À Madagascar, combattre la misère sur tous les fronts

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from Caritas
Published on 14 May 2019 View Original

Soutenu dès ses débuts par le Secours Catholique, le Centre de développement d’Andohatapenaka combat la misère sur tous les fronts dans l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale malgache.

« Si je n’avais pas suivi la formation de soudeur, ici même au CDA, j’aurais renforcé les rangs des bandits », avoue en souriant Mahefa, jeune gaillard de 21 ans au regard charbonneux, le jour où il est venu saluer son formateur au Centre de développement d’Andohatapenaka.

Andohatapenaka (prononcez « Andoutapenak ») est un des quartiers les plus pauvres d’Antananarivo, capitale de Madagascar. Plusieurs dizaines de milliers de personnes s’y entassent dans des conditions d’insalubrité extrêmes et de grande insécurité. Situé au niveau des rizières qui entourent la capitale, les inondations récurrentes rendent encore plus précaires ceux qui - souvent au mépris des règles d’urbanisme - s’y établissent, et qui à chaque montée des eaux perdent le peu qu’ils ont.

DÉNUEMENT

Le Centre de développement d’Andohatapenaka (CDA) a spécifiquement été créé pour tirer cette population des affres de la pauvreté par le biais de programmes axés sur la santé, l’éducation, la formation, l’insertion professionnelle et même un programme de justice de proximité.

Son fondateur, le Canadien Jacques Couture, ancien ministre du travail et de l'immigration de 1976 à 1980, prêtre jésuite missionnaire, a fait de ce centre l’œuvre des treize dernières années de sa vie. Quand il arrive à Tananarive en 1982, Jacques Couture découvre un dénuement qu'il n'imaginait pas possible. « Bouleversé par le niveau de pauvreté du quartier, le Père Couture s’est employé, pendant quatre ans, à faire de l’assistance d’urgence », rappelle Daniel-Anaclet, l’actuel directeur du CDA.

Le CDA a progressivement étendu son action à d’autres quartiers similaires et touche aujourd’hui une population de 137 000 habitants mais il reste ancré à Andohatapenaka où une centaine de permanents y travaillent, deux tiers salariés, l’autre tiers bénévoles et stagiaires.

Le Centre, en bordure de digue, est protégé par un haut mur et un portail de fer manœuvré par des gardiens. À l’intérieur de l’enceinte, plusieurs bâtiments de briques jaunes aux volets rouges. Pervenches et hibiscus en fleurs agrémentent les parterres. En fond de cour, “la clinique juridique“.

Dans une pièce sombre en rez-de-chaussée, plusieurs personnes attendent assises devant deux bureaux adjacents. Didier Randrianrivo, responsable de la clinique juridique, en explique le fonctionnement.

« Ici, nous faisons de la conciliation, nous réglons les litiges mineurs qui encombrent les tribunaux et ruinent les parties : conflits matrimoniaux, cas de violences, contentieux entre propriétaires et locataires ou employés et employeurs. Si l’affaire nous dépasse, nous orientons les plaideurs vers le tribunal compétent. Nous travaillons avec le ministère de la Justice et le service est financé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). »

BUREAU DES PETITS MÉTIERS

À l’étage d’un autre bâtiment, Marius Rakotonindrainy dirige le “bureau des petits métiers“ où sont proposés des microcrédits. Les sommes prêtées s’élèvent en moyenne à 400 000 ariarys (environ 100 €), pouvant monter jusqu’à 3 millions d’ariarys (750 €).

« En 2017, 1181 personnes ont pu emprunter, indique M. Rakotonindrainy. Les crédits sont de trois sortes : un crédit fonctionnement pour un fonds de roulement, à 2 % d’intérêts sur 2 à 6 mois ; un crédit investissement-acquisition à 2 % également sur 12 mois ; et un crédit à la consommation à 3 % sur un an. »

Le bureau des petits métiers écoute puis suggère la meilleure façon de tirer profit de la somme prêtée. Ses employés aident à remplir les demandes et suivent les emprunteurs dans l’utilisation de leur crédit.

