Madagascar

MSF/Madagascar: "5 mois après le début de notre opération d'urgence nutritionelle, le point sur nos activités dans la province de Mahanoro"

Source
Published
Après le passage du cyclone Eline, en février 2000, la situation nutritionnelle de habitants du district de Mannahoro, sur la côte est de Madagascar, n'avait cessé de se dégrader.
En octobre 2000, MSF a ouvert en urgence 3 centres de nutrition thérapeutique, suivis d'un quatrième centre en décembre et a procédé à des distributions de rations alimentaires.

2700 enfants ont été pris en charge dans les 4 centres de nutrition thérapeutiques ouverts par Médecins Sans Frontières.

Les pathologies comme la rougeole, le paludisme, les infections respiratoires, les infections parasitaires et les diarrhées ont fait l'objet d'une prise en charge médicale systématique.

5 distributions de nourriture ont été effectuées, auprès d'environ 30 000 personnes, ce qui correspond à près de 600 tonnes de nourriture.

Aujourd'hui, 2 des 4 centres nutritionnels thérapeutiques ont fermé. 300 enfants sont toujours pris en charge dans les deux autres centres.

20 volontaires MSF ont travaillé sur cette urgence.

MSF reste présent dans la région de Mahanoro.

Les équipes vont apporter leur soutien à 4 centres de nutrition supplémentaire et distribuer des rations alimentaires améliorées pour les enfants.

Les raisons de la crise alimentaire dans la région de Mahanoro

Classée parmi les zones vulnérables de l'île, la région de Mahanoro, sur la côte est de l'île, a été particulièrement touchée par une succession de catastrophes au cours de l'année 2000.

La sécheresse précédant les cyclones Eline (le 16 février 2000) et Gloria (le 2 mars 2000) avait déjà affecté la production agricole de la zone. La situation s'est gravement détériorée avec le passage des cyclones et des inondations qui ont suivi : les récoltes ont été partiellement ou entièrement détruites, plongeant les habitants de cette région dans une situation de grande précarité alimentaire.

La période de soudure - qui fait le lien entre la fin d'une récolte et le début d'une autre - a, en outre, commencé plus tôt que les années précédentes, ce qui a forcé les gens à puiser sur leurs faibles réserves alimentaires. Ces stocks de nourriture ont été épuisés dès les mois de juillet pour les familles les plus affectées. Celles-ci ont dû se nourrir de plantes ou de racines de faible valeur nutritionnelle et parfois même toxiques.

Pour survivre, beaucoup ont été contraints de vendre les parcelles de terrain qu'ils cultivaient, contribuant ainsi à affaiblir la production attendue pour le mois de janvier. Aujourd'hui certaines familles sont totalement dépendantes des programmes d'aide, pourtant encore insuffisants.

Des indicateurs de gravité alarmants

Afin d'évaluer avec précision l'ampleur des besoins, Médecins Sans Frontières a réalisé, sous la coordination du Centre national de Secours malgache, deux enquêtes nutritionnelles et une enquête de sécurité alimentaire sur la zone côtière s'étendant de Nosy Varika à Mananjary. Les taux de malnutrition globale y varient de 11% à 19,4% et ceux de malnutrition sévère de 1,8% à 2,2%.

L'enquête de sécurité alimentaire a mis en évidence trois régions particulièrement touchées et plus particulièrement la région qui s'étend du nord de Ambodiharina au sud de Masameloko, o=F9 sévit une grave pénurie alimentaire, la population qui y vit n'est plus capable de couvrir ses besoins.

Le détail de nos activités à Mahanoro sur cette urgence

4 centres de nutrition thérapeutiques ont été ouverts, trois en octobre 2000 et un en décembre pour faire face à la gravité de la situation.

En parallèle, des distributions de nourriture ont été menées auprès des familles.

Première phase de l'opération d'urgence : 3 centres nutritionnels ouverts en octobre 2000

A partir du mois d'octobre, trois centres nutritionnels ont été ouverts par les équipes de Médecins Sans Frontières à Mahanoro, Ambodiharina et Masameloko.

En plus de la prise en charge des enfants dans les centres nutritionnels thérapeutiques, MSF a mis en place des distributions de biscuits protéinés pour les enfants sortants de ses centres et leurs familles.

L'objectif était d'éviter qu'ils manquent à nouveau de nourriture une fois rentrés chez eux. Une enquête nutritionnelle a révélé des taux de malnutrition globale pour les enfants de moins de cinq ans variant de 11% à 19,4% et des taux de malnutrition sévère allant de 1,8% à 2,2%. Une enquête de sécurité alimentaire a également fait état d'une situation de pénurie grave dans la zone qui s'étend du nord d'Ambodiharina au sud de Masameloko.

Ce programme a dû être renforcé pour faire face à l'ampleur des besoins, Médecins Sans Frontières Frontières a donc organisé des distributions alimentaires pour les familles des enfants accueillis dans des centres nutritionnels. Ces distributions de riz, d'huile, de légumineuses devaient ainsi permettre aux familles d'avoir assez de nourriture jusqu'à « la petite » récolte, prévue au mois de janvier.

