Madagascar

Madagascar - Grand Sud et Sud-est Appel Éclair, janvier 2021 - décembre 2022 (version révisée en juin 2022)

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Aperçu de la crise

Alors que les populations du Grand Sud de Madagascar commençaient à sortir de la pire sécheresse endurée depuis plus de 40 ans, le pays a été frappé par six systèmes météorologiques tropicaux de janvier à avril 2022, ayant tué au moins 214 personnes et affecté environ 571.100 personnes. Le 17 janvier 2022, la tempête tropicale Ana avait traversé Madagascar, apportant de fortes pluies et des inondations qui ont touché environ 131.500 personnes et en ont tué 55, principalement dans le centre et le nord du pays. Par la suite, le cyclone tropical Batsirai a touché terre près de la ville de Mananjary le 5 février, ayant fortement affecté les régions d'Atsimo Atsinanana, de Vatovavy et de Fitovinany, puis le cyclone tropical Emnati a touché terre au sud de la ville de Manakara le 23 février, ayant sévèrement affecté les mêmes zones. Entre ces deux cyclones, la tempête tropicale Dumako a touché Madagascar le 15 février près de Sainte Marie dans la région d'Analanjirofo, provoquant des inondations dans les régions du nord-est et faisant 14 morts. La tempête tropicale Gombe a ensuite touché terre le 8 mars sans dégâts importants, suivie de la tempête tropicale modérée Jasmine le 26 avril, qui a affecté plus de 4.800 personnes et en a tué 5 dans le sud de Madagascar.

Le Grand Sud-Est du pays, composé des régions de Vatovavy, de Fitovavy et d’Atsimo Atsinanana, a été le plus durement touché par les intempéries, notamment les cyclones tropicaux Batsirai et Emnati en l'espace de deux semaines. Ces deux cyclones ont touché 423.800 personnes, dont 121 personnes tuées par Batsirai et 15 par Emnati. Les moyens de subsistance dans ces régions ont été décimés, 70 pour cent des ménages ont signalé des dommages aux zones rizicoles de Nosy Varika et Vohipeno, 80 pour cent signalant des pertes de cultures fruitières et 100 pour cent signalant des pertes sur les cultures de rente, y compris le café, la vanille et le girofle.

L'insécurité alimentaire a augmenté dans le Grand Sud-Est en raison des effets des cyclones, avec cinq des six districts devraient être en Crise (phase 3 de l'IPC) d'avril à août 2022. C'est pour la première fois que la classification de l'insécurité alimentaire au niveau Crise (phase 3 de l'IPC) et au-dessus a été projetée pour le Grand Sud-Est, où cette classification ne dépasse généralement pas le niveau Stress (phase 2 de l'IPC). De plus, environ 67.000 personnes seront en Urgence (Phase 4 de l'IPC). Selon le secteur agricole, 492.000 personnes auront besoin d'une assistance post-récolte immédiate dans le cadre de la relance agricole.

En même temps, la situation humanitaire dans le Grand Sud, qui a été secouée par des sécheresses consécutives au cours des saisons des pluies 2019/2020 et 2020/2021, reste précaire. Suite à la mise à l’échelle de l'aide humanitaire, l'insécurité alimentaire et la malnutrition se sont améliorées dans le Grand Sud au cours du premier semestre 2022 ; ce qui est particulièrement remarquable car cela a coïncidé avec le pic de la période de soudure alimentaire. Aucun district ne sera en phase Urgence (IPC 4) de mai à novembre 2022, selon la dernière analyse de la classification intégrée de l’insécurité alimentaire (IPC), et le nombre de personnes classées en phase 3 et plus est passé de plus de 1,1 million de personnes en 2021 à un peu plus de 1 million d'avril à août 2022. De même, les taux de malnutrition aiguë globale (MAG) dans les districts les plus touchés par la sécheresse sont tombés à 8,4 pour cent (contre 9,2 pour cent en septembre 2021), et les taux de malnutrition aiguë sévère la malnutrition était de 0,7 pour cent .

