Impacts des groupes armés sur les populations au nord et au centre du Mali - Adaptations souhaitables des stratégies de rétablissement de la paix

Report
from Stockholm International Peace Research Institute
Published on 31 Oct 2019 View Original
  1. Introduction

Sept ans après le début de la crise malienne, déclenchée par l’insurrection de groupes salafistes et indépendantistes souhaitant obtenir l’indépendance du Nord du Mali (Azawad), la situation sécuritaire du pays ne s’est pas améliorée, loin s’en faut. En effet, de nombreux groupes armés opèrent toujours sur le territoire malien, avec des agendas parfois flous, et des ambitions peu claires. L’Accord pour la paix issu des pourparlers d’Alger, signé en juin 2015 à Bamako, a permis la constitution de deux grandes coalitions de groupes armés : la Coordination des mouvements de l’Azawad d’une part, constituée des groupes indépendantistes, et la Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d’Alger d’autre part, rassemblant les groupes armés maliens pro-gouvernementaux. En 2017 s’y est ajoutée la Coordination des mouvements de l’entente, composée de groupes armés dissidents issus des deux premiers groupes signataires de l’Accord d’Alger. Dès le début de la crise, des groupes armés se réclamant du djihadisme se sont également impliqués dans la crise, contrôlant parfois de larges pans du territoire malien. Enfin, d’autres groupes moins structurés, ou moins concernés par l’Accord pour la Paix, continuent de mobiliser des combattants autour d’intérêts communautaires, d’entrepreneuriat politico-militaire ou de logique d’autodéfense, dans un contexte durablement marqué par la faiblesse de l’autorité étatique, considérée en outre bien souvent comme illégitime. Les alliances changeantes entre les différents acteurs de cette mobilisation armée, le caractère confus de leurs revendications rendent extrêmement compliquée la lecture de la situation de même que les lignes de conflit caractérisant les régions du centre et nord du Mali. Les interventions sécuritaires de l’État malien ou des forces internationales, ont d’abord dû procéder à une identification formelle de ces groupes. Les efforts de médiation ou les interventions militaires nécessitaient en effet que puissent être cartographiées les forces en présence – même de façon artificielle. Cet effort de classification, indispensable au déploiement des opérations de sécurisation, n’a cependant pas permis d’impliquer l’ensemble des mouvements armés dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Le fait que, sept ans après le début de la crise, la sécurité ne soit pas assurée, en est le signe évident. Les classifications trop rigides des groupes armés en « pro-gouvernementaux » / « loyalistes », ou « indépendantistes » / « séparatistes », ou même comme « groupes armés à base communautaire » ou « groupes djihadistes » ne parviennent pas à refléter la réalité changeante et les dynamiques liées à leur positionnement, ni, surtout, la façon dont ils sont perçus par les populations qui vivent à leur contact au niveau local et/ou au niveau communautaire. Pas davantage ces catégorisations ne peuventelles rendre compte des multiples dimensions, sociales, économiques, sécuritaires ou idéologiques de leur interaction avec les populations. Ces définitions, qui peuvent être opératoires du point de vue sécuritaire à grande échelle (concernant l’Accord pour la paix par exemple) ignorent largement les stratégies d’intégration auprès de la population employées par ces mêmes groupes sur le terrain, ou la façon dont ils s’insèrent dans l’économie politique locale. Or ces différentes facettes de l’identité des groupes armés doivent être prises en compte pour guider les interventions des politiques de sécurisation : il est de fait convenu par tous les acteurs politiques en présence que les stratégies sécuritaires doivent être intégrées à des réponses plus larges tenant à la gouvernance locale, aux politiques de développement et que c’est seulement ainsi que pourra être relevé le défi de la stabilisation durable au Mali.