En décembre 2000, MSF a renforcé ses opérations de secours en ouvrant un nouveau centre nutritionnel thérapeutique pour les enfants sévèrement malnutris à Ilaka

Les pathologies comme la rougeole, le paludisme, les infections respiratoires, les infections parasitaires et les diarrhées font l'objet d'une prise en charge médicale systématique.

"Je suis arrivé au plus fort de l'urgence"

Témoignage de Denis, 28 ans, un médecin de MSF travaillant au centre nutritionnel thérapeutique d'Ambodiharina, côte est de Madagascar.

« La malnutrition est chronique dans cette région de l'île. Mais une famine comme cette année, les "anciens" n'en ont jamais vue... Le cyclone Eline a dévasté la région au début de l'année, détruisant toutes les récoltes. Les populations ont pu vivre sur leurs réserves jusqu'au mois de juillet-août. Quand nous sommes arrivés, les gens commençaient à manger du "banbang", une variété de racine qui peut être toxique.

« Je suis arrivé au plus fort de l'urgence. Les centres nutritionnels thérapeutiques (CNT) étaient encore à construire. Il nous a fallu négocier les terrains, penser l'organisation des centres et tout réunir pour mener à bien leur construction... Mon travail de coordinateur médical du centre consistait à mettre en place nos actions de soins, former le personnel médical malgache mais il fallait aussi entretenir des contacts avec les autorités locales, et participer aux activités logistiques de la mission. Car, la situation est vraiment compliquée pour ce qui est des transports de matériel mais aussi des gens. Ambodiharina est en effet une région enclavée, difficile d'accès. Les déplacements et les transports ne peuvent se faire, le plus souvent, que par bateau sur le canal des Pangalanes.

Le centre nutritionnel d'Ambodiharina a ouvert une semaine après mon arrivée. Il fallait agir vite. Nous avons commencé à travailler sous des tentes que l'on a pu remplacées plus tard par des bâtiments en matériaux locaux. Notre action s'est concentrée sur la prise en charge des enfants les plus sévèrement dénutris, notamment ceux qui souffraient de marasme ou de kwashiorkor. Près de 200 enfants et leur famille ont été accueillis dès les premiers jours. Les enfants arrivaient en très mauvais état.

La malnutrition entraîne un ensemble de troubles métaboliques et carentiels qui fragilisent beaucoup l'organisme. Les enfants présentaient tous des pathologies associées à la malnutrition sévère : paludisme, pneumopathies, diarrhées, rougeole. Une prise en charge médicalisée 24H/24H était nécessaire. C'est pourquoi, cinq médecins et 30 assistants nutritionnels se relayent jour et nuit. Une surveillance médicale est assurée par une consultation journalière du médecin. Une unité de soins intensifs fonctionne également pour les plus malades.

La prise en charge nutritionnelle comprend deux phases. En "phase 1", un régime à base de lait enrichi est donné toutes les trois heures, ce qui permet à l'enfant d'apprendre à se réalimenter. Cette phase, qui ne dure en général pas plus d'une semaine, est suivie de la "phase 2", le régime associe alors successivement des repas à base de lait, du plumpynut (beurre de cacahuète enrichi) ainsi qu'un repas traditionnel pour les plus grands. Les enfants restent en moyenne de trois semaines à un mois avec nos équipes avant de pouvoir rentrer dans leur village. Nous assurons par la suite la distribution de nourriture aux enfants sortant du centre jusqu'à l'amélioration de la sécurité alimentaire dans la région. En deux mois, 400 enfants ont été soignés dans notre centre. 225 sont déjà rentrés chez eux guéris.

=CAtre confronté à une telle misère a quelque chose d'extrêmement violent et révoltant. La détresse des familles et l'efficacité des moyens mis en oeuvre pour y répondre renforcent mon idée du bien-fondé et de la pertinence de tels programme d'urgence. Les familles arrivaient dans une grande détresse, le regard fixe, l'air hagard et perdu. Je me souviendrai toujours de l'instant o=F9 le regard des enfants qui ne savaient plus sourire s'éclaire à nouveau. Le centre, si triste au départ, s'est progressivement rempli d'enfants qui jouent et s'amusent.

Une mission MSF, c'est avant tout la rencontre de l'autre et la compréhension de sa différence. Nous devons être être attentifs à la culture des personnes que l'on aide si notre action veut être pertinente. La première semaine, dans l'unité de soins intensifs, je retrouvais le matin les enfants couchés dans le sens inverse de celui o=F9 je les avais installés la veille. Cela posait des problèmes : les enfants tiraient sur leur perfusion jusqu'à se les arracher parfois. Lorsque j'ai demandé la raison de ce changement de position durant la nuit, on m'a répondu : "chez les Betsimisaraka, seuls les morts dorment la tête à l'Ouest, les vivants dorment la tête tournée vers l'Est". Je me suis dépêché de changer la disposition des lits dans le bâtiment.

Pour de plus amples informations, visitez le site de Médecins Sans Frontières: http://www.msf.org/