Cependant, la situation reste fragile, avec 7 districts sur 10 qui restent en phase Crise (IPC 3), et le nombre de personnes en phase Crise et plus reste au-dessus de la moyenne sur 5 ans. Le démarrage des cultures en 2022 a été retardé par un début tardif de la saison et, bien que les cultures aient finalement été semées suite aux pluies apportées par les cyclones et les tempêtes, les fortes pluies ont également contribué à une résurgence des criquets migrateurs et à de bonnes conditions pour la chenille légionnaire d'automne. Cette situation engendre des besoins multisectoriels critiques. Le risque de déplacement des populations reste élevé dans le Grand sud, comme cette stratégie reste une des pratiques les plus courantes pendant les situations de crise, environ 5.000 personnes sont potentiellement capables d’adopter cette stratégie à tout moment.

Dans l’ensemble des neuf districts lus touchés par la sècheresse, Evolution du nombre de personnes en IPC 3,4, et 5 depuis 2018 la proportion des personnes ayant accès aux sources d’approvisionnement en eau potable améliorées reste toujours faible (Androy (27 pour cent), Anosy (30 pour cent), Atsimo Andrefana (32 pour cent ) et cela oblige la majorité de la population à utiliser les eaux de surface. On constate la persistance de la défécation à l’air libre dans les zones moins couvertes par les activités « assainissement total piloté par la communauté » ou CLTS à Bekily, Ampanihy et Betioky. Par ailleurs, les districts affectés par les cyclones étaient plus ou moins bien équipés (40-50 pour cent de taux d’accès), mais après l’arrivée des cyclones, plus de 40 pour cent des infrastructures ont été détruites ou contaminées. Cette situation a plongé la majorité des districts de Farafangana, Vangaindrano, Midongy, Manakara atsimo, Vohipeno, Nosy-varika, Mananjary et Ikongo dans le besoin WASH.

Les cyclones ont également causé d'importants dégâts, avec des pertes de production et des dommages estimés à plus de 160 millions de dollars dont la perte des moyens de subsistance des ménages, des infrastructures d’habitation et des infrastructures scolaires communautaires. Le secteur éducation fait face au contexte d’adaptation négative des ménages qui accordent moins de priorité à l'éducation. La situation alimentaire projetée d’avril à septembre 2022 accentuera le décrochage scolaire et impactera négativement la réinscription pour l’année scolaire 2022-2023. La non-scolarisation des enfants compromet les chances des générations à venir, affecte la croissance socio-économique du pays supprime une source essentielle de protection actuelle et de développement futur.

Cette situation expose davantage les femmes et les filles aux violences basées sur le genre. Au titre de l’année 2021 et du premier trimestre 2022, les régions du Grand sud et du Sud Est ont enregistré 6.925 cas de VBG avec une proportion de 92 pour cent des survivant(e) s qui est représentée par les femmes contre 8 pour cent des hommes.
Les risques accrus de PSEA pendant les périodes d’urgences demeurent. La situation de précarité économique, matérielle, alimentaire renforce l’inégalité entre les genres et offre un terrain favorable au recours à des mécanismes de survie négatifs (prostitutions de survie, mariage d’enfants, violences conjugales accrues, recours limités au service de base de l’éducation, santé, planification familiale, etc.). L’évaluation rapide de protection dans le Grand Sud a permis d’identifier que le travail des enfants, le mariage d’enfant et la violence sexuelle (abus sexuel, exploitation sexuelle) sont les trois principaux problèmes de protection de l’enfant identifiés selon les personnes interviewés. A noter que, 05 des regions du Grand Sud (Anosy, Androy, Atsimo Andrefana, Atsimo Atsinanana) sont parmi les régions ayant des taux de mariage d’enfant les plus élevés du pays. 59 pour cent des filles pour la region Atsimo Atsinanana, 58 pour cent dans la région Atsimo Andrefana, 55 pour cent pour la region Androy et 45% pour la région Anosy sont mariées avant l’âge de 18 ans, contre 37pour cent au niveau national (source: enquête MICS 2018). De l’autre côté, le travail des enfants reste une des stratégies adoptés par les familles les plus vulnérables incluant tout type d’activités informelles « génératrice » d’argent et dont les enfants en sont les principales cibles (vente d’eau, petits commerces, mendicité, gardiennage de zebus) et l’éxploitation sexuelle des enfants..En moyenne, plus de la moitié des enfants sont impliqués dans le travail des enfants selon l’enquête MICS de 2018. Et le risque potentiel de deplacement des ménages, genee un risque de séparation des enfants. L’effet cumulatif de ces problèmes accentue la dégradation des situations liées à la protection (recours au mariage d’enfant, à l’abandon scolaire et au travail denfants,recrutement des enfants par les dahalo etc.).

