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Pris au piège en Libye, les demandeurs d’asile n’ont pas d’endroit sûr où aller

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Désespérés, réfugiés et demandeurs d’asile à Tripoli ont urgemment besoin d’assistance et de protection sur fond de perquisitions et d’arrestations.

Par Mohamed Alalem et Anas Abumais à Tripoli, Libye.

Lorsque les forces libyennes ont mené une opération de sécurité dans le quartier de Gergaresh à Tripoli au début du mois, Hamza*, un mécanicien érythréen de 17 ans, s’est retrouvé pris au piège.

Arrêté à son domicile, il comptait parmi les milliers de migrants et de demandeurs d’asile entassés dans le centre de détention de Ghot Al Shaal dans des conditions sanitaires déplorables, avant de réussir à s’échapper avec d’autres personnes.

« Il y avait énormément de monde. Des milliers de personnes étaient là. Il n’y avait pas de toilettes et la nourriture était très rare. La situation était désastreuse. C’est pour cette raison que les gens ont décidé de s’échapper », explique-t-il.

Le jeune homme fait actuellement partie d’une grande foule de réfugiés et de demandeurs d’asile rassemblés devant un centre communautaire de jour géré par le HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, dans la capitale libyenne. Certains ont été personnellement touchés par les récentes opérations sécuritaires et ont perdu leurs habitations et leurs biens. D’autres se sont récemment échappés de prison. Dans la foule figurent également des personnes qui se sont rapprochées du centre dans l’espoir d’être prioritaires pour une évacuation ou une réinstallation.

« Nous n’avions nulle part où aller. Nous ne pouvions pas retourner à Gergaresh. Il y a nulle part où aller », indique Hamza.

La vie au quotidien a toujours été très difficile pour les demandeurs d’asile et les réfugiés en Libye, pays secoué par la guerre et des troubles politiques depuis dix ans, et durement touché par la pandémie de COVID-19. L’absence d’une loi nationale sur l’asile fait que ces personnes sont considérées comme des « migrants illégaux » et sont susceptibles d’être arrêtées, détenues et maltraitées.

Mais rien ne les a préparés aux incidents de ce mois. Lors de la vaste opération sécuritaire lancée le 1er octobre dans la municipalité de Hai Alandalus - qui comprend Gergaresh - les forces de sécurité ont démoli des maisons inachevées et des logements de fortune qui abritaient des demandeurs d’asile et des migrants. Au moins sept personnes auraient été tuées au cours de cette opération dans les jours qui ont suivi. Cette semaine, un demandeur d’asile soudanais a été abattu dans les rues de Tripoli, après avoir été battu.

« Où que vous alliez, il y a des points de contrôle. Nous avons peur d’être à nouveau arrêtés et mis en détention. »

Bon nombre de demandeurs d’asile et de réfugiés vulnérables ont perdu leurs habitations, leurs biens et leurs moyens de subsistance au cours des opérations en cours, et disent ne plus disposer d’aucun endroit sûr où aller à Tripoli.

« Où que vous alliez, il y a des points de contrôle », témoigne Hamza, qui n'a pas pu reprendre son travail de mécanicien. « Nous avons peur d’être à nouveau arrêtés et mis en détention. Il est très difficile de se déplacer », ajoute-t-il.

Maha*, une demandeuse d'asile soudanaise de 21 ans, a été brièvement détenue dans le centre de détention de Ghot Al Shaal avant de rejoindre d'autres personnes devant le centre communautaire de jour du HCR. « C’est dangereux de se déplacer. J’ai peur d’être arrêtée à nouveau », explique-t-elle.

Le HCR et ses partenaires ont initialement fourni de l’argent liquide ou des cartes prépayées, de la nourriture et des kits d’hygiène pour les cas les plus urgents, mais les opérations ont dû être suspendues temporairement en raison d’une escalade des tensions alors que de grandes foules de personnes se rassemblaient devant le bâtiment.

Certaines des personnes les plus vulnérables reçoivent une assistance dans des endroits où de nouveaux abris ont été trouvés. Cette semaine, dans une zone urbaine de Tripoli, des demandeurs d’asile ont reçu des colis alimentaires, une aide en espèces et des copies de documents du HCR perdus.

« Cette nourriture va m’aider à tenir un certain temps et je la partagerai avec d’autres », précise Hamza.

L’aide d’urgence en espèces permet de répondre à certains besoins fondamentaux, mais les demandeurs d’asile dont les habitations ont été démolies affirment que les loyers ont plus que doublé et que les options sont limitées car de nombreux propriétaires ont peur de louer à des étrangers.

Dans le cadre du dispositif de prise en charge du HCR, des abris temporaires ont été fournis par d’autres demandeurs d’asile à certaines des personnes les plus vulnérables, notamment des mères célibataires, des enfants non accompagnés ou des personnes malades. Mais de nombreux soignants et bénévoles communautaires ont eux-mêmes été pris pour cible lors des descentes de police, déplacés ou placés en détention, tandis que d’autres peinent tout simplement à répondre à la hausse de la demande.

« Aujourd’hui, nous sommes presque 30 dans ma maison, et nous faisons de notre mieux pour fournir de la nourriture à tout le monde, mais nous manquons d’argent et de provisions », explique Fatima*, une demandeuse d'asile soudanaise. Alors qu'elle hébergeait initialement trois personnes, elle accueille actuellement 21 autres personnes, dont cinq enfants.

« De nombreuses familles vulnérables sont venues nous supplier de les héberger. J’héberge de nombreux Érythréens qui se sont échappés de prison. L’un d’entre eux pleure depuis des jours, incapable de manger, de boire ou même de dormir. Les gardes du centre de détention ont commencé à leur tirer dessus et ont tué l’un de ses amis », ajoute-t-elle.

« Nous faisons de notre mieux pour fournir de la nourriture à tout le monde, mais nous sommes à court d’argent et de provisions. »

Le HCR appelle à la libération des réfugiés et des migrants et à la cessation des détentions arbitraires, ainsi qu'au respect de leurs droits et de leur dignité en toutes circonstances. Cependant, face à l'angoisse et à la tourmente, il est urgent de trouver des solutions à long terme.

Les vols humanitaires au départ de la Libye constituent une bouée de sauvetage vitale pour les personnes les plus vulnérables. Mais pendant la majeure partie de cette année, ils ont été suspendus par les autorités libyennes, malgré les appels répétés du HCR en faveur de leur reprise.

En raison de cette suspension, certains pays de réinstallation ont informé le HCR qu’ils ne pouvaient plus recevoir de dossiers de demandeurs d’asile provenant de Libye cette année. Cela entraînera la perte de 162 places sur des vols directs de réinstallation et pourrait compromettre près de 1 000 places par le biais du mécanisme de transit d’urgence, qui offre du répit aux réfugiés et demandeurs d’asile vulnérables qui peuvent se rendre au Rwanda et au Niger en attendant que des alternatives à long terme soient trouvées.

Une longue liste de personnes désespérées qui ont été sélectionnées pour prendre ces vols est déjà dressée.

Privés de ces solutions, de nombreux demandeurs d’asile n’ont d’autre choix que de se lancer dans de dangereux voyages en mer à travers la Méditerranée ou de rester en Libye et d’être exposés aux abus, à l’exploitation et à la misère.

*Les noms des demandeurs d’asile ont été modifiés pour des raisons de protection