Le centre Mali : violences et instrumentalisation croisées

Report
from Stockholm International Peace Research Institute
Published on 31 Dec 2017 View Original

I. Introduction

En 2012, lors du déclenchement de la crise au Mali, les violences ont semblé être circonscrites au nord du pays, dans les régions de Gao, de Tombouctou et de Kidal. Trois ans plus tard, en 2015, leur intensification dans les régions du centre a progressivement mobilisé l’attention des autorités maliennes ainsi que des observateurs internationaux.

Depuis le début de la crise, il est frappant de constater que les analyses des preneurs de décision ont souvent mal estimé la détérioration de la situation au centre du pays et mal évalué la capacité de l’État à gérer efficacement les conflits qui s’y développaient. S’il est désormais généralement admis que la crise politico-sécuritaire malienne ne peut plus être circonscrite au seul Nord Mali, il est impératif de saisir dans le détail les dimensions nationales et régionales du problème qui se développent au Centre, et l’interaction entre ces deux dimensions du conflit. Car il est aujourd’hui évident que les préoccupations sécuritaires du Centre rejoignent celles du Nord, en termes de gravité et d’urgence.

Les nombreux acteurs, nationaux, régionaux et internationaux, de la sécurité au Mali se sont progressivement emparés de la question, élargissant leurs programmes pour prendre acte de la déstabilisation du centre du pays. Le gouvernement malien, notamment, a annoncé la mise en place d’un Plan de Sécurisation Intégrée des Régions du Centre (PSIRC). Aux côtés du Mali, ses partenaires du G5 Sahel (Mauritanie,
Burkina Faso, Niger et Tchad) prévoient de déployer une Force Conjointe dans la zone pour tenter de renforcer la présence sécuritaire. À l’échelon international, l’Union européenne, via le Programme d’Appui au Renforcement de la Sécurité dans les régions de Mopti et de Gao (PARSEC) ou du Programme Jeunesse et Stabilisation dans les région Centre du Mali (PROJES), appuie les initiatives gouvernementales dans les domaines du développement et de la sécurité tandis que la mission de maintien de la paix des Nations unies (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali ou MINUSMA) a d’ores et déjà réorienté une partie de son dispositif dans la région de Mopti.

D’autres initiatives, moins formelles ou plus discrètes, ont également vu le jour afin d’ouvrir un dialogue politique avec les parties en conflit dans la région : ainsi des missions de dialogue et de bons offices, ou des contacts entre élites dirigeantes à Bamako et leaders communautaires de la région de Mopti.
Mais ces bonnes volontés ne peuvent faire l’économie d’une compréhension détaillée des conflits qui fleurissent dans le centre du Mali. Pour l’heure, faute de stratégie basée sur une compréhension commune de la situation, les acteurs oscillent entre prise en compte des préoccupations des communautés du Centre dans le cadre des accords de paix existants, ou, au contraire, élaboration d’un plan spécifique pour ces régions, afin de restaurer la légitimité de l’État auprès de l’ensemble des populations.

En particulier, la montée d’un phénomène djihadiste au centre du Mali doit être précisément analysée. La très forte visibilité de ces acteurs, porteurs d’une idéologie extrémiste et auteurs d’exactions de plus en plus fréquentes, ne doit pas faire négliger l’identification des raisons de leur attrait, ni la dimension politique et économique de leur action qui leur octroie indéniablement un soutien parmi certains groupes de population.
Il est donc essentiel de situer les dynamiques actuelles de la violence au Centre Mali dans un contexte plus large que celui de la seule crise de 2012, mais aussi de comprendre les logiques – historiques, politiques, économiques et communautaires – de la zone, afin d’y répondre de façon la plus pertinente.