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Force conjointe du Groupe de 5 pays pour le Sahel - Rapport du Secrétaire général (S/2021/442)

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I. Introduction

1. Le présent rapport est soumis en application de la résolution 2391 (2017), dans laquelle le Conseil de sécurité a prié le Secrétaire général de lui faire rapport, en étroite coordination avec les États du Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel) (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) et l’Union africaine, sur les activités de la Force conjointe du Groupe de 5 pays pour le Sahel) et sur l’appui fourni par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à cet égard. Le Conseil a adopté la résolution 2531 (2020), par laquelle il a prorogé le mandat de la MINUSMA et recommandé que la Mission renforce son appui à la Force conjointe.

2. Le rapport fait le point des progrès accomplis dans l’opérationnalisation de la Force conjointe depuis le rapport du 2 novembre 2020 (S/2020/1074), notamment en ce qui concerne l’appui international dont celle-ci a bénéficié et l’application de l’accord technique signé en février 2018 entre l’Organisation des Nations Unies, l’Union européenne et les pays du G5 Sahel (l’accord technique). Il traite également des problèmes auxquels s’est heurtée la Force conjointe et de l’application, par les pays du G5 Sahel, d’un cadre réglementaire de contrôle du respect des droits humains et du droit international humanitaire (cadre réglementaire). En outre, comme l’a demandé le Conseil de sécurité dans sa résolution 2531 (2020), on y trouvera une évaluation de l’application du paragraphe 13 de la résolution 2391 (2017), y compris pour ce qui concerne le respect de la politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme en cas d’appui de l’ONU à des forces de sécurité non onusiennes et la perspective que le secrétariat exécutif du G5 Sahel et la Force conjointe gagnent en autonomie et mettent en place leur propre système d’acquisition.

3. La période à l’examen a été marquée par la dégradation des conditions de sécurité au Sahel, comme en témoignent les attaques terroristes complexes qui ont continué de viser les positions des forces de défense et de sécurité nationales et régionales, en particulier dans la région du Liptako-Gourma, point de rencontre des frontières du Burkina Faso, du Mali et du Niger. La zone des trois frontières reste le principal point chaud, malgré la pression exercée dans le cadre des opérations antiterroristes et les luttes intestines observées entre les deux principaux groupes armés terroristes, Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans,) affilié à Al-Qaida, et l’État islamique du Grand Sahara. Une recrudescence des attaques contre les civils, notamment contre les représentants des autorités locales et les personnalités religieuses, a été constatée. Dans les régions occidentales du Niger, le nombre de civils qui ont péri a augmenté pendant l’année écoulée. Au moins 300 personnes ont été tuées lors de trois attaques majeures en 2021, dont la dernière, survenue le 21 mars dans la région de Tillia, a fait au moins 137 morts. L’utilisation d’engins explosifs improvisés contre les civils et les forces de défense et de sécurité a gagné en fréquence en décembre 2020 et en janvier 2021, en particulier dans le centre du Mali et dans le sud-ouest du Niger (région de Tillabéri). Parallèlement, le nombre de cas d’extorsion de fonds aux populations n’a cessé d’augmenter, notamment au Mali et au Niger. Des interventions militaires régionales plus intenses sont actuellement menées pour inverser le rapport de force dans la région du Liptako-Gourma, mais une aggravation de la déstabilisation est tout à fait possible et le risque que la menace pesant sur la sécurité gagne la côte Sud et la côte Ouest de l’Afrique est bien réel.

4. Les affrontements entre communautés ont continué d’aggraver les conditions de sécurité dans lesquelles opère la Force conjointe. Souvent instrumentalisées par les organisations terroristes et les groupes armés locaux, les dynamiques de conflit locales sont exacerbées par la raréfaction des sources liées aux changements climatiques et aux pressions démographiques, d’autant plus que la région ne connaît pas un développement économique et n’a pas mis en place des mesures d’adaptation propres à en atténuer les effets. Ces crises dévastent la région et mettent des millions de personnes en danger. À ce jour, en 2021, 6,8 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire dans les pays du G5 Sahel. Un risque de famine plane désormais sur le Burkina Faso. De même, depuis 2018, le nombre de personnes déplacées a été multiplié par 20 dans la région du Liptako-Gourma. On dénombre près de 2,1 millions de déplacés et plus de 880 000 réfugiés dans les États du G5 Sahel. Les déplacements de populations à grande échelle continuent d’avoir un impact sur les services publics et les ressources naturelles, qui sont déjà limités, et exacerbent les tensions et les conflits sociaux.