Mali

« École contre nourriture » : Des cantines scolaires pour soutenir la scolarisation dans une zone reculée du Mali

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TASSINSACK (Nord du Mali), 15 décembre 2009-Une école près de Tombouctou, dans le Nord du Mali ; agressée par le vent, écrasée de soleil, ses murs d'enceinte presque engloutis par le sable, ses classes en terre battue, 220 élèves dont 99 filles répartis en 6 classes confiées à 7 maitres : c'est l'école de Tassinsack, véritable symbole du dévouement à l'éducation.

Son directeur, Mahamane Tandina, n'est pas peu fier de présenter son établissement à ses hôtes du jour : une mission de la Banque mondiale accompagnée par des responsables locaux de l'éducation.

La particularité de cette école est qu'elle bénéficie du Programme pilote de cantines scolaires qui, dans certaines zones où la pauvreté compromet l'alimentation des enfants, sont destinées à stimuler la scolarisation, assurer l'assiduité des élèves et réduire l'abandon scolaire et la malnutrition.

Ici à Tassinsack, la ration journalière par enfant est de 150 grammes de céréales, 30 grammes de légumineuses et 10 grammes d'huile. La pauvreté extrême des parents d'élèves ne leur a pas permis de payer les 1000 francs CFA (environ 2,30 dollars américains) de cotisation mensuelle par enfant pour couvrir les salaires des maîtres communautaires. Car si l'Etat a repris cette école communautaire dans le budget national de l'Education il y a deux ans, les moyens publics limités ne permettent de payer que deux des enseignants de Tassinsack, sans parler de l'entretien des bâtiments laissés à l'abandon.

Aux dires de M. Tandina, « les quelques tartines de riz au poisson sec ou à la viande que les enfants avalent lors du seul repas par jour à l'école constituent l'incitation de leurs parents à les laisser s'éduquer. Sinon, ils auraient accompagné leurs mères au marché pour vendre des légumes ou aidé leur père dans les travaux champêtres ».

L'école sert toute la banlieue de Tombouctou. Ses effectifs (30 à 40 élèves en moyenne par classe) attirent au-delà du petit hameau d'une trentaine de familles qu'est Tassinsack. Environ 75% des élèves ont réussi en 2009 au Certificat d'études primaires (CEP) et il y a 100% de scolarisation.

Depuis que la cantine a commencé, il y a un an, le directeur a constaté que « les enfants ne chôment pas ». Quant aux cuisinières, pour les motiver, elles reçoivent la ration decinq élèves. Les populations, en guise de participation, apportent le bois de chauffe et les condiments.

Appui budgétaire de la Banque mondiale

C'est pour palper du doigt cette réalité, évaluer l'impact des Crédits d'appui à la réduction de la pauvreté (CARSP) sur les populations pauvres, voir l'appui budgétaire d'en bas et non d'en haut, et préparer le 4ème crédit pour le budget 2010 (CASRP4) que la mission de la Banque mondiale s'est rendue à Tombouctou. Au menu de la visite ? Des discussions avec la Direction régionale du Budget, du Trésor, et celle des Marchés Publics, avec la Chambre de Commerce et d'Industrie, avec les responsables de la Direction Régionale du Développement Social et, surtout, cette visite d'une école bénéficiant du Programme de cantine scolaire financé par le budget national.

Signalons que le programme de réforme soutenu dans le cadre de la deuxième série d'appui budgétaire (CASRP 3 à 5) que la Banque mondiale accorde au Mali met davantage l'accent sur le renforcement de la gestion des finances publiques et l'amélioration de l'accès aux services sociaux de base, tout en renforçant le cadre institutionnel et réglementaire pour les infrastructures et l'investissement privé.

C'est le 19 mai 2009 que le Conseil des Administrateurs de la Banque mondiale a approuvé l'octroi par l'Association internationale de développement (IDA) d'un montant de 65 millions de dollars en faveur du Mali, au titre du Troisième crédit d'appui à la réduction de la pauvreté (CARSP-3).

Politique nationale de l'alimentation scolaire

Le Conseil des Ministres du 4 novembre 2009 a examiné une communication relative à la politique nationale de l'alimentation scolaire élaborée dans le cadre de la poursuite des objectifs de scolarisation universelle. Face aux « résultats encourageants enregistrés » lors de cette phase pilote, le Gouvernement s'est engagé à renforcer et à étendre cette stratégie de l'alimentation à l'école, indique le communiqué du Conseil des ministres.

La politique nationale de l'alimentation scolaire vise, notamment, à créer les conditions de la pérennisation de la stratégie des cantines scolaires « afin que la faim ne soit pas un obstacle à l'accès et au maintien des enfants à l'école », indique le Gouvernement. Pour atteindre cet objectif, le document propose un plan d'action qui couvre la période 2009-2013. Il prévoit, entre autres, la création et l'ouverture de cantines sur une période de cinq ans. Il sera financé par l'Etat, les Collectivités Territoriales et les Partenaires techniques et financiers.

Il est prévu également une contribution des communautés bénéficiaires à la réalisation des infrastructures, au fonctionnement et à la gestion des cantines. « La mise en œuvre de ladite politique devra permettre de renforcer la scolarisation, de maintenir les enfants à l'école, de leur éviter de longs allers et retours (maison-école), d'allonger le temps scolaire, de créer des emplois entre autres », explique le Gouvernement.

L'éducation constitue le gros des dépenses publiques au Mali, représentant plus de 17% des dépenses budgétaires en 2007.