« Plus de 90 % des emprunteurs nous remboursent à temps, explique M. Rakotonindrainy. 94 % en 2017. Cette année, à cause de la peste, du cyclone et des inondations, sans parler de l’inflation du riz, ce chiffre risque d’être moins bon. »

Ces aides économique et juridique sont complémentaires à l’activité principale centrée autour de l’éducation et de la formation professionnelle.

Dans un quartier adjacent au Centre, 70 garçons et filles de 2 à 5 ans en tabliers roses remplissent la garderie de leurs chants et de leurs babils. Deux puéricultrices prennent soin d’eux. Elles expliquent que « leurs parents sont locataires des maisons construites par le CDA », 50 petites bâtisses simples protégées par une enceinte. Souvent aidés par le CDA pour trouver un travail pérenne, les parents s’acquittent d’un loyer modeste. « La garderie offre le déjeuner aux enfants. C’est l’assurance qu’ils seront bien nourris ».

Chaque année, le CDA scolarise jusqu’à 800 enfants issus de familles démunies pour lesquels un programme d’aide à la scolarisation est prévu. Daris et Setra, deux assistantes sociales étudient les demandes de prise en charge des frais scolaires.

« Le CDA est partenaire d'une vingtaine d’écoles privées et publiques du quartier, indique Daris Raharivololonidina, et il attribue une aide équivalente à 40 % des frais scolaires aux familles les plus démunies. À ceux qui ne peuvent pas payer les 60 % restants, le CDA offre de rembourser petit à petit. »

STAGES EN ENTREPRISE

Tout aussi important est le volet réinsertion. La formation professionnelle vise à donner les moyens de vivre correctement à des jeunes et à des adultes. Selon les années, le centre forme entre 170 et 290 jeunes adultes.

« Le cursus implique une remise à niveau qui dure deux mois, explique Hiery, 36 ans, ancien élève du CDA devenu formateur après un cursus qui l’a mené un an en France.

« En majorité nos élèves sont des jeunes de la rue qui ont décroché du milieu scolaire. À 17 ans, il faut tout leur réapprendre : calcul, malgache, français, lecture, écriture. Si possible en six mois. Ensuite, ils choisissent entre plusieurs modules : bâtiment, menuiserie bois ou métal, cuisine, couture, coiffure, mécanique auto. Après six autres mois, ils sont placés pour un stage de trois mois dans une des 200 entreprises qui travaillent avec nous. »

Environ 15 % des élèves formés sont embauchés dans les structures où ils font leurs stages. Les autres disposent d’un capital de connaissances et de confiance qui leur permet de trouver ou de créer plus facilement un emploi.

SERVICE D'ÉCHOGRAPHIE GRATUIT

La dernière et non la moindre des activités du CDA concerne la santé. Les deux dispensaires créés et gérés par le CDA accueillent 10 à 15 000 patients par an. Deux médecins généralistes, un chirurgien et un dentiste, fonctionnaires rémunérés par le ministère de la Santé, consultent, vaccinent, soignent et sensibilisent aux maladies les plus courantes comme le paludisme et la peste.

Les deux structures étendent chaque année leurs offres de soin. Depuis quatre ans, un service d’échographie gratuit est proposé aux femmes enceintes. Et même si les patients sont invités à participer symboliquement au coût des soins, ceux-ci sont gratuits.

Malgré un contexte sociopolitique peu favorable, chaque année le bilan du CDA s’avère très positif. Les programmes planifiés sont réalisés, les résultats sont tangibles et les partenariats, en se multipliant, apportent une amélioration visible et durable à la population ciblée.

Le directeur conclut que « le CDA reste, au cœur des habitants du quartier, l’organisation phare aussi bien pour les actions de développement que pour celles d’urgence. »