Mali

Autoportrait du Mali: Les Obstacles à la Paix

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Introduction

Depuis son indépendance en 1960 le Mali a vécu plusieurs rébellions et périodes d’instabilité.1 La première rébellion, déclenchée en 1963 sur fond de contestation territoriale, identitaire, de marginalisation socio-économique et de rejet du système politique, a été fortement réprimée, posant ainsi les bases d’une cohabitation difficile entre certaines communautés du Nord, en proie à ses propres clivages (ethniques, politiques, sociaux, et économiques). Depuis, les rébellions devenues quasi-cycliques (1990, 2006, 2012) ont accentué les relations de méfiance entre le pouvoir central de Bamako et certaines communautés du Nord notamment.2 L’analyse des conflits a cependant tendance à porter une emphase démesurée sur ces rébellions, masquant les conflits latents existant sur l’ensemble du territoire de même que les diverses problématiques liées à la gouvernance qui font elles aussi peser un risque important pour la paix et la cohésion sociale au Mali.

En dépit de relations complexes entre ses diverses communautés, le pays a su trouver à travers son histoire le ressort nécessaire pour maintenir son unité dans une certaine diversité culturelle, garante de son intégrité.3 Toutefois, les attaques de janvier 2012, la rupture constitutionnelle du 22 mars 2012 ainsi que la tentative de Coup d’Etat du 30 avril 2012 et les violences consécutives, ont plongé le Mali dans une crise grave et multidimensionnelle sans précédent. Alors que plusieurs l’aborde dans la continuité historique des rébellions qu’a connu le Mali dans le passé, d’autres soulignent la singularité de cette dernière, tant par la mise en commun de plusieurs circonstancesaggravantes au double plan interne et externe que par son caractère incomparable en terme d’impactsur la cohésion sociale. En effet, la profondeur de la crise et la rapidité avec laquelle l’État malien s’est effondré ont mis au grand jour la fragilité de cet État et les graves problèmes sociétaux et structurels qui rongent la société malienne. Des questions qui, au regard de ce qui émanent des consultations menées à travers le pays, débordent largement des questions de velléités indépendantistes ou des schémas Nord/Sud à travers lesquels nombres d’observateurs voudraient expliquer la crise.

Au plus fort de la crise, la situation humanitaire et sécuritaire a fait plus de 300 000 déplacés internes et près de 165 000 réfugiés maliens dans les pays voisins, en majorité les femmes et les enfants4 .

C’est dans ce contexte que l’Institut Malien de Recherche-Action pour la Paix (IMRAP) fut créé le 31 octobre 2013 sous forme d’une association afin de contribuer au renouvellement d’un vouloir vivre ensemble harmonieux et à l’enracinement du dialogue comme mécanisme permettant de faire face de manière conjointe aux défis et opportunités pour la consolidation de la paix, la réconciliation et la cohésion sociale.

L’IMRAP est constitué d’une équipe centrale qui s’appuie en plus sur un réseau de chercheurs et mobilisateurs au niveau des régions afin d’assurer une meilleure portée et une plus grande représentativité dans son action à l’échelle nationale.

De novembre 2013 à décembre 2014, l’IMRAP, en partenariat avec Interpeace5 , a sillonné le Mali6 et les camps de réfugiés afin d’amener les Maliens à faire leur autoportrait sur les obstacles à la paix. L’analyse transversale des éléments ayant émergé du dialogue entre Maliens met en relief quatre grands facteurs clés, considérés comme autant d’obstacles à la paix. Il s’agit de : i) La gestion de la diversité sociopolitique et la crise des valeurs sociétales; ii) La régulation de la compétition autour des ressources naturelles et des opportunités économiques; iii) La gouvernance de l’accès aux services publics; iv) Les mécanismes de gestion/résolution des conflits locaux et rébellions.

Néanmoins, la structuration de ces facteurs ne constitue en aucun cas une quelconque indication de hiérarchisation des obstacles identifiés. La sécurisation du pays et la protection des populations, la réinsertion des personnes déplacées et des réfugiées, la gouvernance, l’accès aux ressources et à l’emploi, la justice, le dialogue politique ou encore la restauration de la confiance, sont autant de défis qui s’enchevêtrent et s’entrecroisent.

Ce rapport préliminaire ne prétend aucunement être exhaustif. Il se veut être un aperçu des défis majeurs et une base susceptible d’ouvrir la voie à des recherches sectorielles de solutions et d’actions concrètes afin de contribuer activement au retour d’une paix durable au Mali.