléances aux familles des soldats tués lundi à Bamba. Il a salué le déploiement des forces armées reconstituées à Kidal, Gao, Tombouctou et Menaka, la tenue du premier tour des élections législatives avec le soutien de la MINUSMA, la relance des activités du Comité de suivi de l’Accord et les engagements à renforcer la participation des femmes au processus de paix. Le Royaume-Uni a néanmoins estimé que ces progrès ne vont pas assez loin et a exhorté les parties à l’Accord de paix à redoubler d’efforts. Le pays s’est dit préoccupé par un certain nombre de tendance, dont la multiplication des actions terroristes dans certaines parties des régions de Mopti et de Ségou, la violence et les abus accrus à l’égard des femmes et des enfants et l’intensification des menaces asymétriques contre la MINUSMA. Le Royaume-Uni a jugé inacceptable la forte augmentation des violations des droits de l’homme, y compris parmi les signataires de l’Accord de paix de 2015. Il a jugé vital que la Mission rende compte de ces violations et abus là où ils se produisent et que le Gouvernement enquête sur ces cas et traduise en justice les auteurs. 

Le Royaume-Uni a dit partager les préoccupations des membres du Conseil face à l’impact potentiellement catastrophique de la COVID-19 au Sahel. Il a souligné que le pic de l’épidémie pourrait intervenir au milieu de la période de soudure, ce qui pourrait augmenter considérablement le nombre des personnes exposées à l’insécurité alimentaire, soit environ 13,8 millions de gens en 2020. À l'échelle mondiale, le Royaume-Uni a dit avoir dépensé quelque 665 millions de dollars pour le développement des vaccins, traitements et tests mais aussi pour contribuer à l’aide que le Fonds monétaire international (FMI) fournit aux économies vulnérables. Il s’est dit préoccupé par les informations faisant état de cas de COVID-19 au sein même de la MINUSMA, craignant des implications inévitables pour la faculté de la Mission, qu’il s’agisse des demandes d’aide du Gouvernement du Mali pour lutter contre la pandémie ou des restrictions en matière de santé publique. Le Royaume-Uni s’est dit rassuré par les plans élaborés pour atténuer ces implications possibles sur l’exécution du mandat de la Mission. Nous ne pouvons ignorer l’impact potentiellement dévastateur de la COVID-19 mais, a estimé le Royaume-Uni, nous ne pouvons pas non plus laisser dérailler ou retarder les progrès vers une paix durable. Il faut intensifier les efforts sur les plan politique, sécuritaire et de développement, a estimé le Royaume-Uni qui s’est dit prêt à faire sa part, en déployant par exemple 250 soldats au Mali, plus tard dans l’année. La paix ne viendra pas seulement de la Mission. L’engagement des parties à la pleine mise en œuvre de l’Accord de paix et la réponse aux causes sous-jacentes de l’instabilité dans la région sont les seuls moyens d’assurer la sécurité à long terme, a martelé le Royaume-Uni.   

L’Estonie a relevé que la pandémie de la COVID-19, qui a également atteint le Mali, menace de mettre davantage de pression sur les systèmes de santé, de gouvernance et de sécurité, déjà fragiles. L’Estonie appuie sans réserve l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial afin de lutter contre la pandémie de coronavirus et de sauver des vies. Même si la crainte de la COVID-19 a contribué à la participation électorale relativement faible au premier tour des élections législatives du 29 mars, c’est la situation sécuritaire globale qui affecte le plus les électeurs, a indiqué le délégué. Il a condamné les attaques comme celle de ce lundi qui a touché une base militaire dans la ville de Bamba, avant de souligner l’importance capitale de la présence effective de l’État et de la pleine appropriation des efforts de lutte contre le terrorisme par le Mali et les États voisins.  

Le représentant a ensuite salué les mesures positives prises dans la mise en œuvre de l’Accord de paix, en particulier le redéploiement des unités reconstituées des forces armées du Mali vers le Nord et la reprise des réunions du Comité de suivi de l’Accord. Cependant, a-t-il précisé, de nouvelles mesures doivent être prises dans le cadre du processus politique, notamment des mesures concrètes pour accroître la participation pleine, effective et significative des femmes et des jeunes. Il a aussi jugé important de s’attaquer aux causes profondes du conflit et d’impliquer les communautés locales par le biais d’une approche globale. Un aspect essentiel de cette approche consiste à lutter contre les graves violations des droits de l’homme et à tenir tous les auteurs de ces crimes responsables, quel que soit leur statut, a plaidé la délégation. « Laisser la culture de l’impunité prospérer ne fera qu’engendrer plus de violence. »

La République dominicaine a estimé que le dernier rapport du Secrétaire général procure des éléments d’espoir, notamment en ce qui concerne les progrès réalisés pour mettre en œuvre l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et l’action menée par le Gouvernement pour répondre à la situation dans le centre du pays. Elle a également salué la conclusion du dialogue national inclusif, la tenue des élections législatives et du référendum constitutionnel, ainsi que l’organisation d’un atelier de haut niveau sur la participation des femmes aux organes de prises de décisions relatifs au processus de paix. Le déploiement des premières unités reconstituées des forces armées maliennes à Gao, Kidal et Tombouctou, avec l’appui de la MINUSMA, est une excellente nouvelle, a-t-elle ajouté.

La délégation s’est en revanche inquiétée du niveau alarmant de violence communale, évoquant notamment le récent massacre perpétré à Ogossagou. Elle a exhorté à poursuivre le renforcement régional et la coopération internationale dans le cadre du Groupe des cinq pays du Sahel.  

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