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Il faudrait établir un mécanisme pour répondre à la myriade de défis auxquels sont confrontés les pays de la région du Sahel, recommande la mission d’évaluation interinstitutions

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CS/10533

Conseil de sécurité 6709e séance – après-midi

Trois mois après l’effondrement du régime du colonel Mouammar Qadhafi, le Conseil de sécurité a examiné, cet après-midi, les répercussions de la crise libyenne sur la région du Sahel, ainsi que les recommandations de la mission d’évaluation interinstitutions qui avait été dépêchée par le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, du 7 au 23 décembre 2011. Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. B. Lynn Pascoe, a recommandé que cette situation exige la création d’un mécanisme pour mieux répondre à la myriade de défis auxquels sont confrontés les pays de la région.

Des millions de migrants économiques, en particulier venus du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad et d’autres pays africains, ont dû fuir la Libye lors de la crise pour rejoindre les communautés qu’ils avaient quittées en quête de meilleures conditions de vie, a constaté la mission d’évaluation. M. Pascoe a cependant relevé que la majorité des défis qui se posent à la région existaient avant le conflit en Libye.

Présentant les recommandations de la mission, il a souligné tout d’abord la nécessité de soutenir le renforcement des capacités nationales de chaque pays concerné pour faire face aux défis immédiats humanitaires, socioéconomiques et sécuritaires qu’ils doivent relever. Il est également important, a-t-il ajouté, que la communauté internationale appuie les mécanismes régionaux en place pour une meilleure coordination des efforts et le partage d’informations, tout en fournissant un appui au niveau international.

La mission d’évaluation mentionne, au nombre des problèmes auxquels sont confrontés les pays de la région, l’afflux de rapatriés, le transfert clandestin de stocks d’armes libyens, le terrorisme, le chômage des jeunes, le trafic de drogues, la traite d’êtres humains et la montée de la criminalité. À cela, s’ajoute la menace d’une crise alimentaire et nutritionnelle imminente dans la région.

De nombreux intervenants, dont des représentants de pays de la région, ont exprimé leurs craintes concernant la situation en matière de sécurité, marquée notamment par la multiplication des enlèvements et attentats terroristes d’Al-Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI) et de Boko Haram. Certains se sont déclarés très préoccupés par la disparition de 5 000 missiles sol-air portables, ce qui aggrave la menace terroriste au Sahel. Toutefois, même avant la chute du régime de Qadhafi, le Président du Tchad avait tiré la sonnette d’alarme au sujet de la circulation des armes de guerre dans la région, a rappelé le représentant de ce pays.

Pour la délégation du Mali, il est nécessaire de renforcer la présence militaire pour combattre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée et les trafics de tous genres, en vue d’assurer la protection des personnes et de leurs biens.

Les participants au débat ont aussi redouté l’aggravation de la crise alimentaire, comme le délégué du Guatemala qui a suggéré de renforcer les systèmes d’alerte précoce visant à éviter des crises alimentaires.

Dans l’ensemble, les 18 délégations, qui se sont exprimées au cours de cette séance, ont soutenu les recommandations de la mission d’évaluation, en insistant notamment sur la nécessité pour les pays concernés de mettre en œuvre des stratégies nationales globales, avec l’appui de la communauté internationale. Le représentant de la Fédération de Russie a tenu à préciser que l’adoption d’un accord-cadre entre les pays du Sahel dans le domaine de la sécurité relevait de la souveraineté de ces pays.

Sur le plan régional, le représentant de l’Inde a jugé particulièrement utile d’appuyer les initiatives de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. Il a souhaité que les bureaux régionaux des Nations Unies examinent les moyens pratiques de renforcer les efforts des gouvernements concernés et des institutions régionales en apportant cohérence et coordination.

Parmi les activités déjà mises en place en matière de sécurité, la représentante des États-Unis a cité celles du Forum contre le terrorisme au Sahel, auxquelles son pays participe. Les délégations de la France et de l’Allemagne ont rappelé l’existence de la Stratégie de l’Union européenne pour le développement et la sécurité dans les États du Sahel, qui va bénéficier de 150 millions d’euros supplémentaires.

Le représentant de la France a invité l’ONU à prendre en compte cette initiative afin d’éviter les duplications inutiles. Dans le même sens, la délégation chinoise a demandé que les institutions pertinentes du système de l’ONU tirent le meilleur parti de leurs compétences respectives.

De son côté, le représentant du Pakistan a demandé des informations complémentaires, afin de mieux comprendre comment la présence des Nations Unies à l’heure actuelle accompagne les pays du Sahel, en jugeant que le Conseil de sécurité n’était pas l’organe le plus habilité à discuter de toutes ces questions.

La France a fait circuler un projet de déclaration à la presse sur la question dont est saisi aujourd’hui le Conseil de sécurité, en espérant qu’il pourra l’adopter ultérieurement, a indiqué son représentant.