Accès humanitaire au Mali : Pour des stratégies d’accès plus efficaces (Deuxième et troisième trimestre 2019)

Introduction

Au Mali, un grand nombre d’organisations humanitaires travaillent dans un contexte d’urgence complexe et dynamique, sur un territoire vaste avec de faibles infrastructures, en présence de multiples acteurs armés non-étatiques, étatiques et internationaux qui tous mènent des opérations ayant un impact direct et indirect sur les populations (notamment la pose d’engins explosifs improvisés ou des frappes aériennes), confrontées à des relations communautaires tendues et/ou érodées ainsi qu’à une criminalité endémique de plus en plus violente.

Maintenir et renforcer l’accès humanitaire – atteindre les populations dans le besoin et permettre aux populations d’accéder aux services sociaux de base, à leurs moyens de subsistance et d’atteindre ce dont ils ont besoin – est un défi auquel ces acteurs humanitaires sont confrontés chaque jour.

Le présent rapport est basé sur les données recueillies dans le cadre des groupes de discussion organisés avec des acteurs humanitaires à Gao, Ménaka, Mopti, Tombouctou et Ségou. (voir « méthodologie » à la fin du rapport pour plus de détails). Les propos mettent le focus sur les points de vue des humanitaires qui ont participé aux discussions, plutôt que sur un suivi exact d’incidents. Ils font ressortir des tendances qui préoccupent ces acteurs, ainsi que des recommandations pour améliorer la situation. Etant basé sur des discussions entre agents humanitaires, ce rapport se focalise sur l’accès des organisations au terrain, les défis qu'ils rencontrent et les moyens de les relever.

Les défis des populations à accéder aux services et moyens de subsistance sont soulevés dans l’analyse des contraintes. Des discussions avec les populations elles-mêmes sur le sujet seraient un ajout intéressant, mais elles restent en dehors de la portée du présent rapport.

L’accès des organisations humanitaires à la population demeure basé sur une analyse individuelle de chaque acteur ou organisation humanitaire. La perception de chaque organisation, si l’accès est possible dans une certaine zone ou non, pour une certaine population, et sous quelques conditions, repose sur une analyse qui prend en compte des facteurs objectifs (comme des incidents sécuritaires dans le passé, l’état de l’infrastructure, etc.), mais aussi une lecture du contexte dans sa globalité, les risques de futurs incidents, des garanties ou confirmations d’acceptation reçues ou non des acteurs pertinents, armés ou civils, des bénéficiaires, etc.

Par manque de temps ces discussions de groupes n’ont pas pu se tenir à Kidal, mais seront envisagées pour de futurs éditions. Le sud du pays n’est également pas représenté pour des raisons de contexte. Dans les régions de Koulikoro, Kayes et Sikasso les interventions se focalisent peu sur l’assistance humanitaire. Nous continuons néanmoins à suivre le développement de la situation.

MESSAGES CLÉS

  • L’accès bien que possible devient de plus en plus complexe et nécessite des stratégies adaptées aux contextes et réalités de chaque zone.

  • Les zones les plus difficiles à accéder sont situées au centre et au nord, le plus souvent le long des frontières avec le Burkina Faso et le Niger et dans la zone inondée du delta.

  • Des violences entre acteurs armés touchant les civils posent un défi de plus en plus important pour l’accès. Elles provoquent de nouveaux déplacements, des restrictions de liberté des mouvements ainsi que risques sécuritaires pour les acteurs humanitaires et les populations civiles.

  • La criminalité d’ordre économique, les risques d’engins explosifs et des incidents liés à une mauvaise perception de neutralité demeurent parmi les défis à relever.

  • Le renforcement de l’acceptation à travers une meilleure communication est primordial pour un accès sécurisé à long terme avec un maximum d’interaction avec les acteurs locaux, y compris les parties armées pour la coordination civilo-militaire.

  • Le partage de bonnes pratiques, des leçons apprises et d’expertise entre les organisations humanitaires s’avère indispensable et recommandé.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:
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