Enfin sur le plan sanitaire, malgré les efforts déployés dans ces zones, plusieurs indicateurs de santé sont toujours en souffrance eu égard aux conséquences sanitaires cumulées de la sécheresse et des cyclones et de la situation de précarité pré-existante du système de santé. En effet, la prévalence des maladies infantiles, notamment la diarrhée, le paludisme et les infections respiratoires, reste élevée, avec respectivement 8,20 pour cent, 19,8 pour cent et 8,6pour cent (Enquête SMART novembre 2021). La couverture vaccinale a drastiquement baissé en raison des ruptures de stock de plusieurs antigènes, malgré une meilleure disponibilité des services grâce à des stratégies fixes, des stratégies avancées et des cliniques mobiles intégrées.A l’échelle nationale pendant la semaine S22-2022, près de 40 pour cent des districts sont soit en épidémie, soit en alerte. La morbidité palustre étant de 17 pour cent et le taux de positivité au TDR est de 45 pour cent, indicateurs impulsés dans les zones de recrudescence dont les Régions du Grand Sud et du Grand Sud Est. En effet, des recrudescences du paludisme sont actuellement en cours dans les deux régions du Grand Sud, Anosy et Atsimo Andrefana et notamment les districts de Taolagnaro et Tuléar I qui sont actuellement en épidémie (S22-2022). Trois districts des régions Androy et Atsimo Andrefana sont en alerte de recrudescence pour S22-2022. Il est de même pour les districts de Farafangana et de Befotaka de la région Atsimo Atsinanana. Ces recrudescences de paludisme ont été favorisés par, d’une part, la hausse des températures, les précipitations qui ont sévi et l’humidité qui d’ensuivaient, à l’origine de la prolifération des moustiques ; et d’autre part, par l’insuffisance d’intrants nécessaires pour la lutte, notamment pour les situations de recrudescence. Le pays est en épidémie de poliovirus, type VDPV. Sur les 15 cas confirmés recensés les 12 derniers mois, deux sont issus de la région Atsimo Andrefana, en lien surtout avec la faiblesse de la couverture vaccinale et le nombre important d’enfants n’ayant jamais reçu aucun antigène. Une flambée de poliovirus dans les trois régions du Grand Sud est vraiment à craindre notamment dans les districts d’Ampanihy, Bekily, Beloha, Tsihombe et Amboasary Sud qui sont des districts à risque par rapport à leurs indicateurs de performance de la surveillance qui sont faibles.

Des flambées de rougeole sont également à craindre face à la crise de malnutrition qui sévit dans le Grand Sud et les poches qui surgissent après les cyclones dans le Grand Sud Est. Sur les 12 cas confirmés de rougeole notifiés depuis le début de l’année 2022, trois sont rapportés par trois districts de la région Atsimo Atsinanana : Farafangana,
Vangaindrano et Midongy du Sud.

VPar ailleurs, l’inflation actuelle réduit davantage l’accès financier aux soins de santé par la population.V La situation d'insécurité rurale accrue, expose les agents de santé à des risques d'agression physique et entraînant une réticence de certains acteurs à intervenir dans certaines zones, privant ainsi les populations de ces zones de services de santé essentiels et vitaux. En conséquence, il y a maintenant au moins 1,9 millions personnes dans le Grand Sud (1,15 millions) et le Grand Sud-Est (0,75 million) qui auraient besoin d'aide humanitaire entre juin et décembre 2022.

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